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Michel ZORDAN présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.

27 Aug

un exil plus loin

Publié par Michel Zordan  - Catégories :  #Un auteur du Sud Ouest

un-exil-plus-loin1et4.jpgMoins de cinq minutes plus tard, un aborigène frappa à la porte.

 

  Bonjour,  je suis  Daymirringu votre guide de la tribu Anangu. Vous pouvez m’appeler Daymir, je suis juste là pour vous dire que demain matin nous pourrions partir de bonne heure,  cinq heures, pour être à Uluru avant le lever du soleil.  Il va faire beau, froid mais beau. Et il serait dommage de manquer ça. Maintenant si vous souhaitez vous reposer et partir plus tard, pas de problème !   

 

Angelika et moi, nous nous concertions du regard.

 

  Pour nous ça ira, nous nous lèverons à quatre heure,  nous serons prêt à l’heure.

 

L’homme ne s’attarda pas. Au petit matin nous découvrîmes enfin Uluru, le fameux rocher rouge. Il nous apparu d’abord comme une immense masse sombre. Petit à petit, le soleil commença à l’éclairer, et le géant de l’outback Australien se révéla, sobre et majestueux dans son habit de soie rouge. Dommage que madame Eliette ne soit pas ici pour immortaliser ces instants. Tout en nous laissant le temps d’admirer, et de découvrir,  Daymir nous expliqua que le rocher sacré et tout ce qui s’y trouvait  revêtaient une profonde signification culturelle pour les aborigènes Anangu. Nous passâmes toute la journée à découvrir le monolithe le plus imposant du monde, 3600m de long, plus de 12 000 de circonférence et 350 de hauteur: grottes, peinture rupestres, divinités, sources, Daymir était intarissable sur la question. Plus nous l’interrogions, plus il prenait de plaisir à répondre. Nous ne rentrions au village d’Ayers Rock qu’à la nuit tombée.

 

    Merci Daymir, ce soir je ne vois déjà plus cette région comme à mon arrivée !

 

  J’en suis très heureux Sylvio, demain départ vers cinq heures, je vous accompagnerai à Kata Tjuta, dans la  Vallée des Vents.  Bonne soirée à vous…

 

Tenu par Claudio Alfiero,  un italien,  le restaurant « le Petit Naples », était une  sorte d’auberge espagnole ou chacun pouvait à sa guise, soit commander sur place,  soit apporter sa nourriture. L’établissement était composé d’un grand patio, au milieu duquel trônait un superbe barbecue. Il ne  ferait pas le plein ce soir.  Les quelques touristes, et les employés du Park pouvaient prendre leurs aises. Il faisait frais, presque froid  et Angelika nous installa près du feu. Brad Duncan,  le patron des rangers s’invita à notre table.

 

– Alors messieurs-dames, cette journée, comment s’est-elle déroulée ?

 

  Daymir est un très bon guide, et votre région est fantastique, alors tout ne peut que bien se passer.

 

Nous discutâmes d’un peu tout, de ce qui nous avait poussés à venir ici. Vers heures heures, arriva un Dodge similaire au notre, avec cinq policiers à bord.  Brad Duncan se leva aussitôt et partit à leur rencontre.  Moins d’une minute plus tard, il revint vers nous.

 

  Une bande de nomades rebelles ont attaqué un camion de marchandise près d’Erldunda. Ils se sont enfuis avec, en direction du Park. C’est un GMC 6x6, avec cet engin ils peuvent aller n’ importe où,   ils sont armés et dangereux. Le problème est qu’il s’agissait d’une cargaison d’explosifs et d’alcool qui partait sur Alice Springs.

 

  Vous pensez qu’ils peuvent nous attaquer ici ?

 

  Ils ont tués un chauffeur et gravement blessé l’autre. En plus, dès qu’ils ont bu, les velléités contre les blancs s’amplifies, ils se sentent forts et ils sont prêts à tout.  Les cinq policiers sont ici pour nous protéger, nous sommes trois Rangers, ça devrait aller.

 

  Monsieur Duncan, j’étais capitaine pendant la guerre,  en France, puis en Allemagne, j’ai fait mes classes en Angleterre. Si besoin était, je peux vous prêter main forte

 

  Merci capitaine, mais nous devrions pouvoir rester maître de la situation. Et puis, rien ne prouve qu’ils viennent vers le Park. Les cases sont disséminées sur une grande surface, il n’y a pas trop d’éclairage, par mesure de précaution, pour cette nuit nous allons regrouper tout le monde ici.  Je vous suggère d’allez récupérer vos affaires, ce sera mieux pour vous. Si vous apercevez des touristes encore dans leur chambre, avertissez-les !

 

Angelika semblait inquiète.

 

  Sylvio, tu crois qu’il y a du danger ?

 

  Non je ne crois pas,  mais monsieur Duncan est obligé de prendre des précautions. Reste ici, je serais de retour rapidement.

 

Après avoir récupérer nos effets, je passais chez les voisins, des hollandais.

 

  Bonjour, monsieur Duncan souhaiterait que tout le monde se réunisse au restaurant.

 

  Non, non, nous ne voulons pas dîner au restaurant, nous souhaitons rester ici.

 

  Il ne s’agit pas de manger, des rebelles arrivent vers Ayers Rocks, ils sont armés, et dangereux. Monsieur Duncan demande que tout le monde se réunissent au restaurant, le Petit Naples.

 

  Non, non, nous ne venons pas de Naples, nous arrivons d’Amsterdam.

 

Apparemment ils ne comprenaient rien à mon anglais.  Lorsque j’aperçu la femme, visage hébété  pointer du doigt la porte ouverte derrière moi, je plongeais par réflexe sur le côté. La lance se planta contre le mur d’en face. Je me rétablissais dans l’instant, pour apercevoir face à moi un aborigène vêtu de  haillons. Il fonça pour récupérer son arme,  mais je parvins à pousser une chaise pour lui bloquer le passage. Le guerrier trébucha, et tomba, juste assez de temps pour empoigner l’autre chaise et la lui fracasser sur la tête. Prise de terreur, la hollandaise commença à crier, son mari semblait tétanisé. Je le secouai et m’approchai de la femme en lui balançant une bonne baffe, surprise elle reprit ses esprits. 

 

  Désolé, mais nous ne devons pas perdre  de temps.  Cet homme,  c’était juste un amuse-gueule,  le plat de résistance n’est sans doute pas très loin, suivez-moi !

 

Je récupérai la lance.

 

  Mais nos affaires !

 

– Trop tard, pour vos affaires, prenez mes valises, je dois garder les coudées franches.

 

Moins de 5 minutes plus tard, nous atteignîmes le Petit Naples. Je tendais la lance au Rangers.

 

  Tenez monsieur Duncan, c’était peut-être l’avant-garde ?

 

J’expliquais l’incident au chef des Rangers,  il ne put que prendre l’agression du guerrier très au sérieux. Mais pourquoi, un homme seul ?  Peut-être n’avait-il rien à voir avec les rebelles et l’attaque du camion ? Rapidement  deux militaires partirent vers la case des Hollandais. Moins de dix minutes plus tard ils étaient de retour, le guerrier en haillons avait disparu. Regroupés dans le Petit Naples,  les touristes et le personnel semblaient soucieux, tout comme Claudio Alfiero, le patron. La raison en était quand même différente. Les policiers et les rangers avaient pris position aux portes et aux fenêtres. S’il devait y avoir bagarre,  son établissement serait aux premières loges, peut-être même serait-il complètement détruit ?

 

 Monsieur Duncan,  ces hors la loi, ils sont nombreux ? Ils seraient sans doute plus judicieux de les affronter dehors. De leur tendre une embuscade,  à l’entrée du village. Ici, il y a de nombreuses personnes, si l’une d’elles est blessée  ça pourrait être mauvais pour le tourisme.

 

Le ranger le fixa  bizarrement.

  Si je comprends bien Claudio Alfiero, tu préfèrerais que nous nous fassions descendre très loin de ton restaurant. C’est vrai,  tu viens de le faire repeindre!  Ne t’inquiète pas,  si tout brûle, l’état te dédommagera, enfin dans quelques semaines, ou quelques mois, enfin un jour… En attendant va te planquer derrière ton comptoir et laisses-nous faire notre job.

 

J’étais pensif, très inquiet même, voilà qu’après Amandine, j’avais entrainé Angelika dans de graves problèmes.

 

  Tu penses à quoi Sylvio ?

 

  Tu vois  Angelika,  où que j’aille, quoi que je fasse je suis un aimant à problèmes.  Je ne supporterais pas qu’il t’arrive malheur.

 

La jeune fille se serra plus fort contre moi. Vers deux heures du matin toujours pas de rebelles, l’intrusion de l’homme à la lance n’était sans doute qu’une anicroche qui n’avait rien à voir avec les nomades insurgés,  responsable de l’attaque  du GMC. Les policiers et les rangers resteraient en vigilance jusqu’au petit matin. Les touristes installés à même le sol essayèrent de se reposer un peu.  Je crois avoir été le seul à trouver le sommeil, j’avais pris cette habitude dans la résistance : dormir pour effacer un peu l’angoisse ambiante.

 

Lorsque je me réveillai au petit matin, il était presque dix heures, j’avais dormi plus de six heures.  Wou était là, assis à une table en compagnie d’Angelika. Je m’avançais vers eux, il se leva et contre toute attente il me salua.

 

  Bonjour Sylvio, Angelika m’a raconté ce qui s’était passé sur la route d’Erldunda et cette nuit dans le Park. Je dois te dire que je ne cautionne pas l’attitude de ces nomandes. Nous pouvons imposer le respect sans pratiquer la guerre.

 

  Bonjour Wou, pour une fois je suis d’accord avec toi. Ici nous avons rencontré Daymirringu, il faudrait que votre peuple  s’inspire de sa méthode et de celle de sa tribu  pour convaincre les blancs de prendre en compte votre culture.

 

Dehors les renforts étaient arrivés,  la police et même l’armée avait investit les lieux.  À peine étais-je sorti qu’un colonel de l’armée s’avança vers moi, main tendue.

 

  Bonjour, Colonel Brian Harrisson.  Nous sommes ici pour mater cette insurrection, vous n’avez rien à craindre.  Nous sommes prsuadés que ces rebelles se cachent dans la contrée, nous allons les retrouver.

 

À part Wou,  aucun autre aborigène n’était présent sur les lieux. Daymir ne réapparu que dans l’après midi, il ne parla pas des évènements de la veille.  Il nous précisa seulement qu’il n’y avait rien de changer, que demain matin il était prêt à nous accompagner  à Kata Tjuta, dans la  Vallée des Vents.  Il ne voulait pas le montrer, mais je le sentis très affecté. Durant toute la journée et le lendemain, les policiers et les militaires traquèrent les rebelles, sans se soucier le moins du monde des lieux  sacrés réservés aux aborigènes.

 

Dans la soirée alors que nous dinions au Petit Naples,  le son du didgeridoo résonna dans le lointain. Toutes les personnes présentes s’immobilisèrent, certaines furent même prises de frissons. Angelika me serra fort la main, j’avais l’impression de vivre une scène de western. Une caravane de pionniers, la nuit autour d’un feu de camp, quelque part dans le vaste ouest américain.  Et au loin dans les montagnes environnantes, le tamtam accompagnant les chants  de guerre des Navajo ou des cheyennes, ou peut-être même des sioux.  Pour la nuit encore,  tout le monde dormit dans l’enceinte du restaurant. Claudio Alfiero avait fait provision de bois, le barbecue resterait allumé jusqu’au petit matin.

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