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Michel ZORDAN présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.

03 Sep

Rentrée littéraire 2012 - les grands Tourments

Publié par Michel Zordan  - Catégories :  #Un auteur du Sud Ouest

DSC00073Les Grands Tourments, 4° volet dans la série les Exilés de L'Arcange
Auteur Michel ZORDAN - ISBN 978-2-9532863-3-5

 

Extrait - À peine la Delage garée devant la gendarmerie, j’étais dehors. J’ouvris rapidement la porte du poste et laissai entrer Amandine et madame Éliette. 

 

– Bonjour, monsieur Bertomieux, je vous remercie d’avoir accepté que l’on rende visite à Félix ! 

 

Mes respects, madame Clément Autun. Je pense que c’est dans l’intérêt de l’enquête. Je dois vous avouer que je doute maintenant un peu de la culpabilité de ce jeune garçon.  Malheureusement, le juge chargé du dossier n’est pas décidé à s’orienter vers d’autres pistes, il est persuadé de tenir son coupable. Comment va votre régisseur, monsieur Montazini ? Lorsque vous m’avez appelé pour solliciter cette visite,  je pensais que c’était à son initiative !

 

 – Il est parti hier matin très tôt pour Chartres, il doit assister à des essais pour le tracteur. Lui aussi croit en l’innocence de Félix.

 

Installé dans une petite cellule, le jeune garçon semblait un peu perdu

 

– Tu sais, Sylvio, la prison c’est très dur, je ne te souhaite pas de connaître ça un jour. À Auch, je partageais ma cellule avec un homme qui a étranglé sa femme. Il paraissait pourtant très gentil et très calme, il m’a même demandé de choisir mon lit. La première nuit, je n’ai pas fermé l’œil,  maintenant ça va mieux. Demain le juge veut faire une reconstitution, je ne vois pas comment il va s’y prendre, puisque je n’étais pas là-bas au moment du crime. Il m’a déjà interrogé trois fois, il s’adresse à moi comme si j’étais un être inférieur, un rustre dénué de toute éducation. Il pense que le métier de vacher ne peut être exercé que par une personne à la tête vide. J’ai bien tenté de lui expliquer que j’avais quitté l’école parce qu’il fallait que j’aide ma mère à la ferme, mais  il n’a pas eu l’air de comprendre. J’avais l’impression de parler une langue différente. Lorsque je lui ai dit que maman était aussi guérisseuse, je crois que lui a entendu le mot « sorcière ». Il s’est signé comme un curé qui veut se protéger du diable. En parlant de curé, tu sais que le père Madiran est venu me voir à Auch ? Il a fait le voyage de Floréal juste pour moi,  ça m’a bien remonté le moral. Lui ne m’a pas parlé de diable, ni même de confession, nous avons juste discuté de maman et de ma sœur Lucette. Dimanche, il dira une messe pour moi, il priera afin que je rentre à la maison le plus vite possible.

 

 

Á Perpignan…

 

Tout en reprenant doucement ses esprits, Émilio comprit qu’il était attaché sur une chaise. Une voix qui lui était familière montait vers lui, mais elle semblait venir de très loin.

 

– Émilio, vous allez bien ? Je vous en prie, réveillez vous !  

 

Il ne savait plus très bien si cette voix était réelle ou s’il rêvait. Ses yeux dans le flou, il réussit à relever la tête.  Après quelques secondes, la voix s’éclaircit.

 

– Émilio vous allez bien ? Mais qu’êtes vous donc venu faire jusqu’ici ? 

 

Dolorès Ollano était là, à moins d’un mètre, prisonnière et attachée sur une chaise comme lui.  

 

– Enfin, je vous ai retrouvée, je ne sais pas exactement pourquoi, mais j’étais presque certain de vous retrouver ici. 

 

– Vous êtes fou Émilio, mais je dois vous avouer que je suis très flattée, vous avez risqué votre vie pour me retrouver. Peu d’hommes feraient cela pour une femme.

 

– Dolorès, qui sont les hommes qui vous ont enlevée ? Vous ont-ils maltraitée ?  

 

– Non, grâce à Dieu, ils ont été corrects avec moi. Je passe mes journées ici et je n’ai pas le droit de sortir, il y a toujours quelqu’un pour me surveiller.

 

– C’est cette femme avec un chignon de tresses ?  

 

– Oui, absolument, elle a toujours un œil sur moi.  

 

 – Dolorès, est-ce vous qui êtes arrivée avec trois hommes hier au soir entre neuf  et dix heures ? 

 

Cette question eut l’air d’embarrasser quelque peu Dolorès. Elle prit cinq à six secondes pour répondre.

 

– Vous étiez déjà là ?

 

 – Bien sûr. Je suis arrivé en fin d’après midi, j’étais caché derrière un platane, juste à côté de la maison. 

 

– Pour répondre à votre question, Émilio, ce sont les nationalistes de Franco qui m’ont fait enlever, pour faire pression sur mon mari.  Hier ils m’ont emmenée dans un autre repaire, pour prendre des photos et les faire parvenir à mon époux. Ils ont toujours espoir de le faire changer de camp, c’est pour cela qu’ils m’ont bien traitée. Jusqu’à votre arrivée, j’étais libre dans une pièce au deuxième étage de la maison. Après votre capture, ils m’ont interrogée, ils sont persuadés que c’est moi qui vous ai averti. C’est pour cela qu’ils m’ont attachée sur cette chaise. 

 

– Je suis vraiment désolé, Dolorès, je n’ai pas très bien préparé mon affaire, je me suis laissé surprendre de façon stupide.    

 

– Non, non, Émilio, ce que vous avez fait est fantastique, je suis très heureuse de vous avoir à mes côtés. Même attachée, je recommence à espérer.  

Émilio commença à faire le point : ils avaient tous les deux les pieds attachés aux barreaux du bas et les poignets derrière le dossier.

 

– Écoutez, Dolorès, je vais faire glisser ma chaise vers vous et tenter de défaire les liens dans votre dos. Ils n’ont pas l’air trop serrés. 

 

Avec d’infinies précautions, mais sans trop de difficultés, Émilio parvint à faire glisser sa chaise contre celle de Dolorès. Sans plus de difficultés il défit les liens qui emprisonnaient ses poignets. Tout aussi rapidement elle délia les liens de ses jambes et entreprit ensuite de libérer Émilio. Puis Dolorès se jeta dans ses bras. Son corps était souple et chaud, elle s’abandonna complètement, y allant même d’une petite larme. Émilio était aux anges, il serra très fort Dolorès, mais bien vite il reprit le dessus. Ils devaient maintenant sortir de la maison. 

 

– Nous ne devons pas perdre de temps, j’espère qu’ils n’ont pas trouvé ma voiture. Si nous pouvons arriver jusqu'à elle nous sommes sauvés.

 

Ils se dirigèrent vers la porte qui s’ouvrit avant même qu’ils tournent la poignée. La femme au chignon de tresses semblait encore plus surprise qu’eux. Émilio la saisit sans ménagement, lui bâillonnant la bouche avec la main. D’autorité il la fit asseoir sur la chaise qu’il occupait précédemment. En moins de cinq minutes, la femme au chignon de tresses fut bâillonnée et ficelée comme un saucisson. C’est Émilio qui avait fait les nœuds, elle n’était pas prête de se libérer. Sans se précipiter, ils descendirent les marches. Il ne semblait pas y avoir d’autres personnes dans cette partie de la maison. Lorsqu’ils atteignirent la sortie du parc, la pression baissa d’un cran. Encore quelques centaines de mètres et ils auraient rejoint la voiture, en espérant que les kidnappeurs ne l’aient pas déjà trouvée.  

 

– Regardez, elle est là-bas. Encore un petit effort et nous sommes sauvés.

 

Depuis quelques centaines de mètres, Dolorès se retournait plus fréquemment, peut-être l’angoisse d’être rejoint.

 

– Je vous en prie, Dolorès, ne perdons pas de temps. 

 

Enfin, ils arrivèrent à côté de la Traction.

 

– J’ai caché les clés derrière le pneu avant ! Voilà, je les ai. 

 

Rapidement Émilio ouvrit les portières avant, fit monter Dolorès et s’installa au volant. Dès la première sollicitation, le moteur se mit à ronronner, Dolorès leva la main comme pour réclamer le silence, puis…

 

– Vite, vite, Émilio, je crois qu’ils arrivent, je les entends ! 

 

À moins de trois cents mètres, une autre Traction Avant arrivait en effet en trombe. Comment Dolorès avait-elle pu entendre la voiture des ravisseurs ? Ce n’était pas le moment de se poser des questions. Émilio engagea la première et démarra brutalement,  le temps de prendre de la vitesse et les poursuivants n’étaient plus qu’à une centaine de mètres. Ils abordaient maintenant un carrefour avec sur la droite le centre de Perpignan. À gauche, la Nationale 116 partait en direction d’Ille-sur-Têt. Émilio n’hésita pas, il braqua nerveusement à gauche. Sur la route droite et bien dégagée la Traction Avant atteignit rapidement les 100 km/heure. Ce nouveau modèle à direction à crémaillère était un délice à conduire et malgré la situation, Émilio y prenait du plaisir. Dans le rétroviseur, la voiture des poursuivants prenait peu à peu du retard. Dans la traversée d’un petit hameau, un beau coq fit les frais de la poursuite, mais pas question de ralentir. Avec moins de trois mille kilomètres au compteur, la voiture était en pleine phase de rodage. Émilio espérait une chose, qu’elle ne lâche pas. De toute façon, il n’avait pas le choix. 

Depuis presque cinq minutes, plus personne dans le rétro.   Émilio s’étonna d’avoir semé aussi rapidement ses poursuivants. 

 

– Émilio, savez-vous où nous allons ?

 

Dolorès ne semblait plus vraiment inquiète.

 

– La seule chose que je sache c’est que nous nous dirigeons vers l’Ille-sur-Têt, je ne connais pas du tout la région. Nous allons faire encore quelques kilomètres pour augmenter notre avance, ensuite nous prendrons une route secondaire.

 

À hauteur du village de Le Soler,  un panneau indiquait sur la droite Pézilla-la-Rivière. Les poursuivants étaient sûrement maintenant distancés, peut-être même avaient-ils renoncé. Émilio ralentit assez brusquement et vira d’un coup sec sur la petite route. La voiture traversa le Têt  et se dirigea vers la D 614.  Après deux à trois kilomètres, Émilio aperçut un petit bois.

 

– Je pense que nous pouvons maintenant nous arrêter. Je vais prendre ce petit chemin et mettre la voiture à l’abri des regards. Alors Dolorès, comment vous sentez-vous ?

 

– Très bien Émilio, je pense que vous nous avez tirés d’affaire. Vous êtes un conducteur très émérite, nos poursuivants avaient le même véhicule et pourtant vous avez réussi à les distancer assez facilement. 

 

– Tout le mérite revient avant tout à cette automobile, elle fait des prodiges. 

 

Émilio sortit et ouvrit la portière du côté passager. Dolorès descendit et fit quelques pas.

 

– Qu’allons-nous faire maintenant ? 

 – Il serait peut-être bon d’avertir la gendarmerie ou la police et de tout leur dire sur votre enlèvement !  

 

– Émilio, je ne pense pas que nous soyons encore en sécurité. Mes ravisseurs sont des gens très dangereux, je les ai vus manipuler des armes à plusieurs reprises.  Ils vont tout tenter pour nous retrouver. Surtout maintenant que nous connaissons leur repaire.  Rentrons vite chez vous à Floréal, il sera temps de tout expliquer à la police. 

 

Dolorès avait sûrement raison, ces hommes semblaient très dangereux. L’assassinat d’Antonio Gonzalez en était la preuve. Plus vite ils quitteraient la région et plus vite ils sortiraient de ce cauchemar. Émilio consulta sa montre,  presque dix-sept heures. 

 

– Je vais consulter la carte. Voilà, nous sommes ici. Nous n’allons pas rejoindre la nationale 113, si ces hommes nous recherchent toujours, c’est par là qu’ils iront nous attendre. Nous allons partir sur Quillan par les petites routes, ensuite nous prendrons la direction de Foix et de Saint-Gaudens. Nous devons à tout prix éviter Toulouse. 

 

En repartant rapidement et sans s’arrêter pour dormir, ils pourraient être au château Tourne Pique vers six ou sept heures le lendemain matin. 

 

Vers huit heures ils arrivèrent dans le petit village de Belvianes et Cavirac à moins de dix kilomètres de Quillan.  Leurs estomacs commençaient sérieusement à réclamer. À la sortie du village, ils s’arrêtèrent dans une petite auberge sur le bord de la D117. Toujours très prudent, Émilio prit bien soin de ne pas laisser la Traction sur le bord de la route. 

Ils repartirent vers neuf heures. En montant le Col du Portel,  Émilio sentit la fatigue l’envahir. La route n’était pas très large et parfois il tutoyait de petits précipices. Il ne fallait surtout pas qu’il s’endorme. Dolorès semblait également exténuée.

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