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Michel ZORDAN présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.

17 Sep

un exil plus loin

Publié par Michel Zordan  - Catégories :  #Un auteur du Sud Ouest

un exil plus loin1et4Extrait : Sans attendre l’homme partit avec le sac vers un local situé sur l’arrière. L’autre agent poursuivait contentieusement sa fouille,  lorsqu’il me demanda de vider mes poches. Je n’y avais que quelques pièces de monnaie et mon couteau de poche. Très intéressé le fonctionnaire s’en empara immédiatement.

 

– Nous allons être obligé de le saisir, son importation est strictement interdite dans notre pays.

 

  Pardon, mais ce n’est qu’un couteau de poche, je l’utilise seulement pour manger !

 

  Désolé sir, ce n’est pas le couteau qui est en cause, mais le bois du manche. L’importation du bois est interdite en Australie.  C’est pour éviter la transmission des maladies.

 

  Mais ou voulez-vous que les maladies se cachent dans le peu de bois du manche !  C’est impossible, il ne s’agit pas d’un tronc d’arbre, mais d’un simple manche de couteau.

 

L’accueil n’était pas des plus plaisants, j’avais l’impression que les Australiens étaient encore plus tatillons que leurs congénères Anglais.  Je tenais à ce couteau que le maître de chai Alphonse Diodin m’avait offert pour mes 18 ans. Il ne m’avait pas quitté de toute la guerre.

 

  Il n’est pas nécessaire de hausser le ton mister Montazini, la loi, c’est la loi.

 

– Je suis juste un peu étonné par votre accueil, d’abord les chaussures que vous estimez être sales, et maintenant un simple couteau de poche.  Avouez qu’il y a de quoi être très surpris !

 

  L’Australie est une île mister Montazini, nous tenons à nous préserver des périls apportés par les autres.

 

  Pourrais-je voir votre supérieur monsieur l’agent ?

 

  Nous ne pouvons pas déranger un supérieur pour un problème aussi banal. Soit nous saisissons ce couteau, soit vous reprenez le bateau.

 

Le bonhomme commençait à sérieusement m’échauffer les oreilles. Le contrôle semblait terminer, il  remit soigneusement en place mes affaires.

 

– Veuillez attendre ici mister !

 

Puis sans un mot de plus l’homme tourna les talons, en emportant mon couteau. Lorsque l’autre agent revint avec mes chaussures enfin désinfectées, je lui précisai que je souhaitai reprendre le bateau et repartir en Europe. L’homme fut surpris et me précisa un peu gêné que la procédure de décontamination était tout à fait normale et qu’il ne fallait pas que je m’en formalise.  Je lui répondis alors, que le problème n’était pas les chaussures, mais le couteau de poche que son collègue avait saisi. Je lui expliquai les raisons avancées par ce même collège.

 

  Je vous prie mister Montazini, attendez-moi là,  je reviens dans une minute. 

 

L’homme ne se fit pas attendre, il revint presque aussitôt et me rendit mon couteau.

 

  Excusez-le, c’est un jeune, il perçoit encore mal les nuances. 

 

Voilà, j’étais maintenant en terre Australes, à plus de 16000 kms de la France, L’Arcange n’était plus qu’un point dans l’univers. Une grande animation régnait sur le quai. Parmi tous ces gens, quelqu’un devait m’attendre pour me conduire au domaine Zacharias-Hartmann situé à l’Ouest, au Sud d’Adélaïde,  à quelques 1700 kms.  J’espérais que ce ne fut pas ce grand gaillard au chapeau foncé. Assis sur le siège, il attendait vraisemblablement un passager, mais 1700 kms avec une carriole et un cheval, ce n’était pas gagné d’avance.  Derrière moi,  bien en rang, encadrés par deux adultes, les derniers enfants sortaient sur le quai,  baluchon sur l’épaule. Pour eux aussi commençaient une nouvelle vie, je les saluais, certains me rendirent le salut, puis ils disparurent. À une cinquantaine de mètres, devant une échoppe, je remarquai un camion GMC bâché,  une pancarte accroché à la portière.  Je m’approchai, mon nom y était inscrit. Personne dans la cabine, j’allais vers l’arrière et découvrit deux personnes qui dormaient.   

 

  Bonjour, désolé de vous réveiller, mais je pense que c’est moi que vous attendez.

 

Une tête blonde se redressa puis se leva et vint vers moi. La deuxième tête blonde se redressa également.

 

  Bonjour Monsieur Montazini, je me présente, Matthias Hartmann. Voici ma sœur Angelika.  Nous sommes arrivés hier dans l’après-midi, mais nous avons appris que les passagers ne pouvaient pas descendre du SS Andes. Alors, nous avons décidé d’attendre et de dormir sur place.  

 

Le jeune homme et la jeune fille sautèrent prestement du camion, et me tendirent leur main.

 

  Bonjour monsieur Montazini, je suis Angelika la cadette de la famille Hartmann.  Avez-vous fait bon voyage ?

 

 J’avais remarqué que le frère et la sœur avaient tout deux utilisés le terme « monsieur »,  en français et non en anglais. Matthias pris mes valises et les installa à l’arrière.

 

  Monsieur Montazini vous devez avoir faim et même soif, nous-mêmes n’avons rien avalé depuis hier soir. Venez,  allons prendre le petit déjeuner !

 

Moins de trois minutes plus tard nous étions attablés dans un bar, bondé de clients. Angelika m’observait mais semblait un peu intimidé. Matthias paraissait plus à l’aise.

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