Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Michel ZORDAN présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.

09 Sep

Rentrée littéraire 2012 : les grands tourments

Publié par Michel Zordan  - Catégories :  #Un auteur du Sud Ouest

labours-d-automne.jpgLes Grands Tourments, 4° volet dans la série les Exilés de L'Arcange Auteur Michel ZORDAN - ISBN 978-2-9532863-3-5 - 280 pages aux Editions 3 Z

 

Extrait -C’est juste après le repas qu’Amandine me révéla que cette année elle ne resterait pas jusqu’à la fin des grandes vacances. Elle repartirait la veille du 15 août et rejoindrait sa maman à Biarritz. À partir de cet instant, le charme fut rompu. J’étais déçu, déçu que ma blondinette ne m’ait rien dit avant, mais surtout déçu qu’elle préfère être à la plage, plutôt qu’avec moi. Quelques semaines plus tôt, je lui avais annoncé qu’après le 15 août je travaillerais au château pour me faire un peu d’argent de poche. C’est moi qui déchaumerais les champs de céréales, avant de commencer les labours, à la mi-septembre. Mais bon, après la journée de travail, nous aurions pu nous voir, être ensemble, faire de balades à vélo ou même nous baigner dans l’Auzoue.

 

– C’est parce que j’ai décidé de travailler que tu ne restes pas jusqu’à la fin des vacances ?

 

– Non, pas vraiment. Maman et papa seront tous les deux là-bas. Il est normal que je passe un peu de temps avec eux.  C’est vrai qu’en même temps, t’attendre toute la journée pour être ensemble juste une heure ou deux le soir, ce n’est pas vraiment l’idée que je me fais des vacances ! Mais tu auras ton tracteur pour te tenir compagnie. Ça me rassure un peu de ne pas te savoir seul.

 

– Amandine, j’ai plus de quinze ans. Papa s’échine au travail toute la journée, il est normal que je l’aide un peu. Regarde les saisonniers espagnols, il y en a au moins cinq qui ont à peine treize ans et deux en ont à peine douze.  

 

– Moi, je crois que tu veux juste gagner de l’argent pour pouvoir sortir lorsque tu seras au lycée. C’est juste pour te faire valoir, peut-être pour voir des filles. Il y en a qui sont très intéressées par ça. Sinon pourquoi vouloir gagner de l’argent ?

 

  Il est quand même normal d’avoir un peu d’argent. Et quel mal y a-t-il à sortir de temps en temps le soir dans les cafés pour discuter avec les copains ?

 

  Et les copines aussi !  

 

– Tu racontes n’importe quoi. De toute façon, c’est toi qui as décidé de partir, pas moi, alors salut. Si tu veux me trouver, tu sais où j’habite.  

 

Dans les jours qui suivirent, la santé du comte Philibert de Ponthieu s’aggrava considérablement. Il n’était plus question d’un simple refroidissement, mais d’une pneumonie. Le comte savait qu’il était gravement atteint, il savait aussi qu’il pouvait ne pas s’en sortir. Une question le tenaillait : qu’adviendrait-il de son petit fils Gaston s’il venait à disparaître ? Le jeune garçon serait obligé de retourner vers son bourreau de père et cela, il ne le voulait à aucun prix. Le seul moyen pour que son petit fils reste au château était qu’il se rétablisse et vite. 

 

Le 3 août  1937, à l’hôpital d’Agen, le comte Philibert de Ponthieu décéda des suites de sa maladie. Dans les derniers jours de sa vie, il avait remis une lettre, ainsi que d’autres documents, à papa. Dans la lettre, il détaillait les maltraitances que son beau-fils avait infligées à son petit-fils Gaston. Les autres documents concernaient des rapports médicaux concernant ces mêmes maltraitances.

 

 – Monsieur Montazini, je crois que j’ai terminé mon parcours sur cette terre. Malheureusement, je ne pourrai plus protéger mon petit-fils. Il devra retourner chez mon voyou de beau fils. Mais Gaston a mûri, au contact de votre fils Sylvio, il est devenu un homme, je crois que maintenant il n’acceptera plus ses châtiments sans réagir. Toutefois, je souhaiterais vous demander un grand service. Si le besoin s’en faisait sentir, ma fille ou mon petit-fils pourraient-ils s’adresser à vous ? Je suis certain que vous serez de bon conseil. 

 

– Il n’y a aucun problème, monsieur le comte, Gaston sait où me trouver.

 

– Je vous remercie, je vous remets ces documents, faites-en bon usage. 

 

Le jour des obsèques, papa et moi fîmes la connaissance du père de Gaston, Émilien de la Ténardière. Nous n’échangeâmes pas plus de quatre à cinq mots. Léontine de la Ténardière, née de Ponthieu, était la seule héritière et le château de Treignac lui revint. Le jeune Gaston n’arrivait pas à se consoler de la mort de son grand-père, dont il se sentait en partie responsable.

 

 – Tu sais, Sylvio, si je l’avais attendu, il ne serait pas tombé dans l’eau, ou alors j’aurais pu l’aider à en sortir tout de suite.

 

 – Gaston, j’étais là lorsque ton grand-père t’a demandé de partir avec  nous devant. Je l’ai  parfaitement entendu, il ne t’a pas laissé le choix. En plus, la marre dans laquelle il est tombé n’était pas très loin de nous, il n’a pas appelé, il souhaitait vraiment s’en sortir seul. Lorsque papa lui a demandé de revenir au château pour se changer, il a également refusé. C’est dramatique, mais tu n’as pas à te sentir coupable. 

 

Le 14 août, Amandine quitta le château pour repartir vers Biarritz. Depuis le jour où elle m’avait appris son départ prématuré, un petit froid s’était glissé dans notre relation. Il y avait eu des hauts et des bas, ces vacances ne s’étaient pas vraiment déroulées comme nous l’espérions. Même si nous avions passé du temps ensemble, ce n’était pas comme les années précédentes.

 

Le mercredi 1er septembre, Tristan Lacourneuve fut guillotiné devant la prison de la Santé à Paris. Condamné en novembre de l’année passée à la peine capitale pour le meurtre d’une vieille dame, en 1933 à Paris. C’était cet homme qui en septembre 1934, lors de la foire de la Sainte-Croix à Floréal, avait arraché le portefeuille du maquignon Anatole Bienvenu, le poussant à terre. En tombant, l’homme avait heurté une colonne de pierre et en était mort. Je me rappelais parfaitement du visage de ce jeune homme de vingt-trois ans à peine. Savoir que son cou avait été tranché  me glaçait le sang. Publique, l’exécution eut lieu au petit matin. Dans le journal, une photo illustrait l’article, la guillotine était installée à même le trottoir à l’angle de la rue de la Santé et du Boulevard Arago. Nombreux au rendez-vous, les badauds semblaient satisfaits. J’avais du mal à comprendre qu’on puisse prendre du plaisir à regarder un homme se faire décapiter.

Commenter cet article

Archives

À propos

Michel ZORDAN présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.