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Michel ZORDAN présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.

23 Sep

rentrée littéraire 2012 : la louve de Vianne 8

Publié par Michel Zordan  - Catégories :  #la louve de Vianne

la louve de Vianne-3J’aurai bien rétorqué à Jourdain de l’Isle, mais la nuit approchait, je n’avais pas un instant à perdre. Le mécréant ne perdait rien pour attendre. Brides abattues je partis vers Nérac.

 

Désolé mon brave Gascogne, mais il va falloir se hâter.

 

Qui avait bien put dénoncer Manguia, Hermance ? Je n’y croyais guère, lui aussi avait recours à la guérisseuse pour soigner les chiens des seigneurs de Xaintrailles. Mais peut-être le rustaud avait-il eu la langue trop bien pendue et un autre se sera chargé d’informer le prévôt. Une chose était sûre, le misérable n’avait pas perdu de temps. Je m’en voulais, au lieu de courir après les barriques de Buzet, j’aurai dû aller prévenir Manguia.

 

Arrivant devant la maison des gardes à la nuit tombée, je demandai à être immédiatement reçu par Bertrand d’Astier, le prévôt de Nérac. L’homme était en train de souper, mais il consentit à venir à ma rencontre.

 

Je vous baille le bonjour seigneur d’Astier.

 

– Le bonjour Gauthier Valdemar. Tu n’as pas perdu de temps pour venir réclamer ta récompense. Un brigand occis hier à peine, quatre autres aujourd’hui. Il ne fait pas bon, pour les gredins de se trouver sur ton chemin ou même de passer par les terres du seigneur de Montgaillard.

 

– Ce n’est point cela qui m’amène seigneur d’Astier, mais l’arrestation par vos hommes, cette après-midi même d’une guérisseuse qui se nomme Manguia.

 

– Effectivement, on nous a signalé qu’une femme, habitant sur les terres du seigneur de Montgaillard, se livrait à la sorcellerie. Elle aurait scellé un pacte avec le malin, lui donnant le pouvoir de ressusciter les animaux morts. Ce genre de délit dépend directement de Monseigneur de Burchard, notre évêque.

 

– Je connais parfaitement cette personne, j’ai une totale confiance en elle. Pour tout vous dire je lui confie mes chiens lorsqu’ils sont en mauvaise posture, ce qui m’arrive assez régulièrement. Que lui reprochez-vous exactement ?

 

– Un témoin aurait aperçu cette femme se livrant à des rituels sataniques sur une louve. Il n’a pas pu tout expliquer, mais il a parlé de régurgitation de nourriture sur une louve qui semblait morte. Puis la bête noire serait comme par miracle revenue à la vie. Il n’y a que Dieu Tout-puissant qui puisse ressusciter les morts.

 

Je commençais à saisir, avant de se faire prendre dans le collet d’Hermance, la louve avait absorbée des appâts de viande empoisonnés. C’est pour cela qu’elle était affaiblie. Manguia lui avait fait régurgiter les morceaux de viande et par la même occasion, le poison. Mais quelqu’un avait été témoin de la scène.

 

– Seigneur d’Astier, je suis persuadé qu’il s’agissait seulement d’un chien empoisonné. Des gredins laissent macérer des morceaux de viande dans la ciguë, et disséminent ces appâts dans la campagne pour tuer les puants et les renards. C’est pourtant totalement interdit. Malheureusement les chiens et même sus scrofa scrofa en pâtissent. Avez-vous interrogé Manguia sur le sujet ?

 

– Pour sur, elle a une explication identique à la tienne. Mais elle ne sait pas le nom du propriétaire du chien. L’homme venait d’assez loin, une fois son animal soigné il serait repartit.

 

– La preuve est là seigneur d’Astier, Manguia a juste soigné un chien empoisonné. Je reconnais que pour les âmes point trop éclairées, certaines pratiques médicinale peuvent passer pour de la sorcellerie. Moi-même lorsque je l’ai connu… Mais elle m’a convaincu qu’il ne s’agissait que de formules héritées des sa mère n’ayant rien de magique. Elle m’a donné l’exemple du pain qui gonfle en cuisant sous l’effet de la levure, rien de plus naturel. Personne ne s’en inquiète. Pour les médications de Manguia c’est exactement la même chose, elle utilise des extraits de plantes. Je puis vous assurer qu’aucun pacte ne lie cette femme au malin.

 

– Gauthier Valdemar cette affaire est très grave. Moi, je n’ai fait qu’exécuter un ordre, il n’est impossible de la remettre en liberté. Il se peut même, si cette femme persiste à nier que Monseigneur de Burchard décide de la soumettre à la question. C’est lui seul qui décidera.

 

Je savais que je ne pouvais plus espérer de cet homme. Dame Vianne avait de très bon rapport avec Monseigneur de Burchard, l’évêque de Condom, dont nous dépendions. La solution était là, mais je ne devais pas perdre de temps. Dans la nuit déjà noire je pris la direction du couvent des Dominicains de Condom. Heureusement Gascogne avait eu le temps de se désaltérer. Pour son picotin d’avoine il devrait encore attendre un peu. Moi-même, je n’avais rien avalé depuis le matin.

 

Arrivant devant la grosse porte, avant même de descendre de cheval, je frappais. Quelques instants plus tard…

 

– Passez votre chemin voyageur, nul étranger ne peut pénétrer de nuit dans le couvent !

 

– Mais je ne suis pas un étranger, je me nomme Gauthier Valdemar. J’étais parmi vous hier encore. Ma mère est de votre couvent, je dois absolument voir Dame Vianne, ça ne peut pas attendre.

 

– Gauthier Valdemar, mais que se passe t-il donc ? Que viens-tu me rendre visite à une heure aussi tardive ?

 

– Dame Vianne, ils ont arrêté Manguia, ils disent que c’est une sorcière, mais c’est faux….

 

– Calme-toi Gauthier, calme-toi. Tu n’as pas fait tout ce chemin de nuit, pour juste venir me dire qu’une sorcière a été arrêtée. D’ailleurs ce n’est pas très prudent de chevaucher de nuit. Ce matin même on m’a conté ce qui s’était passé hier lors de ton retour, heureusement ils n’étaient que deux. Viens t’asseoir près de moi et raconte.

 

Je m’asseyais à ses pieds, à même le sol, laissant doucement aller ma tête contre ses genoux. Je me sentais rassurer. Durant un long moment, j’expliquai, tentant de mettre en avant les services que cette femme rendait aux gens, bien souvent aux plus pauvres. Bien sûr, je ne parlai pas de la louve, mais peut-être avais-je tord.

 

– Je lui ai amené Voyou, il pissait le sang, ses boyaux était a l’air, aujourd’hui il est presque sur pied.

 

La main de Dame Vianne me caressait les cheveux, petit, souvent je n’étais retrouvé dans cette situation. Pourquoi agissait-elle ainsi alors que je n’étais qu’un bâtard.

 

– Gauthier, je veux bien servir tes intérêts auprès de Monseigneur de Burchard. Dès demain je lui écrirais une lettre, que tu lui remettras en main propre. Tu tiens beaucoup à Manguia, et je suis persuadé qu’il y a autre chose que le fait de soigner tes chiens. Je te connais Gauthier, je suis persuadé que tes raisons sont nobles. Après ton départ hier, ta maman et moi avons longuement discuté. Elle se fait du souci pour toi, je m’en fais aussi. Il y a des raisons que tu ignores et que tu ignoreras toujours. Mais la vie demande parfois des sacrifices, même si ces sacrifices n’en sont pas toujours. Gauthier, hier je t’ai proposé d’épouser Eléonore, la fille de Raimon Gislebert le bailli de Nérac. Je ne veux en aucun cas te forcer la main. Mais imagine que dans la missive que je vais adresser à Monseigneur de Burchard je lui mentionne que très bientôt seront célébrer le mariage de Gauthier Valdemar et d’Eléonore Gislebert. Je pense qu’il y regardera à deux fois avant de condamner Manguia. Tu sais Gauthier, en s’en prenant à Manguia peut-être que est-ce toi qui est visé, mais je ne peux pas t’en dire plus. Tu as besoin de protection mon enfant, pour le moment je suis la, mais je ne suis pas immortelle. Nous vivons dans une époque tourmentée, chacun plaçant ses pions en espérant remporter la mise. Je crois qu’il est grand temps que tu deviennes le seigneur de Lasmazères. Après les choses seront peut-être plus compliquées pour certains, mais aussi plus simple pour toi.

 

Je venais de comprendre certaines choses, mais tout n’était pas encore très clair dans mon esprit. Emprisonner Manguia sous prétexte de sorcellerie, pour m’atteindre moi. Je n’étais qu’un bâtard, mais sûrement un bâtard du sire d’Albret, et toute la différence était très certainement là. C’était l’attitude protectrice de Dame Vianne à mon égard et à l’égard de ma mère que j’avais souvent tenté de comprendre. Sans y parvenir. Pourquoi Dame Vianne n’avait-elle jamais eu d’enfant ?

 

– C’est d’accord Dame Vianne, je vous obéirais. J’accepte de prendre Eléonore pour épouse.

 

– Tu fais le bon choix mon enfant. Je très fière de toi. Éléonore est une jeune fille très gentille, très belle, très intelligente et ce qui ne gâche rien très, spirituelle. Maintenant, il te faut aller te reposer, tu annonceras toi-même la nouvelle à ta maman demain.

 

Je ne trouvais pas le sommeil, les paroles de Dame Vianne revenaient sans cesse danser dans ma tête « Tu sais Gauthier, en s’en prenant à Manguia peut-être que certains voulaient s’en prendre à toi, mais je ne peux pas t’en dire plus. Tu as besoin de protection mon enfant, pour le moment je suis la, mais je ne suis pas immortelle. Nous vivons dans une époque tourmentée, chacun plaçant ses pions en espérant remporter la mise. Je crois qu’il est grand temps que tu deviennes le seigneur de Lasmazères. Après les choses seront peut-être plus compliquées pour certains.» Ils étaient qui ces « certains. » Qui donc pouvait-être gêné par un bâtard. Pour quelle raison Dame Vianne, nous avait-elle prit, maman et moi sous sa protection ? Et la charge de lieutenant de louveterie, et la meute, et le fief de Lasmazères, pourquoi tous ces cadeaux. Et le Sire d’Albret, mon supposé père, de quel côté était-il ? Du côté des « certains » ou de celui de Dame Vianne ? C’était aussi le « je ne suis pas immortelle » qui me tracassais. Dame Vianne était-elle malade ? Je la savais en procès contre son ex-second époux, Hélie de Castillon, seigneur de Bazas. Le but de Vianne de Gontaut-Biron, Dame de Montgaillard était récupérer l’intégralité de sa dot. Comment cette affaire se passait-elle ? Dame Vianne se sentait-elle menacée ?

 

Un autre petit détail m’interpellait, Dame Vianne ne m’avait reparlé ni de Nicelle, et ni même de Flore, mes amies de cœurs. Apparemment pour Ermeline elle ne savait rien. Une fois marié, ce genre de « détail » n’entrait-il plus en compte ?

 

Le lendemain matin d’assez bonne heure, je rencontrais maman et lui fis tout de suite part de mes intentions. Elle me prit dans ses bras et ma serra très, très fort.

 

C’est très bien, mon fils, tu as fait le bon choix. Dame Vianne m’a raconté, ta mauvaise rencontre en regagnant Montgaillard. Heureusement la volonté de notre Seigneur Tout-puissant était que tu vainques. Mais il te faut faire très attention mon fils, le danger est partout. Je sais que tu te poses beaucoup de questions, sur ta naissance, et sur un tas d’autres choses, mais je ne peux rien te dire. Mais un jour tu sauras, mais ce jour-là je ne serai plus.

 

En repartant du couvent des Dominicains, je filais vers Condom, vers la cathédrale Saint-Pierre. Monseigneur de Burchard notre évêque, y avait ses appartements à quelques pas. Je fus très surpris d’être reçu assez rapidement.

 

– Mon fils, Dame Vianne est une femme d’une très grande piétée, et d’une très grande générosité. Mais l’amour qu’elle te porte ne lui permet pas de faire la part des choses. Je ne comprends pas que l’on puisse trouver quelques intérêts chez une personne pactisant avec le diable. La surnommée Manguia a des pratiques douteuses, qui la rapproche de Satan. En s’adonnant à la sorcellerie Manguia a outragé Dieu. Ramener des êtres ayant succombés, fussent-ils des animaux, à la vie, est une grave insulte à notre Tout-puissant, c’est la marque du Diable. Mais parle, je t’écoute !

 

Ce n’était pas gagné d’avance, même avec la missive de Dame Vianne, je devais faire valoir des arguments.

 

– Monseigneur, les personnes qui vous ont informées sont de mauvaise foi. Manguia est une guérisseuse, soit, mais absolument pas une sorcière. Lorsque ce témoin dit l’avoir vu, ressuscitant une louve, il ne s’agissait que d’un chien mal en point régurgitant des appâts empoisonnés à la cigüe. L’animal était très affaibli, mais pas mort. Moi-même lui ai-je déjà amené l’un de mes chiens empoisonné. Manguia lui a administré un breuvage à base d’herbes qui lui a retourné l’estomac. Je puis aussi vous jurer que chaque fois que cette femme est aux prises avec un cas difficile, elle prie le Seigneur de lui venir en aide. Une sorcière n’implore pas Dieu Tout-Puissant, elle s’adresse au Diable.

 

Durant un long moment j’argumentai, mais Monseigneur de Burchard restait inflexible.

 

– Mon fils, lorsque l’on prétend devenir seigneur de Lasmazères, avec droit de basse justice sur ses sujets, il faut donner l’exemple sans faiblesse. Avoir plus de discernement dans le choix de ses amis ou même de ses relations. Cette femme est soupçonnée d’alliance avec le diable, et c’est très grave. Nous devons savoir la vérité, elle sera soumise à la question. Si comme tu le dit cette femme n’a rien à se reprocher, elle n’a rien à craindre.

 

Sous la torture, n’importe qui, avoue n’importe quoi, et même la vérité. Je devais jouer le tout pour le tout. Prêcher le faux, pour découvrir le vrai.

 

– Monseigneur, si la Dame de Mongaillard a intercéder en ma faveur, ce n’est pas sans raison. Elle m’a fait comprendre qu’au travers de Manguia, c’était moi que l’on voulait atteindre. Mais au travers de moi… Dame Vianne est persuadé que c’est l’autorité même du Sire D’Albret, Amanieu VI qui était visée. Je dois avouer que je ne vois pas le lien entre le Sire d’Albret et mon ordinaire personne. Mais peut-être que…

 

Immédiatement Monseigneur de Burchard me coupa. Je compris alors que mes paroles avaient fait mouche. Confession de fidèles aidant, Monseigneur de Burchard devait avoir à sa connaissance d’innombrables secrets. Celui de ma naissance y comprit.

 

– Gauthier Valdemar, c’est moi-même qui interrogerai cette femme, je peux t’assurer que la vérité triomphera. Maintenant retourne vers Montgaillard, pour Manguia je te ferai savoir.

 

Monseigneur de Burchard ne pouvait pas revenir en arrière, et renoncer à l’interrogatoire. Mais j’étais persuadé qu’il ne se passerait pas trop mal pour Manguia. À moins que Monseigneur soit du côté des « certains ». Mais je n’y croyais pas, il avait trop d’intérêt à être du côté de la Dame de Montgaillard.

 

Lors du retour, en passant à Nérac, je fis une halte à la maison des gardes. Contre deux pièces d’or je parvins à soudoyer le geôlier et à rendre visite à Manguia.

 

– Alors Manguia, pas trop mauvaise la nourriture du prévôt ? J’espère que les gardes te traitent bien ?

 

– Gauthier Valdemar, j’espère que tu es venu me sortir de ce traquenard. Pour les gardes cela se passe plutôt bien, je leur donne quelques recettes pour soigner quelques-uns de leurs maux. Ils sont même très reconnaissants. Mais je ne tiens à finir sur le bûcher.

 

En quelques mots, mais à voix basse, la guérisseuse m’expliqua que la dénonciation datait d’au moins une huitaine. Qu’elle n’avait rien à voir avec la louve. Que l’histoire du chien régurgitant ressemblant à un loup était vraie. Seulement après l’histoire de la louve, vue par Nicelle et celle de l’agression sur Hermance, « certains » y avaient trouvé quelques concomitances. Ces « certains » avaient alors alerté Monseigneur de Burchard. Et pourquoi pas Le père Anselme, le curé de l’église Notre-Dame de Villelongue ?

 

– Ecoute, j’ai vu des personnes qui vont te sortir de là, mais tu dois encore patienter deux à trois jours. Monseigneur de Burchard va venir t’interroger. Tu n’a rien à craindre de lui, dis lui seulement ce que tu viens de me raconter. Sans bien sûr faire allusion à la louve. Dis-lui également que tu as un crucifix dans ta chaumière et que tu pries le Seigneur régulièrement pour lui demander de te venir en aide. Et la louve, comment va-t-elle ?

 

– Très bien, je l’ai remise sur pieds et heureusement elle est repartie à temps. Elle aussi avait mangée des appâts de viande macérés dans la ciguë. Ça c’est l’œuvre de ce vaurien d’Hermance, je lui réserve une petite surprise au rustaud. À ton retour à Montgaillard, pousse jusqu’à Lasmazères, tu pourras y reprendre Voyou et donner à manger à ma vache et à mes volailles. J’espère qu’un renard ne se sera pas invité par là. Gauthier, pour le crucifix, je pense qu’ils iront vérifier, je compte sur toi.

 

J’arrivai à la chaumière de Manguia, un peu avant la tombée de la nuit. Tout n’était plus que désolation, un simple amas de cendre et de débris. Ici et là dans la cour quelques affaires appartenant à Manguia. Des voyous avaient profité de l’arrestation de la guérisseuse pour saccager et mettre le feu. Derrière le fût d’un arbre une tête apparue. Je m’avançais, retirant l’épée de mon fourreau.

 

– Viens par ici rustaud, je vais te pourfendre…

 

C’était Hermance.

 

– C’est pas moi Gauthier, je te jure que c’est pas moi. J’ai vu la fumée de loin, lorsque je suis arrivé, tout avait déjà cramé. La vache est morte, elle est là-bas à moitié grillée, pour la volaille j’ai réussi à en reprendre quelques-unes.

 

Je n’avais qu’une idée en tête, mon chien.

– Et Voyou, tu as vu mon chien, il était à côté de la vache. Tu as du le voir ?

 

– Non Gauthier, je n’ai pas vu ton chien. S’il n’était pas attaché, il a dû s’échapper, tu le retrouveras chez toi.

 

Je tentais de voir si le cadavre de Voyou n’était pas à côté de celui de la vache. Apparemment non, mais au milieu des amas de pierre et de bois, difficile d’en être certain. S’aidant de quelques morceaux de bois Hermance avait tenté de reconstruire un semblant de poulailler, pour y rassembler quelques volailles rescapées.

 

– Hermance, as-tu raconté ton histoire de louve à quelqu’un ?

 

– Non, hier après t’avoir quitté, je suis venue voir Manguia. Elle m’a soigné. Pour les appâts empoisonnés à la cigüe, elle savait que c’était moi, elle m’a fait la leçon. Mais elle m’a quand même soigné. Sa médication m’a tout de suite soulagé. Après je suis rentré à Xaintrailles. C’est aujourd’hui même en début d’après-midi que j’ai vu la fumée, je suis tout de suite venu, mais c’était déjà trop tard.

 

J’allais demander au charpentier de venir reconstruire un véritable poulailler, ainsi qu’une cabane pour accueillir Manguia à son retour. J’espérai de toute mon âme qu’elle puisse recommencer sa vie comme avant. En retournant à Montgaillard une autre idée me vint. Dès demain je rendrais visite à tous les « clients » réguliers ou occasionnels de Manguia. Je les convaincrais de venir donner un coup de main et même d’apporter quelques matériaux. Beaucoup avait profité de ses compétences, il était maintenant temps pour eux de rendre la pareille. Je laisserai entendre aux indécis que les absences pourraient désigner les coupables.

 

À peine arrivé au château je fonçai au chenil, pas de Voyou. J’allais d’abord me restaurer, puis avec Gascogne et Vaillance nous partirions à sa recherche. Dans la cuisine la vieille Asseline, préparaient une garbure. Ça sentait bon. Je m’approchai et chipai un morceau de confit de canard.


À suivre…

 

Pour communiquer avec Gauthier : gauthier.valdemar@laposte.net

 

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