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Michel ZORDAN présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.

11 Dec

un exil plus loin

Publié par Michel Zordan  - Catégories :  #les exilés de l'arcange

Auteur Michel Zordan - Extrait : PICT5608Je lui explique l’incident, il ne peut que prendre l’agression du guerrier très au sérieux. Mais pourquoi, un homme seul ? Peut-être n’a-t-il rien à voir avec les rebelles et l’attaque du camion ? Rapidement deux militaires partent vers la case des Hollandais. Moins de dix minutes plus tard ils sont de retour, le guerrier en haillons a disparu. Regroupés dans « Le Petit Naples », les touristes et le personnel semblent soucieux, tout comme Claudio Alfiero, le patron. La raison en est quand même différente. Les militaires et les rangers ont pris position. S’il doit y avoir bagarre, son établissement sera aux premières loges, peut-être même sera-t-il complètement détruit ?

 

— Monsieur Duncan, ces hors-la-loi, ils sont nombreux ? Il serait sans doute plus judicieux de les affronter dehors, de leur tendre une embuscade, à l’entrée du village. Ici, il y a du monde, si l’une d’elles est blessée ça pourrait être mauvais pour le tourisme.

 

Le ranger le fixe bizarrement.

 

— Si je comprends bien Claudio Alfiero, tu préfèrerais que nous nous fassions descendre très loin de ton restaurant. C’est vrai, tu viens de le faire repeindre ! Ne t’inquiète pas, si tout brûle, l’état te dédommagera, enfin dans quelques semaines, ou quelques mois, enfin un jour… En attendant va te planquer derrière ton comptoir et laisse-nous faire notre job.

 

Je reste pensif, très inquiet même, voilà qu’après Amandine, j’entraine Angelika dans de graves problèmes.

 

— Tu penses à quoi Sylvio ?

 

— Tu vois Angelika, où que j’aille, quoi que je fasse je suis un aimant à problèmes. Je ne supporterai pas qu’il t’arrive malheur.

 

La jeune fille se serre plus fort contre moi.

Vers 2 heures du matin toujours pas de rebelles, l’intrusion de l’homme à la lance n’était sans doute qu’une anicroche n’ayant rien à voir avec les nomades insurgés responsable de l’attaque du GMC. Les policiers et les rangers resteront en vigilance jusqu’au petit matin. Les touristes installés à même le sol essayent de se reposer un peu…

Je crois avoir été le seul à trouver le sommeil, j’avais pris cette habitude dans la Résistance : dormir pour effacer un peu l’angoisse ambiante.

 

Lorsque je me réveille le lendemain, il est presque 10 heures, j’ai dormi plus de six heures. Wou est là, assis à une table en compagnie d’Angelika. Je m’avance vers eux, il se lève et contre toute attente me salue.

 

— Bonjour Sylvio, Angelika m’a raconté ce qu’il s’était passé sur la route d’Erldunda et cette nuit dans le Park. Je dois te dire que je ne cautionne pas l’attitude de ces nomades. Nous pouvons imposer le respect sans pratiquer la guerre.

 

— Bonjour Wou, pour une fois je suis d’accord avec toi. Ici nous avons rencontré Daymirringu, il faudrait que votre peuple s’inspire de sa méthode et de celle de sa tribu pour convaincre les blancs de prendre en compte votre culture.

 

Dehors les renforts sont arrivés, l’armée a investi les lieux. À peine suis-je sorti qu’un haut gradé s’avance vers moi, main tendue.

 

— Bonjour, Colonel Brian Harrisson. Nous sommes ici pour mater cette insurrection, vous n’avez rien à craindre. Nous sommes persuadés que ces rebelles se cachent dans la contrée, nous allons les retrouver.

 

À part Wou, aucun autre aborigène n’est présent sur les lieux. Daymir ne réapparait que dans l’après-midi, il ne parle pas des évènements de la veille. Il nous précise seulement qu’il n’y a rien de changé, que demain matin il est prêt à nous accompagner à Kata Tjuta, dans la Vallée des Vents. Il ne veut pas le montrer, mais je le sens très affecté.

Durant toute la journée et le lendemain les policiers et les militaires traquent les rebelles, sans se soucier le moins du monde des lieux sacrés réservés aux aborigènes.

 

Dans la soirée alors que nous dinons au « Petit Naples », le son du didgeridoo résonne dans le lointain. Toutes les personnes présentes s’immobilisent, certaines sont même prises de frissons. Angelika me serre fort la main, j’ai l’impression de vivre une scène de western. Une caravane de pionniers, la nuit autour d’un feu de camp, quelque part dans le vaste Ouest américain, et au loin dans les montagnes environnantes, le tamtam accompagnant les chants de guerre des Navajos ou des Cheyennes, ou peut-être même des Sioux… Pour la nuit encore, tout le monde dort dans l’enceinte du restaurant. Claudio Alfiero a fait provision de bois. Comme la veille le barbecue restera allumé jusqu’au petit matin.

 

 

Le lendemain matin, Daymir est au rendez-vous, Wou décide de nous accompagner. Notre guide nous fait découvrir la Vallée des Vents. Il nous explique que la plus grande partie de cette formation géologique comportant trente-six dômes et couvrant presque vingt-deux kilomètres carrés du parc national ne peut pas être foulée par des blancs, ni même par les femmes de la tribu. Je ne fais aucun commentaire, me contentant de poser de banales questions. Alors que de l’autre côté de la vallée, en pleine zone interdite, des bruits de moteur se font entendre, sûrement une patrouille militaire à la recherche de rebelles. 

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