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Michel ZORDAN présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.

13 Sep

Rentrée littéraire 2012 : La louve de Vianne - 3

Publié par Michel Zordan  - Catégories :  #Un auteur du Sud Ouest

la louve de Vianne-2La Louve de Vianne - Episode 3 – la bête noire

 

Contes et légendes ? Dans ce récit fiction et histoire se mêlent et s’entremêle…

 

Je me présente, Gauthier Valdemar, lieutenant de Louveterie de Jourdain de l'Isle, seigneur de Montgaillard. C’est sa tante, Vianne de Gontaut-Biron qui l’exigea dans le contrat du legs de ses biens à son neveu. Tout comme elle exigea que ses domestiques fussent maintenus à leur poste après son départ pour le couvent des dominicains à Condom. Je suis né en octobre 1257, fils d’Aléide Valdemar femme de chambre de Vianne de Gontaut-Biron et de père inconnu. Ma mère est l’une des seules domestiques à l’avoir suivi dans sa retraite au couvent. Retraite est peut-être un bien grand mot, puisque Vianne de Gontaut-Biron qui avait contribué en 1261 à fonder le couvent, y avait par la même occasion fait construire sa propre demeure. Très souvent j’avais interrogé ma mère sur l’identité de mon père, jamais je ne pus obtenir gain de cause. Des indiscrétions me firent comprendre que j’étais sûrement un bâtard d’Amanieu VI d’Albret, alors époux de Vianne de Gontaut-Biron. Le mariage entre Vianne et Amanieu VI d’Albret fut déclaré nul par une bulle du pape Clément IV le 22 septembre 1268. Y avait-il un rapport de cause à effet ? Je ne saurais trop dire. Très jeune, je ne comprenais pas pourquoi j’étais le seul enfant de domestique à avoir accès à presque tout le château. Ma mère y avait d’ailleurs ses appartements, très modeste, mais bien plus confortable que ceux des autres serviteurs. Toujours prévenante envers moi, Vianne de Gontaut-Biron qui n’eu jamais d’enfant, avait convaincu ma mère de m’envoyer à l’école de Villelonga. Les cours étaient dispensés par le frère Jacquemin et le frère Pascoual. Deux moines de l’église Notre-Dame de Villelongue. Très sévère, mais également très droits, les deux religieux ne m’épargnèrent rien. Maintenant je sais lire, écrire et même compter. Le latin, le gascon n’ont plus de secret pour moi.

 

La charge de lieutenant de Louveterie, c’était sans aucun doute un petit dédommagement. Lorsque pour mes seize ans je pus enfin entrer dans mes fonctions, la dame de Montgaillard me fit un autre superbe et inestimable cadeau. En effet, un lieutenant de louveterie ne peut l’être que s’il dispose d’une meute. Et mon cadeau ce fût cette meute. Modeste certes, mais déjà bien mise, puisque propriété de l’un de ses lointains cousins, l’ayant hérité d’un oncle défunt, découplant en Périgord noir. Il s’agissait de huit magnifiques grands fauves de Bretagne. Le lointain cousin de la dame de Montgaillard ayant plus besoin d’espèces sonnantes et trébuchantes, que de chiens, elle se proposa de les acquérir. Durant trois jours et trois nuits je ne quittai pas mes chiens, dormant à leur côté dans le chenil. Mon préféré était aussi le plus vieux. Son ancien maître l’avait baptisé Lucifer. J’adorais jouer avec Tiphaine, la plus jeune, à peine trois mois lorsqu’elle arriva à Montgaillard. Maintenant ma meute s’est étoffée, douze chiens la composent. La chasse, j’étais tombé dans le chaudron tout petit, accompagnant dès mes dix ans le seigneur d’Albret. Où même les seigneurs de Xaintrailles. Je compris plus tard que le superbe poulain que maman m’avait offert, et que je baptisais Gascogne, c’était un cadeau d’Amanieu VI d’Albret. Le père, qui ne pourrait jamais être mon père. Mais je n’avais pas de rancœur, les autres garçons de mon âge et même les filles du village travaillaient déjà très dur. J’étais conscient d’être un privilégié, ma vie me plaisait bien, et je faisais tout pour la vivre à fond. J’avais une deuxième passion encore naissante, mais déjà très florissante. Peut-être héritée de mon père, qui ne pouvait pas être mon père : j’aimais la compagnie des filles et même des femmes. À quinze ans à peine, une chambrière de la dame de Mongaillard m’initia aux vertiges de l’amour. Depuis, sûrement pour ne pas perdre la main, je multipliais les conquêtes. Un lieutenant de louveterie, ça en impose. En train de soigner mes chiens…

 

– Gauthier, Gaultier… Viens vite, c’est le diable, viens vite…

 

Nicelle Terrobe, sûr, c’était la voix de Nicelle. Je la vis arriver d’assez loin, courant et criant tout au fond de la colline. Pas le temps de seller Gascogne, je sautais en croupe et nous partîmes au galop dans sa direction. La monte à cru, je la pratiquais souvent. Lorsqu’elle ne fût plus qu’à quelques mètres, la jeune fille s’écroula, arrivant tout juste à articuler : – Gauthier faut faire vite, j’ai vu la bête noire, c’est le diable, elle va emporter tous mes agneaux, vite, faut faire vite…

 

Le loup était considéré comme l’incarnation du diable, détenteur de pouvoirs maléfiques, capable de sortilèges. Davantage encore dans notre Gascogne, puisque assez rare. Légendes et rumeurs précédaient l’animal, l’entourant de mystères relayés par ceux qui affirmaient détenir le savoir, amplifiant les croyances populaires. Depuis que j’étais capable de me souvenir, jamais un vrai loup ne s’était vu dans la région, sûrement encore un chien errant. Mais mon travail était de rassurer et de protéger, la population, et les biens. Le pré dans lequel Nicelle avait aperçu le soi-disant loup se situait le long du ru Laribot, tout au bord de la Baïse à presqu’une lieu. Pas de temps à perdre. Avant même que Nicelle ne se relève, je fonçai vers le chenil, libérai mes chiens, sauf Légende, prête à mettre bas et empoignai l’épieu. J’étais euphorique, maintenant rien ne pourrait plus nous arrêter. Et si c’était bien un loup, ma gloire et celle de ma meute était pour le coup assurée. Je serais invité partout à la chasse. On dirait de moi, c’est Gauthier, le fameux chasseur de loup. Mieux vaut être de ses amis, que de ses ennemis. À cet instant je ne doutai de rien.

 

Le spectacle était royal, Gascogne galopant, moi en croupe, brandissant l’épieu, toute la meute nous accompagnant. Les plus anciens ralliant les plus jeunes de leur voix rauques et puissantes.

 

– Taïaut, taïaut, allez mes chiens, sus à la bête noire.

 

Pour moi, le loup n’était sûrement pas supérieur au sanglier, empreint lui aussi de croyances maléfiques. Très tôt dans la vie j’avais été confronté à la réalité. Je pus alors découvrir la fougue et la sauvagerie de l’animal. Mais rien de malfaisant chez cet adversaire, juste bravoure et vaillance. Sur les conseils d’Amanieu VI d’Albret, il était inutile de mettre trop en danger la vie des chiens et celle du cheval. Alors point d’épée pour servir l’animal. La confrontation finale devait se faire, adversaire face à adversaire. Les yeux dans les yeux, avec juste un chien ou deux bloquant l’animal. Pour cela l’épieu était la bonne arme. Expérience inoubliable, j’embrochai mon premier sus scrofa scrofa, au ferme, dès l’âge de treize ans. Pas très gros, une centaine de livres. Je ne chassais bien sûr, que les mâles. Depuis j’en avais à mon actif une douzaine, dépassant pour la plupart les cent cinquante livres. Mon record deux cent trente deux livres. Pour les renards, et les blaireaux je laissais aux chiens le soin de les coiffer. Diable, était inimitable pour trucider les blaireaux, animal dur au mal, féroce, retord et plein de traîtrise. Avec les brocards, pas de courre, mais l’approche, en silence, même les feuilles ne devaient pas nous entendre. Juste Vaillance, l’une de mes chiennes, très discrète, capable de retrouver et de coiffer rapidement un animal blessé et moi. J’utilisais un arc de ma fabrication, en bois de frêne, bien plus subtil pour des animaux de cette qualité. Pour le cerf, je devrais encore attendre un peu, ils étaient peu nombreux dans la région et les seigneurs se les réservaient. Mais aujourd’hui si la chance me souriait, alors oui. Je serai invité dans le Périgord noir, peut-être même chez le seigneur Archambaud III, comte de Périgord. Là-bas les grands cerfs étaient légions, avec des bois aussi branchus que des chênes centenaires. Peut-être même le sire d’Albret me fera t-il chevalier. Le Chevalier Gauthier Valdemar, seigneur de… Pour le seigneur de, faudrait attendre encore un peu.

 

Le ciel était bas, la pluie ferait sûrement son apparition avant la fin de la journée. De loin j’entendais maintenant les hommes du village haranguer leurs chiens. Pas des bêtes de la qualité de mes fauves de Bretagne. Non, juste des corniauds à peine bons à mordre le cul des vaches et à retrouver les brebis égarées. Pour la chasse, il fallait des chiens expérimentés, prêts à faire face. Et les miens, le courageux Lucifer en tête, feraient face. Mais d’abord, l’important était de trouver la voie et de l’empaumer. Ça c’était le travail de Ripaille, et de Bastienne, fins limiers, ils n’avaient pas leur pareil pour faire le pied. Aux premiers récris toute la meute se rallierait et la bête noire n’en réchapperait pas. Si le loup s’était tapis dans les taillis, les branches étant maintenant dénudées, oser un rapprocher serait peut-être payant ! Mais fallait-il encore qu’il s’agisse d’une bête noire et qu’elle tienne le ferme ! La dernière fois que j’avais tenté un rapprocher, c’était la semaine passée. Sus scrofa scrofa, n’était guère très gros, mais teigneux et bien armé. Ça devait être mon treizième. Voyou le tenait au ferme, je sautai alors de cheval. Mais à l’instant où j’allais le servir, refusant la confrontation, la bête bourra très violement le chien et nous faussa compagnie. Situation assez courante, plusieurs de mes chiens se faisaient ainsi régulièrement découdre. Mais cette fois, une véritable boucherie, boyaux à l’air, Voyou pissait tout son sang. Aussitôt, sans plus m’occuper de la chasse, je chargeai mon limier sur Gascogne, mon destrier. Et nous fonçâmes au galop chez Manguia, la guérisseuse sur la route de Lasmazères. C’était il y a six jours, Voyou y était toujours. Mais j’avais bon espoir, Manguia faisait des miracles avec les humains, comme avec les animaux.

 

Vous pouvez communiquer avec moi à cette adresse : gauthier.valdemar@laposte.net

 

Contes et légendes ? Dans ce récit fiction et histoire se mêlent et s’entremêle…

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