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Michel ZORDAN présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.

04 Sep

Rentrée littéraire 2012 - les grands tourments

Publié par Michel Zordan  - Catégories :  #Un auteur du Sud Ouest

PICT0902Les Grands Tourments, 4° volet dans la série les Exilés de L'Arcange
Auteur Michel ZORDAN - ISBN 978-2-9532863-3-5 - 280 pages aux Editions 3 Z -
 
Extrait - À travers la vitrine, on pouvait constater que la bagarre avait déjà éclaté, les chaises et les tables volaient. On n’apercevait pas Pierrette Malfeu, elle devait se tenir à l’abri.
 
Le chef Yvan Laterre et le gendarme Arthur Sibelle étaient aux prises avec deux protagonistes polonais. Les pacifiques et habituels joueurs de cartes du samedi soir avaient abandonné la place aux belligérants des deux camps. Ils  attendaient en spectateurs sur le trottoir, mais à distance respectable. Papa libéra Patou et Victor et leur intima l’ordre de le suivre. Il chargea son fusil et fonça vers le café. Se frayant rapidement un passage parmi les badauds, il se présenta devant la porte. Les deux coups de fusil tirés presque simultanément dans le plafond eurent pour effet de stopper immédiatement le conflit. Stupéfaits, tous les combattants se tournèrent vers papa qui déjà rechargeait son arme. Yvan Laterre et le gendarme Arthur Sibelle profitèrent de l’effet de  surprise pour se ranger à ses côtés. 
 
L’atmosphère était toujours très pesante, mais la tension  retombait d’un cran. Le chef Laterre comprit qu’il n’avait que quelques secondes pour reprendre la situation en main.  D’un geste et de la voix, mon père ordonna aux belligérants de s’asseoir immédiatement sur le sol. Le visage de papa était tendu, très tendu. Son fusil, chien armé, n’était plus dirigé vers le plafond. Les deux canons bien à l’horizontale, il faisait face. Les hommes comprirent qu’il valait mieux obtempérer. Un à un, ils se retrouvèrent les fesses sur le plancher. Seul l’un des Polonais, celui à l’oreille coupée, ne comprit pas. Le narguant, prononçant quelques mots, sûrement des insultes, il fit mine de quitter les lieux. Papa donna un ordre bref à Patou et à Victor toujours à ses pieds.  En moins d’une seconde, les deux chiens étaient sur l’homme qui se retrouva malgré lui au sol. Les cris qu’il poussa ne laissèrent aucun doute, lui aussi abdiquait. Sans même avoir reçu d’ordre, les chiens revinrent aux pieds de papa. Lech Bajonowski, le responsable des ouvriers polonais, n’était pas sur les lieux. Yvan Laterre demanda au gendarme Arthur Sibelle d’aller le quérir au château. Avec madame Éliette, nous nous rapprochâmes des lieux. Dans le fond du café, derrière le comptoir, Pierrette Malfeu refit surface. La mine défaite, elle ne pouvait que constater les dégâts. Plus une chaise, ni même une table n’en étaient ressorties indemnes. Les bouteilles sur les étagères à l’arrière avaient également beaucoup souffert. Les hommes toujours assis sur le sol s’étaient maintenant calmés. Papa se détendit un peu et releva légèrement les canons du Lefaucheux. Il semblait bien que les hommes n’avaient plus envie de reprendre les hostilités. 
 
– Alors, Laterre, on se défoule un peu ?  
 
– Je te remercie, Émilio, tu es arrivé au bon moment et tu as eu le bon réflexe. Tes deux coups de fusil les ont calmés net. J’aurais dû réagir à ta façon, mais je pensais qu’on en viendrait à bout sans sortir nos armes. Juste pour savoir, tu aurais fait quoi s’ils t’avaient foncé dessus ? 
 
– J’en ai un peu assez de me faire taper dessus sans pouvoir répondre, alors devine ! 
 
Yvan Laterre connaissait maintenant assez bien papa, il n’avait pas envie de deviner. Seuls quatre hommes, un Espagnol et trois Polonais, furent arrêtés par les gendarmes. Pour éviter tout nouveau problème, les trois Polonais furent conduits à la gendarmerie de Condom. Vers une heure du matin avec papa et madame Éliette, nous retournâmes vers le château.
 
– Je suis fière de vous, Émilio, sans votre sang-froid et votre détermination la situation aurait certainement dégénéré. 
 
Papa ne répondit pas, mais il se demandait quelle aurait été sa réaction si certains des belligérants lui avaient foncé dessus. 
 
Il fut prouvé que la bagarre avait été provoquée par les Polonais. Pour clore l’incident, leur patron, Lech Bajonowski, décida qu’une partie du salaire de ceux-ci serait versée à Pierrette Malfeu en dédommagement.
 
Dans la semaine qui suivit, les trois Polonais furent renvoyés chez eux, l’Espagnol fut lui réintégré à l’équipe. 
 
Les vendanges ne s’achevèrent que le 8 novembre par un temps sec et plutôt froid. 
 
À part l’incident du samedi 17 octobre, tout s’était déroulé à peu près normalement. Des tensions étaient nées ici et là, mais papa et le maître de chai avaient su désamorcer les situations critiques.
 
Pour me permettre d’assister au repas de fin de vendanges, madame Éliette décida qu’il se déroulerait le samedi 14 novembre. Mon ami Gaston de la Ténardière et son grand-père, le comte Philibert de Ponthieu, faisaient partie des convives. Ce soir-là, une autre très bonne surprise m’attendait. Amandine avait fait le déplacement de Toulouse. 
 
Les saisonniers polonais ne participèrent pas à la fête. Sur les conseils de papa, Lech Bajonowski préféra leur faire quitter le château dès le 10 novembre au petit matin. Pour l’année suivante, il promit d’envoyer une nouvelle équipe triée sur le volet. Les festivités se terminèrent tard dans la nuit, au son des chants et des danses espagnoles. Toutefois, même au plus fort de la fête, aucun des saisonniers présents, petits et grands, n’avait oublié les tourments qui bouleversaient leur pays.
 
Après le repas, je dévoilai à ma blondinette et à mon ami  Gaston les résultats des recherches faites par le père Guillaume. Nous en discutâmes pendant quelques minutes. Je leur demandai de garder le secret, une dague ayant appartenu à Henri IV pouvait être convoitée par certains.
 
À Floréal, la fin de l’année 1936 se passa tranquillement au rythme gascon. La distillation au château Tourne Pique débuta le 17 novembre. 
 
Pour Noël, le lieutenant-colonel Aristide Clément Autun obtint une permission. Il dut toutefois repartir dans son régiment à Djibouti avant la fin de l’année et ne put passer en famille le premier de l’an 1937. 
 
Comme l’année précédente, Mariéta et la Dame en Blanc nous rendirent visite pour les fêtes de fin d’année. C’est madame Éliette qui organisa le repas du jour de l’an.
 
Le 12 janvier 1937, je fêtai mes quinze ans et le 8 février, Mariéta ses dix-huit ans. Le lieutenant-colonel Aristide Clément Autun fut promu au grade de colonel en mars et revint sur le continent, à Fontainebleau, pour quelques mois.  Son épouse, madame Éliette, le rejoignît.

En Espagne, le terrible et fratricide conflit se poursuivait et redoublait même d’intensité. Malgré le revers de Guadalajara en mars 1937, les franquistes progressaient sur tous les fronts.
 
En avril, le terrible bombardement orchestré par les Allemands au service de Franco sur Guernica, au Pays Basque, fera plus de mille six cents victimes parmi les civils. Au mois de juin, Bilbao finira pas céder et tombera aux mains des nationalistes. 
 
Un soir de mai, en rentrant du travail papa aperçut une Peugeot noire devant L’Arcange. Patou et Victor faisaient bonne garde et apparemment aucun des occupants n’était descendu. Il s’approcha, passa à côté de l’automobile et tourna la tête vers les trois passagers, dont l’un d’eux devait être une femme. Il rangea la bicyclette sous l’appentis, revint vers la voiture et stoppa à quatre ou cinq mètres. En bons gardes du corps, Patou et Victor rejoignirent papa et se postèrent de part et d’autre de leur maître. Le passager identifié par papa comme étant une femme dissimulait sa tête et son visage grâce à un foulard noir. Puis l’un des hommes ouvrit la portière et se dirigea vers papa. 
 
– Bonjour monsieur Montazini, je suis Marcel Lartigue,  j’appartiens au ministère de l’Intérieur, nous arrivons de Paris.
 
Il sortit une carte de sa poche et la lui présenta. 
 
– Avec mon collègue, nous avons pour mission de reconduire une certaine personne à la frontière espagnole. Cette personne dit vous connaître et nous a convaincus de passer ici, pour vous voir, elle désire vous parler. 
 
Le cœur de papa se mit à battre très fort. Avant même que l’homme ne lui donne le nom de cette personne, il savait déjà qui elle était. Il réussit à dissimuler ses émotions.
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