Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Michel ZORDAN présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.

11 Jan

une ombre sur le Monde

Publié par Michel Zordan  - Catégories :  #Édition ; culture ; littérature ; livre ; lecture ; écrivain ; critiques ; roman ; salon du livre ; Michel Zordan ; romans de terroir ; libraires ; librairie ; écriture ; prix littéraires

une ombre sur le mondeAuteur Michel Zordan - Extrait : Début février 1942, nous reçûmes pour mission de faire sauter un très important convoi de munitions à destination de Bordeaux. L’opération s’avérait de très grande envergure et trois réseaux furent mis sur le coup. L’important était que tout soit parfaitement pensé et synchronisé. Plusieurs plans furent proposés, mais aucun n’arrivait à faire l’unanimité. Le jour J approchait, le rendez-vous de la dernière chance fut fixé pour le surlendemain, dimanche quinze février. Nous étions sept pour accompagner Anatole Francelin. Le point de rencontre se situait en zone occupée. Isolée à la lisière d’une petite forêt, à quelques encablures de la petite bourgade de la Boizardière, la ferme du Rougeou était réputée sûre. Lorsqu’il s’agissait de zone occupée, Anatole Francelin redoublait de prudence. Nous dissimulâmes nos deux véhicules à quatre ou cinq cents mètres de l’endroit prévu, puis nous partîmes à pied, avançant très précautionneusement. Rapidement, nous comprîmes que la ferme était sous embuscade. Nous n’étions que huit, mais sans même connaître le nombre des assaillants, Anatole Francelin donna l’ordre d’attaquer. L’important était de donner aux autres résistants une chance de s’en sortir. Lorsque les premiers coups de feu retentirent, je fus un peu surpris. Dans la ferme les résistants ripostaient déjà. En moins d’une minute, la forêt se transforma en champ de bataille. Bien qu’en surnombre, les nazis étaient pris entre deux feux. Nous progressions assez rapidement, trop rapidement, les balles sifflaient, mais bizarrement je n’avais pas peur. Pour moi, comme pour Basile et Chico, c’était le baptême du feu. Lorsque je vis Basile s’écrouler, je réalisai enfin que nous étions en pleine bagarre, avec de vraies armes, de vraies balles et de vrais ennemis en face. Je réalisai aussi que les vaincus ne s’en sortiraient pas et qu’il nous fallait à tout prix gagner. À cet instant le visage d’Amandine se glissa en moi, j’avais l’impression d’entendre sa voix qui m’encourageait. Puis ce fut au tour d’Anatole Francelin de s’écrouler, nous n’étions plus que six. L’assaut dura un quart d’heure, peut-être un peu plus. Enfin, les coups de feu s’espacèrent. Morts ou enfuis, les Allemands avaient disparu. La jonction avec les autres résistants s’opéra. Il n’y avait pas de temps à perdre, il fut décidé de ramasser nos morts et nos blessés et de quitter les lieux avant que des renforts nazis n’arrivent. Basile et Anatole furent ensevelis dans la Forêt de Loches, sans fleurs ni couronnes. Le moment venu nous avertirions leur famille. Qui nous avait dénoncés ? Nous ne le saurions peut-être jamais ! Le plus ancien d’entre nous, Octave Barthélémy, soixante-six ans, prit provisoirement le commandement, mais il ne souhaitait pas le conserver. Dans la semaine, nous reçûmes des instructions, nous ne devions plus nous occuper de cette affaire. Tous les documents la concernant devaient être détruits. C’est moi qui fus nommé chef du réseau par les autres résistants. Je n’avais que vingt ans, mais j’étais le plus instruit, c’était donc à moi que revenait cette responsabilité. Octave Barthélémy devint le patron des « Charbonniers de la Forêt de Loches ». Le convoi de munitions à destination de Bordeaux fut détruit par l’aviation anglaise.   

 

 

En mars 1942, un hasard heureux me fit rencontrer un ami d’enfance, Gaston de la Ténardière du château de Treignac. Il intégra aussitôt le réseau. Quelques jours plus tard, une autre recrue nous rejoignit, Sonia, une Basque. En 1937 elle habitait Guernica au Pays Basque espagnol. Lorsque le 26 avril les quatre escadrilles nazies de la légion Condor laissèrent tomber une pluie de bombes incendiaires sur la ville, tous les membres de sa famille périrent. Elle s’en sortit par miracle. Sonia fut engagée comme cuisinière. Rapidement nous comprîmes que la Basque avait une bonne revanche à prendre et même plus.  

Commenter cet article

Archives

À propos

Michel ZORDAN présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.