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Michel ZORDAN présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.

14 Sep

rentrée littéraire 2013 - une ombre sur le Monde

Publié par Michel Zordan  - Catégories :  #les exilés de l'arcange

une ombre sur le mondeExtrait : Mariéta eut un choc en entendant la voix qui lui répondait, celle-ci avait une très forte intonation allemande.  

 

– Bonjour madame Montesquieu, je me présente, je suis  l’Obersturmbannfüher Karl Vermont. J’ai l’immense privilège d’appartenir aux SS. Je remplace l’Oberth Wagner qui n’est plus digne d’appartenir à l’armée du Führer. Il a été démis de ses fonctions à Paris et muté sur le front russe. Il va vraiment apprendre ce qu’est la guerre, la vraie. Vous vous attendiez à entendre la voix de votre époux, Julien Montesquieu. Je suis véritablement désolé pour vous, mais il se pourrait que vous ne puissiez l’entendre avant très, très longtemps, ou peut-être même jamais plus. Votre époux est un sale terroriste, il a été arrêté par la Gestapo.

 

Mariéta était sous le choc, elle écoutait sans même tout comprendre ce que l’homme lui disait. 

 

– Madame Montesquieu, vous êtes toujours à l’écoute ? Oui, je suis sûr que oui ! Je vous précise qu’en ce moment d’éminents spécialistes sont en train de l’interroger, je puis vous assurer qu’ils vont le faire parler. Je vais vous faire une proposition, madame Montesquieu, il ne tient qu’à vous que votre époux ne soit pas trop malmené. Il suffit que vous arriviez à le convaincre de nous révéler les noms des autres membres de son réseau. Jusqu’à maintenant il a bien résisté, mais ce matin il a été transféré au Fort de Romainville et les choses vont véritablement se compliquer pour lui. 

 

Ma sœur trouva la force de placer quelques mots. 

 

– Mais comment pourrais-je le convaincre ? Je ne peux pas lui parler ! 

 

– Madame Montesquieu, nous vous rappellerons à trois heures précises cet après-midi, soyez au rendez-vous, nous ne sommes pas très patients. 

 

À l’autre bout du fil, l’homme venait de raccrocher. Mariéta s’effondra sur la chaise, elle était en plein cauchemar.

 

   Mariéta, mais que se passe-t-il ?  

 

Ma sœur  expliqua à madame Éliette, et dans le détail, le drame qui venait de se produire. À  heures, la sonnerie du  téléphone résonna,  Mariéta décrocha le combiné. 

 

– Oui, j’écoute ?

 

 – Gaston  Lanterre, le maire de Floréal à l’appareil. Bonjour Mariéta,  pourriez-vous dire à votre père

 

La jeune femme ne lui laissa pas terminer sa phrase. 

 

 – Monsieur Lanterre, je vous en prie, raccrochez, j’attends un appel des plus urgents, je vous en prie, raccrochez.  

 

Mariéta n’attendit pas et raccrocha elle-même. Papa,  madame Éliette, et la Dame en Blanc étaient également là, mais le coup de fil ne venait pas. L’Obersturmbannfüher, Karl Vermont, n’avait sûrement pas apprécié que la ligne soit occupée. Ou alors il n’avait simplement pas appelé, parce qu’il savait que cette attente serait un supplice pour Mariéta et sa famille Et qu’elle n’en serait que plus efficace pour convaincre Julien. Mariéta attendit deux jours de suite que le SS appelle. Le 18 octobre à dix heures, c’est madame Éliette qui décrocha.

 

– Bonjour, je suis le SS ’Obersturmbannfüher, Karl Vermont. Pourriez-vous, s’il vous plaît, demander à madame Montesquieu de prendre le combiné ?

 

– Ne quittez pas ! 

 

– Madame Montesquieu, bonjour, j’espère que ces deux jours ne vous ont pas paru trop longs. Nous avons beaucoup de travail en ce moment, mais j’ai tout de même réussi à prendre un peu sur mon temps pour me rendre auprès de votre époux. Je suis actuellement avec mes amis de la Gestapo, votre Julien est également près de nous. Je dois vous dire, chère madame, qu’ils sont très déçus par l’attitude de votre époux. Il n’a absolument rien voulu dire et ils vont être obligés d’utiliser des méthodes plus convaincantes, si vous voyez ce que je veux dire. Madame Montesquieu, je vais vous dire ce qui va arriver à votre Julien s’il ne veut pas collaborer. L’homme qui est à côté de moi va tout simplement lui arracher les ongles de la main droite. C’est sans anesthésie bien sûr et c’est très, très douloureux, mais je pense qu’à la longue ils pourront repousser. S’il ne meurt pas avant, bien sûr.

 

 Mariéta était horrifiée, elle assistait, impuissante, par téléphone interposé, au calvaire de son mari. 

 

– Madame Montesquieu, je vais vous passer votre époux, vous avez deux minutes pour le convaincre, pas une de plus. Après nous agirons. 

 

La situation était intolérable, Mariéta était au supplice. Comment pouvait-elle demander à Julien de donner des noms ? C’était impossible. Durant deux minutes, ma sœur essaya de le réconforter. Puis elle n’entendit plus sa voix, mais à l’autre bout le téléphone n’avait pas été raccroché.

 

– Julien, Julien, tu es là ? Réponds-moi, Julien… 

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