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Michel ZORDAN présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.

14 Dec

Turbulences champêtres

Publié par Michel Zordan  - Catégories :  #Un auteur du Sud Ouest

Auteur Michel Zodan - Extrait :
couvertureturbulenceschampLe doyen des adhérents à « La Palombe blanche » se prénommait Ferdinand Lespinasse. Il venait de fêter ses 87 printemps et, depuis la mort de son épouse Victorine, il vivait seul à la ferme des Grandes-Chaumes. Il avait été l’un des tout premiers à bénéficier du service « Net au pré ». J’avais pu constater de par les sites qu’il consultait assez régulièrement, que le bonhomme était resté, malgré son âge, très vert. J’allais régulièrement lui rendre visite.

 

– Alors monsieur Lespinasse, vous qui aimez bien l’histoire, vous avez pu réviser vos leçons ? Et cette inscription sur Copains d’avant, ça a donné quelque chose ?

 

– Non pas, je crois que tous ceux qui étaient à l’école avec moi ont déjà passés l’arme à gauche. La boulangère m’a conseillé d’essayer avec Facebook, mais j’ai pas seulement réussi à m’inscrire. Et pour l’histoire petit, c’est du passé, à mon âge il est grand tant que je me préoccupe du présent, et du présent il y en a beaucoup sur l’Internet. J’ai repéré quelques sites, très… enfin tu me comprends ! Pour te dire, j’ai trouvé de jolies filles qui me parlent et m’appellent même par mon prénom, enfin mon pseudo. Je tatche un peu, sont pas farouches pour un sou. Tu sais que la Victorine, paix à son âme, c’était une bien brave femme, mais j’ai jamais pu la voir complètement déshabillée. Si, je mentirais si je disais ça, mais une seule fois, et en fraude encore, par le trou de la serrure. Elle était bien jolie ma Victorine à 20 ans et même à 30. Elle disait que ce n’était pas chrétien que de se mettre nue devant un homme, même devant son mari. Mais, avec celles de l’Internet, t’as même pas besoin de demander, peut-être qu’elles ont trop chaud, va savoir. Moi aussi j’ai chaud quelques fois, mais je ne me déshabille pas pour autant, des fois que quelqu’un arrive. J’ai quand même remarqué que toutes ces filles avaient des prénoms qui finissaient par A : Eva, Victoria, Adriana, Lolita… ah si, y a une qui s’appelle Bambou, c’est bizarre comme prénom, peut-être parce qu’elle a des jambes très longues. Oui, maintenant j’y pense, c’est sûrement ça. Des Rosalie ou même des Victorine, y en a pas… ça doit être une mode. Et puis, elles m’oublient pas tu sais, de temps en temps je reçois un mail, surtout l’Adriana : alors mon petit Anatole, c’est mon pseudo, on me fait des infidélités, on va surfer sur d’autres vagues ? C’est pas gentil… Bon pour cette fois je te pardonne. T’as qu’à cliquer sur « câlins » et je serai encore plus gentille avec toi. Alors je clique sur « câlins » et tout de suite elle est là à me dire des petits mots très agréables à entendre. On ne peut plus s’ennuyer avec l’Internet ! Faut quand même que je fasse attention, sinon je risque de vivre jusqu’à 110 ou même 120 ans. Je te dis pas, les caisses de retraites vont être obligées de nous supprimer l’Internet !

 

– Vous savez monsieur Lespinasse, sur l’Internet comme vous le dites, il faut quand même prendre quelques précautions, sinon ça peut rapidement devenir problématique.

 

– Tu vas quand même pas me dire qu’il faut mettre des condoms même sur l’Internet, les maladies ça peut pas passer par l’écran. Rassure-moi petit, c’est pas comme les virus, ça s’attrape pas juste en regardant avec les yeux ?

 

– Bien sûr que non monsieur Lespinasse, je veux parler de la carte bancaire. Il vous a bien fallu donner le numéro de la carte ?

 

 

– Oui bien sûr, mais c’est pas si cher, et puis maintenant je suis un « VIP ». Et oui pour eux, je suis un VIP. Je sais pas trop ce que ça veut dire mais je suis un VIP. Pour neuf séances, j’ai droit à la dixième gratuite, c’est un peu comme treize à la douzaine. De toute façon j’ai regardé sur le compte, j’ai encore des sous et ma pension tombe tous les mois. Et puis tu sais, la Victorine n’a pas pu me faire d’enfant, c’est triste mais c’est comme ça. Alors l’héritage je m’en fous complètement, autant que ça soit ces coquines qui en profitent.

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