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Michel ZORDAN présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.

29 Sep

Rentrée littéraire 2012 : la louve de Vianne

Publié par Michel Zordan  - Catégories :  #la louve de Vianne

la louve de Vianne-3Du doigt je lui montrai Diable. 

 

  Pour sûr que ton grand fauve est un vaillant, mais Le Port, c’est un repaire de bandits et de brigands  Ils descendent de Toulouse, d’autres remontent même de Bordeaux. Sans compter ceux qui arrivent de la bastide de Villeneuve. Pour la peupler cette bastide, ils ont ameuté tous les miséreux, les sans-grades et les sans loi, sur plus de vingt lieues à la ronde. Même les moines d’Eysses s’y sont mit.  Ils voulaient soi-disant évangéliser les mécréants, en faire de bons chrétiens. J’ai ouï-dire que les seigneurs de Pujols et de Monflanquin, les encouragent à venir piller chez nous. La gabarre de Buzet sur la Baïse c’était bien eux. Ils rachètent un bon prix tout ce que ces fieffé coquins peuvent voler d’intéressant. Je pourrais  t’accompagner !   J’ai forgé hier une nouvelle épée, j’aurai peut-être là l’occasion de l’essayer ?  

 

Un Adelphe Fromentin dans mes rangs, je ne pouvais pas me priver d’un atout de cette taille et c’était peu de le dire.  Une toise de haut et deux cent trente livres, tout en muscle. Autre petit avantage, le bonhomme avait un cerveau. Son roussin n’avançait pas très vite, mais nous n’étions pas pressés.

 

Nous traversâmes la Garonne par le bac de Saint-Laurent. Pour nous les Gascons, la Guienne commençait ici. Autant dire que nous étions en terre ennemie. Officiellement, la Gascogne était possession de la Guienne,  et la Guienne des Anglais.  Mais ça,  s’était juste officiellement, pour les autres. C’est Louis IX qui nous avait vendu aux Anglais par le traité de Paris de 1259. Louis IX dit le bon (pas pour nous, mais paix à son âme, il était mort à Carthage sûrement empoisonné par ceux qu’il avait trahi),  nous avait  officiellement échangés aux anglais contre d’autres possessions, plus au Nord. Nous laissâmes nos montures au relais, à l’entrée du port, à l’angle de deux petites rues aux noms très suggestifs  de Bombe Cul et de Trotte Garces. C’était jour de foire au Port. Il y avait foule dans les rues, une faune des plus diverses se côtoyait. Marchands ambulants, arracheurs de dents, vendeurs de miracles.  Sur les étals, volailles et charcutaille,  quartiers de pourceaux, et légumes de saison. Sur le pavé,  saltimbanques, gueux et troubadours, filles légères, manants et marauds de tous poils. Quelques  gentes dames se pressaient ici et là, se mêlant,  voulant sûrement se donner le frisson. Aujourd’hui la ville vivait à un rythme effréné.   Nous fîmes quelques pas dans la rue des Gabarres, lorsqu’un un doux fumet nous titilla les narines. À même la rue, contre une façade, tenant compagnie à des brochettes de grives, deux pourceaux farcis se rôtissaient. Le jus bien gras, dégoulinant sur des tartines de pain de seigle.  Sans attendre on s’attablait à l’auberge du Bateau Ivre. C’est le patron d’une de ces gabarres descendant de Toulouse, venue se fracasser  là,  quelques  années plus tôt qui l’avait créé. Avant de commencer nos recherches, nous devions  nous restaurer. Pour Diable je commandai un poulet.   Adelphe se laissa séduire par un cuisseau de pourceau rôti et une douzaine de grives en brochette. Moi j’optai pour une pintade farcie aux cèpes et au foie gras, avec une purée de panais. 

 

Il était temps de se mettre en chasse. Lorsqu’au milieu de la foule, un rayon de soleil se refléta sur une lame, d’instinct ma main se porta à la ceinture.  Ce n’était qu’un marchand ambulant,  proposant sa charcutaille. 

 

  Sentez-moi ce fumet  mon bon seigneur!  Je la produis moi-même, dans ma ferme de Lusignan. Chez moi les pourceaux sont traités comme des rois,  c’est sans doute pour ça que certains disent que ma salaison est exquise.

 

J’avais l’estomac trop bien rempli pour apprécier sa cochonnaille.  J’attrapai le morceau de saucisse sèche et le lançai à Diable.  À peine si je le vis ouvrir la gueule.  Mais le manant ne lâcha pas prise, nous poursuivant jusqu’au recoin,  armant sa lame d’un nouveau morceau, bien plus conséquent cette fois.  C’est mon grand fauve qui remit le chenapan dans le droit chemin, goûtant ses mollets, avalant la charcutaille.        

 

La nuit tombait,  mais pas de chauve au nez et à l’oreille coupés. La plupart connaissait l’énergumène, mais ne l’avait apparemment pas vu depuis plusieurs jours.  Il nous restait quelques piteuses tavernes à visiter. Des bouges pour soiffards sans le sous,  proposant des filles à la cuisse plus très légère.  À peine avions-nous fait quelques pas dans le rue Bombe Cul que Diable se retourna, grognant, retroussant ses babines, montrant ses crocs.  Adelphe et  moi fîmes volte-face.   Il était là le chauve,  le sans nez, à l’oreille coupée.  Mais il n’était pas seul,  à ses côtés quatre gredins du même acabit.   À peine le combat s’engageait-il que d’autres hommes en armes s’invitèrent aux festivités, heureusement de notre bord. Les hommes du prévôt. Nous avions passé une grande part de l’après-midi à fureter, à interroger. Nous n’étions pas passé inaperçus.

 

Le combat ne s’éternisa guère. Rapidement, l’un des assaillants gouta à la nouvelle lame du géant forgeron. Plus fine, plus tranchante, et plus légère. Plus longue aussi.  Peut-être le coupe jarrets avait-il moins souffert aussi.   Un autre se retrouva au sol,  meurtri par les crocs de Diable.  Il fut achevé par le fer d’un soldat. Lorsque je touchais le sans nez à la poitrine, les deux derniers chenapans, prirent la poudre d’escampette avec Diable aux fesses.  L’homme fléchit sur les genoux,  mais je ne voulais pas qu’il meure.  C’était sans compter avec l’un des hommes du prévôt,  qui le perça de part en part. J’étais presque certain qu’il avait voulu l’éliminer, pour très certainement l’empêcher de parler. 

 

Je racontai mes péripéties au prévôt, lui expliquant les raisons de notre venue au port.  J’eu la nette impression qu’il connaissait déjà mon histoire.  Jourdain avait-il des accointances avec cet homme ?  C’est là que j’appris le nom,  ou le surnom du chauve  sans nez, ni oreille : le Ripailleur. 

 

C’est en reprenant nos montures que Diable retroussant ses babines, montra de nouveau ses crocs.  Puis l’homme dissimulé au coin du mur, vint vers nous.  C’était l’un des deux rescapés enfuit lors de la confrontation. Son attitude nous fit comprendre qu’il n’était pas là pour reprendre les hostilités.

 

  Mon seigneur,  j’ai peut-être l’information que vous êtes venus chercher ?  

 

– Tiens donc manant ! Parle vite ou bien Diable va te faire regretter d’être né !

 

  Ça vaut bien une récompense mon seigneur, vous allez être très étonnés.

 

  Vas-y parle, si ton information est viable, tu auras ta récompense.  Mais attention, si ce n’est que baliverne c’est Diable qui te récompensera.  

 

– Ce n’est pas l’homme que vous croyez, Jourdain de l’Isle  qui est venu recruter ici, pour vous expédier dans l’au-delà. Non, c’est une femme…

 

  Comment ça une femme  maraud ?

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