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Michel ZORDAN présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.

03 Oct

Une ombre sur le Monde

Publié par Michel Zordan  - Catégories :  #les exilés de l'arcange, #Un auteur du Sud Ouest, #Michel Zordan

une ombre sur le mondeExtrait : Poussées par les pacifistes et croyant sauver la paix, la France de Daladier et la Grande-Bretagne de Chamberlain signèrent, le 29 septembre 1938, avec l’Allemagne d'Hitler et l’Italie de Mussolini, les fameux accords de Munich. En réalité, ces accords ne firent qu’accélérer le début des hostilités. Ils prévoyaient la rétrocession à l’Allemagne par la Tchécoslovaquie des territoires les plus industrialisés et les plus riches de tout le pays, les Sudètes. Mais ce traité prévoyait également l’unité et la préservation du reste du territoire. En théorie seulement. Hitler prendra prétexte du non-respect de ces accords par la Tchécoslovaquie pour la démanteler totalement.

 

Avec papa, nous passâmes les fêtes de fin d’année et le 1er jour de l’an 1939 à Paris, au 32 rue des Loges, en compagnie de Mariéta, de la Dame en Blanc et de Julien. Ma sœur attendait un heureux évènement pour le début de l’année, alors il était hors de question qu'elle fasse le déplacement à L’Arcange. Avant fin février Julien serait papa, papa serait grand-père, Mariéta serait maman et moi j’aurais un neveu ou une petite nièce. J’avais l’impression que mon père et la Dame en Blanc étaient encore plus impatients que les parents.

 

À la fin du mois de janvier 1939, les troupes franquistes prirent Barcelone et à la mi-février, elles s’emparèrent de toute la Catalogne. 

 

Le 17 février 1939, un heureux évènement eut enfin lieu. Deux pour être précis, à 10h04 et à 10h08. Mariéta donna naissance à des jumeaux : Fabien et François. Avec papa nous dûmes attendre les vacances de Pâques, en avril, pour rendre visite aux heureux parents.

 

Fin février, la France et la Grande-Bretagne reconnurent le gouvernement de Franco. Le 31 mars Madrid tomba, le 1er avril  1939 marqua la fin de la guerre civile et le début de la dictature de Franco qui perdurera jusqu’en 1975. Je passai mon bac en juillet 1939, à dix-sept ans et quelques mois. Cette année-là, Amandine ne vint pas au château pour les grandes vacances. La fréquence de nos courriers se maintenait à deux ou trois par mois. 

 

Le 1er  septembre 1939 commença l’invasion de la Pologne par les troupes d’Hitler. Le 3 septembre 1939, la France et la Grande-Bretagne déclarèrent la guerre à l’Allemagne. Le 10 septembre Julien fut mobilisé. Après la guerre d’Espagne, l’Europe tout entière entra dans les grands tourments.  

 

À plusieurs reprises ce mois de septembre je me rendis sur la petite plage de l’Auzoue, mais ce fut peine perdue, Juliette n’était pas là. À partir du 14, comme les années précédentes, la Sainte-Croix eut lieu à Floréal, mais pas de Juliette non plus. L’ambiance générale était au pessimisme, la Deuxième Guerre mondiale venait de commencer.

 

En octobre 1939, j’intégrai l’École Nationale d'Ingénieurs de Bordeaux. Après une année de préparation, je serais admis à l’École Nationale Supérieure d'Agronomie de Montpellier. Pour les fêtes de cette fin d’année, Mariéta, la Dame en Blanc et les jumeaux nous rendirent visite à L’Arcange. Dans son unité, le sixième Régiment de cuirassés, Julien se trouvait quelque part dans le nord du côté de Saint-Hilaire-Lez-Cambrai. Le mari de madame Éliette, le colonel Aristide Clément Autun était, lui, en poste en Afrique du Nord. Il n’était pas question de faire la fête, mais juste de se retrouver. Amandine et sa maman étaient également là. Son père, réserviste, avait rejoint l’armée début octobre. Avec ma blondinette la situation s’améliorait un peu, mais nous hésitions encore à traverser le gué. 

 

En mai 1940, l’Allemagne nazie envahissait les Pays-Bas, la Belgique et le Luxembourg. Début juin, les forces françaises furent défaites, Pétain signa l’armistice et commença alors la grande débâcle.  Ce fut l’exode massif et sans précédent de dizaines de milliers de Français vers le Sud. Le 10 juin, l’Italie déclara à son tour la guerre à la France. Pour notre famille ce fut une déchirure. L’Italie était le pays qui nous avait vus naître, nous y avions nos racines. Dans ce pays reposaient maman, nos grands-parents et tous nos ancêtres. La France était le pays qui nous avait ouvert les bras et nous y vivions.

Dès le 14 juin 1940, les nazis occupèrent Paris.   

 

Puis ce fut l’appel du 18 juin sur la BBC. Le  général de Gaulle exhorta les Français à résister par tous les moyens. Ses premiers mots resteront à tout jamais gravés dans nos mémoires : la France a perdu une bataille ! Mais la France n’a pas perdu la guerre !  

 

Quelques jours plus tard, l’hôtel particulier d’Edmonde de Barsac au 32, rue des Loges fut réquisitionné par l’armée allemande. En quelques semaines les nazis envahirent les deux tiers de la France et établirent la ligne de démarcation, « la Demarkationslinie », longue de quelque mille deux cents kilomètres. Cette ligne permit à une grande partie du Sud et bien sûr à la Gascogne d’échapper à l’occupation et de vivre encore à peu près libre. À maintes reprises Papa insista auprès de Mariéta et d’Edmonde afin qu’elles quittent la capitale pour venir s’installer avec nous à L’Arcange. 

 

À la mi-juillet 1940, juste après la capitulation de la France, Julien, le mari de Mariéta fut démobilisé. Cette année-là, comme l’année précédente, Amandine ne vint pas en vacances au château Tourne Pique. Biarritz se situant dans la zone occupée, elle et ses parents n’iraient pas non plus au Pays Basque. Nous correspondions toujours au rythme de deux à trois lettres par mois.

 

Fin septembre 1940, Mariéta et les jumeaux trouvèrent enfin asile à L’Arcange. Et comme son grand-père, Henri de Barsac venu se réfugier en Gascogne en 1796, Edmonde de Barsac les accompagna. Âgée de presque quatre-vingt quatorze ans, mais toujours aussi fringante, la vieille dame eut beaucoup de mal à se décider à quitter son hôtel parisien. Elle y avait vécu presque un siècle durant. Mais Mariéta était inflexible. 

 

– Je ne quitterais Paris que si tu m’accompagnes. Je ne peux pas te laisser parmi ces envahisseurs. Fais comme ton grand-père, à L’Arcange tu seras en sécurité et je pourrai veiller sur toi.

 

Jour après jour, voyant que les choses à Paris devenaient de plus en plus difficiles, la Dame en Blanc s’était laissé convaincre. Papa lui fit aménager une chambre dans le cellier, juste au-dessus de la cave secrète dans laquelle son aïeul avait passé plus de quatre années. Fraîche en été, la pièce maintenait une bonne température en hiver. 

 

Reprenant son travail à la banque, Julien décida, lui, de rester à Paris. Il occupait des fonctions assez importantes et souhaitait continuer à subvenir aux besoins de sa famille.

 

Je savais papa très pessimiste sur l’avenir, mais il était très heureux de nous savoir auprès de lui. En octobre 1940, juste avant le début des vendanges, j’intégrai l’École Nationale Supérieure d'Agronomie de Montpellier. Durant quelques mois, je tentai de me focaliser sur la connaissance de la vigne, des cépages et de l’élaboration des vins.

 

Un samedi après-midi du début du mois de décembre, je décidai de rendre visite à Amandine à Toulouse. Mon copain Basile Beaumont, fils de garagiste dans la ville rose et possédant une voiture, proposa de m’y accompagner. Cette rencontre fut le point de départ de notre idylle post-adolescente. Pas encore un amour d’adulte, mais déjà plus qu’une amourette de gamins. 

 

Souvent le soir, en fin de semaine, nous étions quelques-uns à nous réunir au Stendhal, un café du centre ville de Montpellier, pour discuter de la situation. Très régulièrement, le professeur Roger Ducastel, surnommé « Le rouge », et ses disciples, tous de fervents et inconditionnels communistes, nous rejoignaient. Nos divergences étaient très régulièrement l’occasion de débats houleux. Dès que nous commencions, les deux camps prenaient position.  

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