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Michel ZORDAN présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.

21 Sep

Rentrée littéraire 2012 : la louve de Vianne 6

Publié par Michel Zordan  - Catégories :  #la louve de Vianne

la louve de Vianne-4Je quittai Montgaillard en milieu d’après-midi. Presque huit lieues à parcourir, je ne serais de toute façon pas au couvent avant la nuit tombée. Alors inutile de me hâter, pousser Gascogne ne servirait à rien.

Un peu après les sept coups de l’angélus, je frappai à la lourde porte du couvent des Dominicains. Une religieuse m’accompagna jusqu’à la cellule qui m’était réservée. Puis elle revint quelques minutes plus tard avec un bol de soupe. Pas très bavarde la none, c'est sûr qu'elle ne devait pas souvent rencontrer d' homme.

Pour être reçu par Dame Vianne, je dus attendre le lendemain matin.

Contes et légendes ? Dans ce récit fiction et histoire se mêlent et s’entremêle
Après un frugal petit déjeuner.
– Gauthier, j’ai reçu un émissaire du père Anselme. Il est en colère contre toi. Il dit que tu ne mérites pas la confiance que j’ai mise en toi. Que ton comportement n’est pas chrétien. Ses griefs à ton encontre sont très nombreux, certains semblent très graves. Peux-tu m’expliquer ?
– Dame Vianne, je peux vous assurer que je fais tout pour ne pas usurper la confiance que vous avez mise en moi. Cela concerne la louve aperçu par Nicelle Terrobe, mais personne ne peut être certains qu’il s’agit bien d’une louve. Les louves ne sont jamais seule, toujours en meute, ou avec un mâle. Or, l’animal que Nicelle à aperçu était seul, il a prélevé un agneau et s’en est allé. D’habitude l’apparition d’un loup provoque la peur, les brebis sont tétanisées et s’ensuit un carnage. Là le troupeau n’était même pas effrayé. J’ai juste précisé au père Anselme que je voulais d’abord être certain que nous avions bien à faire à un loup. Je m’y suis employé, et dès hier matin mes chiens étaient sur une piste, mais la piste d’un renard.
– Je te crois Gauthier, le père Anselme n’y comprend sûrement pas grand-chose à la chasse. Pour lui, s’il y a un loup à Montgaillard, c’est par la volonté du Tout Puissant, pour punir la population, à cause des fautes de certains. Justement parlons-en des fautes. Cette Nicelle, on dit que tu aurais avec elle des relations coupables. Et Flore, je pensais que cette affaire était terminée.
Apparement Dame Vianne ne savait pas tout.

– Dame Vianne, en ce qui concerne Nicelle, c’était juste pour la protéger des agissements de certains. La pauvre fille n’arrivait même plus à dormir, ma présence la rassurait. Pour ce qui est de Flore, c’est un peu la même chose, son mari n’est jamais là. Et une belle femme seule attire la convoitise…

– Gauthier, tu arranges la vérité à ta façon. C’est vrai que ta présence a le don de rassurer les femmes. Mais le problème est justement là. Gauthier, ta maman est inquiète pour toi, ta vie dissolue la préoccupe. Nous avons beaucoup discuté ensemble de ton avenir, tu dois te marier Gauthier.
– Me marier, Dame Vianne, mais je n’ai que dix huit ans, c’est beaucoup trop jeune. Et puis me marier avec qui ?
– Nous en avons aussi discuté avec ta maman, mais également avec mon ancien époux, le sire d’Albret. Nous avons étudié plusieurs possibilités. Une jeune fille pourrait te convenir. Elle est encore au couvent, dans ce couvent. Si tu consens à la prendre pour épouse elle en sortira. Elle à quinze ans, elle s’appelle Eléonore. Elle est très belle, c’est la fille du bailli du Sire d’Albret, sa famille habite Nérac. Je suis...
- Mais, je ne la connais même pas, je ne suis qu’un bâtard, elle ne voudra pas de moi, je…
– Gauthier, un peu de retenue, je n’ai pas terminé. Nous avons parlé de toi à Eléonore, elle est ravie. Si tu acceptes, c’est moi qui ferait ta dote. Le fief de Lasmazères, je sais que tu y as des amis, tu pourrais devenir le Seigneur de Lasmazères.
J’étais fait, Dame Vianne semblait bien informé de mes relations avec Manguia. En devenant le seigneur de Lasmazères, je pourrai la protéger. Autre avantage, non négligeable, je ne dépendrai plus de Jourdain de l’Isle. Alléchante comme proposition.
– Tu veux la voir ? Tu ne prendras ta décision qu’après, dans quelques jours. Lorsque tu auras solutionné le problème de la louve.
Grâce à une petite ouverture aménagée sur la porte, je pus observer Eléonore. Elle était assise, s’occupant à la lecture. Elle avait un très joli minois, très, très joli même. Mais peut-être était-elle courte sur patte, ou ses jambes étaient tordes ? Où alors ses oreilles étaient gigantesques, en forme de feuilles de choux. Où alors… elle était muette. Bien sur, ça devait-être ça, cette fille était chauve. Sinon pourquoi la fille du bailli du Sire d’Albret accepterait-elle de m’épouser, moi un bâtard ?
Avant de nous quitter Dame Vianne me tendit une bourse. Je la refusais, mais la dame insista.
– Prends-là, nous te devons bien ça. Tu te feras tailler des vêtements dignes de toi, un seigneur se doit d’être bien vêtu. Ah oui, j’allais oublier, le fief de Lasmazères c’est presque huit cent arpents de terre.
Je restais avec ma mère un très long moment, nous avions beaucoup à nous raconter. Ensemble nous partageâmes le repas du midi. Elle aussi me parla d’Eléonore, d’après maman c’était une très gentille fille, elle serait très heureuse de l’avoir comme bru.
Je repartais de Condom un peu décontenancé. Gauthier Valdemar marié, marié à Eléonore la fille du bailli du Sire d’Albret. Gauthier Valdemar, seigneur de Lasmazères, près huit cent arpents de terre. Étais-je en plein rêve, ou en plein cauchemar ?

Lorsque ma lame trancha dans le torse de l’un des scélérats, le sang, bien rouge, presque noir, bien épais gicla. L’autre voyou battit alors en retraite, s’enfuyant sans demander son reste. Une victime qui se défendait à coups d’épée n’avait pas l’air de l’enthousiasmer. La fripouille blessée tomba de cheval, mais se releva. Je me saisis alors de l’épieu accroché à ma selle, et sauta à terre. Cette fois ma lame trancha dans le cou, presque décapitée la vermine s’effondra.

 

Pris dans mes pensées, je ne les aperçus qu’au dernier instant. Ils étaient deux, deux chenapans désireux de me détrousser et… de m’occire. Je n’avais pas trop l’habitude de me défendre contre des bandits de grands chemins, mais je savais manier l’épée. J’avais aussi l’’habitude d’attaquer et d’occire Sus Scrofa Scrofa. Alors ce n’était pas ces deux brigands qui allaient m’impressionner. C’est Gascogne se cabrant, qui esquiva la première charge. Le temps pour moi de dégainer mon arme. Mon destrier en faisait presque plus que moi, ruant, chargeant les deux cavaliers.

 

Arrivant à Nérac j’expliquai aux hommes du prévôt les circonstances dans lesquelles l’homme qui m’accompagnait jeté son cheval, avait perdu sa tête. Sans m’attarder je poursuivais mon chemin. Je venais de réaliser que c’était le premier homme auquel j’avais ôté la vie. Mais bon, il fallait relativiser. Je tuais à la chasse des animaux qui ne m’avaient rien fait, alors un brigand qui en voulait à ma vie ça ne comptait même pas pour un animal.
Je franchissais la porte du château de Montgaillard à la nuit tombée. Le temps pluvieux de ces derniers jours tournait au froid. J’eu la surprise d’y trouver Hermance. Hermance était l’homme à tout faire des seigneurs de Xaintrailles. En réalité, il s’occupait à piéger les puants, à surveiller la chasse de ses maîtres, et à entretenir les chiens. Le bonhomme n’avait aucune éthique, et c’était peu dire. Je l’avais déjà surpris brisant les quatre membres d’un renard pris dans l’un de ses pièges. Juste pour le plaisir de se venger, celui-ci lui ayant donné du fil à retordre, avant de se faire piéger. Jubilant, remuant le couteau dans la plaie, le faisant atrocement souffrir, avant d’enfin l’occire. Un vrai rustre, l’Hermance. Toujours pieds nus, l’hiver portant une cape de peaux de moutons, exhalant une odeur… très particulière. Il ne séparait jamais de son épieu monté sur un manche de bois très court et de son arc. Je n’appréciai pas véritablement l’individu. L’olibrius semblait euphorique. S’il était là à m’attendre, ce n’était pas hasard. Avant que je ne descende de cheval, trépignant d’impatience, il s’avança vers moi.
– T’arrive juste à temps, Gauthier Valdemar. Je l’ai eu la sale bête, je l’ai eu. Elle s’est fait prendre comme un puant, dans mon piège. Moi j’ai point eu besoin d’une meute, et c’est moi qui aurais la prime.
– Comment ça tu l’as eu ? Quelle sale bête ?
– Ta louve pardi, celle que Nicelle a vue dans le pré au bord de la Baïse. Je l’ai eu la sale bête, j’te dis, faut juste la retrouver.
– Explique-toi, tu l’as eu, il faut la retrouver où ?
– Comme je te disais, elle s’est prise dans un de mes collets, mais l’assommoir n’a pas bien fonctionné. Lorsque je suis arrivé, la sale bête était couchée sur le flanc à moins de quinze pas. Elle a le bout d’une oreille blanche, c’était bien celle-là ! Quand elle m’a vu, elle s’est remise sur pieds, et elle a ouvert une gueule énorme, avec des crocs terribles, pas moins de deux pouces. Elle m’aurait bouffé la sale vermine. Elle avait dû grignoter le cordage toute la nuit, et lorsque j’ai voulu l’occire elle a réussie à s’échapper. J’ai décoché ma flèche, je l’ai bien touché, dans l’arrière train, mais elle a réussi à s’enfuir. J’ai retrouvé la flèche à la traversé d’une haie à trois ou quatre cent pas. Elle est par là-bas, pas loin, le sang est partout, mais j’ai besoin de tes chiens pour la finir.
– Tu veux dire que la louve était couchée sur le flanc, attachée par le cou à ton piège et tu lui a tiré dessus avec ton arc ?
– C’est bien ça, Gauthier Valdemar, c’est bien ça.
– Mais tu as bien un épieu, il te sert à quoi ton épieu !
– Ces sales bêtes sont des diables, il faut point trop s’en approcher. Mais, avec tes chiens on va la retrouver, je suis même prêt à partager la prime. Mais faut pas tarder, avec la lune les recherches seront faciles.
Cette histoire me semblait quand même très bizarre, une louve qui se laissait prendre dans un collet, je n'y croyais pas trop. Ou alors l'énergumène ne me disait pas tout. De toute façon, je n’avais pas l’intention de m’encombrer du bonhomme pour retrouver la bête. Mais il me fallait d’abord finasser pour avoir des informations plus précises.
– Ecoute Hermance, pas question d’entreprendre ces recherches dans la nuit, même par temps de lune. Tu vas me dire exactement ou tu avais ton installé ton piège. Et demain matin, nous nous y retrouverons, dès l’aube.
– Gauthier, n’essaie pas de m’embrouiller, cette louve c’est moi qui l’ai blessée, elle est à moi. En plus elle était sur les terres de Xaintrailles.
– Hermance, cette louve est a toi, je ne reviendrais pas là-dessus. Mais pas question d’entreprendre des recherches cette nuit. Tu peux y aller seul si tu veux, mais tu vas brouiller les pistes. Après les recherches seront encore plus difficiles. Et puis, il y a la bête, elle est sûrement tapis dans un coin, à attendre. Tu as dit toi-même que ces bêtes étaient sous influence du malin. Même blessée, à l’article de la mort, elle peut te sauter dessus et te déchiqueter la nuque.
Hermance fini par m’indiquer, avec assez de précision l’endroit ou il avait installé son piège et celui où il avait retrouvé la flèche.
Il faisait de plus en plus froid, demain matin le givre serait partout. Dans la cuisine j’avalais le repas que Flore m’avait préparé. Son arpenteur d’époux étant rentré au bercail, pas question de passer la nuit à folâtrer. Ça m’arrangeait plutôt, j’allai attendre les douze coups de minuits et filer sur les traces de la louve amochée par Hermance. Seule Vaillance m’accompagnerait. Une chienne très discrète, capable de chasser au sang. Avec elle, j’avais retrouvé des animaux blessés deux, voire trois jours auparavant. Sans trop en savoir la raison cette histoire de louve blessée me contrariait. Je ne l’avais jamais vu, et ma tache de lieutenant de louveterie était de l’occire. Pourtant j’avais l’impression que nous partagions déjà quelque chose de fort, de presque intime. Peut-être les paroles de Manguia « Cette louve ne doit pas mourir, mais il n’y a que toi qui puisse le dire, moi je serai bonne pour le bûcher. Tu dois absolument trouver une solution. »
J’en avais presque oublié « la suggestion »très appuyée de Dame Vianne de prendre épouse. Mais elle était comment cette Éléonore, la fille du bailli de Nérac.
Et après, devrais-je lâchement abandonner, Nicelle, Flore et… ?
Et… c’était Ermeline, la fille deConrad de Padern, l’un des co-seigneurs de Xaintrailles. Je l’avais rencontré faisant du cheval. Sa monture trébucha malencontreusement sur une racine et Ermeline chuta. Immédiatement je la secourus. Nous nous étions revus à plusieurs reprises dans les bois. Avec elle je gouttai vraiment aux fruits du paradis. Maintenant, très épisodiquement nous nous rencontrions. Sachant où me trouver, c’était toujours Ermeline qui choisissait le moment.

 

Ou devrais-je continuer à leur apporter mon soutien ? Je décidais de ne pas répondre tout de suite à la question.

Je rangeai déjà ma confrontation avec les deux fripouilles rencontrées du coté de Nérac et la saignée de l’un d’eux, au rang de simple péripétie
Au dernier instant, je décidais que Diable nous accompagnerait. Un chien capable de briser les reins d’un blaireau d’un seul coup de gueule, ça pouvait toujours être utile.
Sans aucune hésitation Vaillance prit la voie de la louve blessée. Avançant dans le silence, nous abordâmes rapidement la haie, le long de laquelle Hermance avait retrouvé sa flèche. Lorsque je vis Diable précéder Vaillance sans donner de la voix, flairant la tête haute, d’une caresse je stoppai la chienne. Ce n’était pas la louve qui nous attendait derrière les buissons, mais j’avais mon idée. Diable se tourna vers moi, attendant un ordre, je lui fis signe de poursuivre. Il traversa la haie, puis nous entendîmes des bruits de lutte, puis des cris, enfin des hurlements. Ces cris ce n’était point les cris d’un animal, j’en concluais que Diable était en train de d’écharper un humain. Cet humain ne pouvait être qu’Hermance. Il ne m’avait pas fait confiance, le bougre allait s’en souvenir. Avant que cela ne tourne à la mise en pièce, je traversai à mon tour. Un petit sifflement fit comprendre à Diable, qu’il en avait assez fait. L’olibrius ne demanda pas son reste, sûrement persuadé d’avoir été agressé par la louve blessée. Ne lui avais-je pas dit de s’en méfier, de ne pas entreprendre les recherches seul et de nuit.
Diable revint près de moi, en guise de récompense, je lui tapotai le dos.
– Bravo mon chien, c’est du bel ouvrage. Il va s’en rappeler longtemps l’énergumène.
La traque repris. À peine avions-nous abordé le bosquet que Vaillance stoppa et tourna la tête. J’étais persuadé que nous y étions. Au travers des arbres sans feuilles, la lune blafarde éclairait la nuit, mais toujours pas de louve. Vaillance avança encore, puis Diable passa devant, prêt à en découdre.
– Tout doux mon chien, tout doux.
À suivre......


Pour communiquer avec Gauthier : gauthier.valdemar@laposte.net
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