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Michel ZORDAN présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.

10 Sep

un exil plus loin

Publié par Michel Zordan  - Catégories :  #Un auteur du Sud Ouest

un exil plus loin1et4extrait - Puis un matin les têtes changèrent, les petites mains étaient toujours aussi efficaces, malheureusement moins aguerris que leurs compères, le baroudeur de gargote avec son tablier crasseux arriva à les surprendre. Il poussa deux ou trois grognements censés les stopper, puis menaçant, il se dirigea rapidement vers eux. Les deux enfants se relevèrent lentement s’observant mutuellement en quête d’une idée de repli. À l’instant où l’homme allait passer derrière moi, j’en profitais pour reculer ma chaise et me lever. Il me percuta et nous chutâmes. Les deux sacripants n’en demandèrent pas plus pour déguerpir en emportant leur butin.

Je me relevais assez prestement, aidant l’employé à refaire surface. Une fois remis sur pieds je m’excusai, mais le malabar ne semblait pas vouloir en rester là. Le visage tordu par la colère, il m’agrippa d’une main par le col de la chemise et menaça de l’autre poing. Je ne lui laissais pas le temps de la réflexion et le repoussait sans ménagement. Il s’affala de nouveau au sol. L’homme tenta de se relever en s’agrippant à la première table. Il retomba sur celle-ci entre deux gentilles vieilles dames, reversant leur tasse de thé, dispersant le contenu des assiettes sur leurs belles robes. Puis il fini par se reprendre, sans prononcer le moindre mot, grimaçant il reparti vers les cuisines. Les deux femmes semblaient à peine surprises.

Décidément Meredith le service n’est plus ce qu’il était, rien n’obligeait ce serveur à débarrasser aussi rapidement !

– C’est vrai Mary, je pense qu’il a du se rendre compte de la médiocrité du repas, et a voulu nous éviter des problèmes de digestion.

– Je suis vraiment désolé mesdames, je vous demande de bien vouloir m’excuser. Que puis-je faire pour réparer ?

– Ne vous inquiétez pas jeune homme, nous avions déjà bu notre thé, pour le reste vous nous avez rendu service. De toute façon un petit jeûne jusqu’à midi ne nous fera pas de mal.

Je m’excusai une fois de plus et repartis vers ma cabine. Moins de cinq minutes plus tard, j’entendis frapper.

– Entrez, la porte est ouverte !

Devant moi se tenait un officier jeune mais assez raide, accompagné d’un autre homme d’équipage d’une quarantaine d’années.

– Mister Montazini ! Je suis le Lieutenant Brian Douglas, le second du commandant Doug Shane. Voici le maître d’équipage Teddy Fergus, nous sommes ici pour enquêter sur l’incident survenu dans la salle à manger. Le matelot Neil Dubhan vous accuse de l’avoir empêcher d’appréhender des voleurs et de l’avoir ensuite frappé.

Le ton était ferme, mais poli. J’expliquai ma version des faits. Brian Douglas me précisa que les deux enfants coupables d’avoir volé des restes dans les assiettes avaient été arrêtés. Il me demanda si j’acceptais de les reconnaître.

– Désolé lieutenant Brian Douglas, je ne pourrai reconnaître qui que ce soit. Mais avez-vous pensé aux raisons qui ont poussées ces enfants à venir se servir dans les restes des autres passagers ?

– Monsieur Montazini, notre mission est d’amené ce navire et tous ses passagers à bon port. Cela implique un maintien d’ordre très strict à bord. Nous ne pouvons nous permettre aucune exception. Si nous fermons les yeux sur ces chapardages, ces chenapans prendront confiance et ils viendront jusqu’à piller vos cabines. Ce sont pour la plupart des graines de voleurs, leurs parents sont en prison pour de longues années. L’intention du gouvernement britannique est de les envoyer vivre très loin afin de les couper de leurs racines et de les élever dans le respect des lois. Nous avons des accords avec les autorités Australiennes, ce pays à besoin de se peupler, ces enfants sont une aubaine, faut-il encore en faire des citoyens honnêtes.

Voilà j’avais ma réponse, ces enfants étaient des enfants de condamnés.

– Lieutenant je me promène régulièrement sur le bateau, je ne vois jamais ces enfants, je présume qu’ils sont cloîtrés quelque part. Pensez-vous que les priver de liberté est la meilleure solution pour en faire de bons citoyens ? Et puis s’ils viennent chaparder un peu de nourriture c’est qu’ils sont sûrement mal nourris.

– Monsieur Montazini, nous n’avons pas à recevoir des leçons des français, même si avant de l’être vous étiez italien. Nous savons que la plupart des Français étaient des collaborateurs, et nous savons tous comment les fascistes se sont comportés.

Décidément ce bonhomme en uniforme commençait à sérieusement m’énerver. Le maître d’équipage ne disait mot, mais à l’expression de son visage on pouvait comprendre qu’il n’était pas d’accord avec son supérieur.

– Vous voulez insinuer quoi lieutenant ? Que tous les Français étaient des salauds et tous les italiens des fascistes ?

– Je pense que la France s’est laissé envahir sans beaucoup de résistance par les Nazis et que l’Italie était l’allié des Nazis, monsieur Montazini ! Je pense qu’une majorité de français soutenaient le régime de Vichy, et une majorité d’italiens celui de Mussolini, sinon comment le fascisme se serait-il imposé dans votre pays ?

– Vous êtes un pauvre type Brian Douglas, vous m’offensez et vous offensez tous ceux qui ont combattu le nazisme et le fascisme. Quittez immédiatement ma cabine, j’ai payé un billet pour faire un voyage tranquille, pas pour être insulter par un freluquet en uniforme.

– Je ne vous permets pas Montazini, je peux immédiatement vous faire mettre aux fers si je le souhaite !

– Essayez-donc lieutenant, allez-y courage, faites le premier pas ! Avant, vous devez savoir une chose, ce sont vos propres experts qui m’ont entrainé. Ils ne m’ont rien épargné et je les en remercie. Allez-y, sortez vos galons et expliquons-nous entre hommes !

Je crus percevoir un léger sourire sur le visage du maître d’équipage Teddy Fergus, j’avais l’impression qu’il n’appréciait que modérément le comportement du second.

– Vous n’allez pas vous en tirer à si bon compte, je vais faire un rapport et c’est le commandant Doug Shane, lui-même qui réglera votre compte.

– Je ne vous saluts pas lieutenant, mais je suis à la disposition de votre commandant.

Sans attendre l’homme se dirigea vers la sortie, Teddy Fergus se retourna et me fit un clin d’œil. Au déjeuner je constatai que le baroudeur Neil Dubhan n’était plus de service. À peine de retour dans ma cabine j’entendis frapper.

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