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Michel ZORDAN présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.

05 Sep

Rentrée littéraire 2012 - L’héritière aux deux Royaumes

Publié par Michel Zordan  - Catégories :  #Un auteur du Sud Ouest

l'héritière1L’héritière aux deux Royaumes 
Auteur Michel ZORDAN
ISBN 978-2-9532863-8-0 
 240 pages aux Editions 3 Z    
 
Extrait - elais fort bien cette petite séance à l’infirmerie. Je préparai la Hotchkiss et mes bagages avec beaucoup de soins. Pour améliorer l’ordinaire, je « réquisitionnai » quatre paquets de vrai café, quelques conserves, un camping-gaz avec bouteille pleine, et quelques autres petites babioles. Sur le côté, j’installai une vraie pelle et une bonne hache. Le lendemain matin, debout à cinq heures trente. Je quittai le camp du Kassaï une heure plus tard, juste après le passage de notre boulanger. L’hôpital n’était pas très loin, mais compte tenu de la situation en ville, le trajet pouvait s’avérer plus compliqué que prévu. Lorsque je vis arriver Mona vers moi, j’eus presque un mouvement de recul. Je la vis sourire, c’était bon signe. Les sœurs avaient fait du bon boulot, pas exagéré, mais très réaliste. Sur sa tête, pas de coiffure trop voyante, juste un foulard blanc. Le bandage sur les mains était déroutant, l’impression qu’elle n’avait plus de doigts s’avérait parfaite. J’aurais dû oser une photo pour plus tard, mais ce n’était ni l’endroit, ni le moment. Je m’apprêtai à prendre le baluchon qu’elle portait, mais elle refusa : pas de contact avec les vêtements de la malade. Je la fis assoir à l’arrière. Durant les premières minutes, nous restions tous les deux silencieux. En sortant de Bangui par la Route de l’Indépendance, premier barrage de soldats. Je tendis mon ordre de mission et le certificat médical de Sœur Theresa. Le militaire fit un geste pour prendre les documents, mais en même temps il jeta un œil dans le véhicule. Le passeport lépreux de Mona fonctionna idéalement. L’homme eut une mimique de dégoût et recula. Sans rien vérifier, il nous fit signe d’y aller. Il était convenu avec le commandant Ferral que je ne suivrais pas la rivière Oubangui, frontière avec le Congo. Si des « conspirateurs » voulaient s’échapper, ils s’enfuiraient plutôt de ce côté-là pour rapidement rejoindre le pays voisin. Moins d’un kilomètre plus loin, nouveau barrage, et pas plus de problèmes qu’au premier. Nous filions vers Bambatilié,  puis vers Bombéré, et Bandaro. Rapidement nous atteignîmes Gba. À deux ou trois reprises, je tentai de rompre le silence, Mona répondait par des monosyllabes. Apparemment, je devais attendre encore un peu. La route n’était pas parfaite, mais nous avancions à bonne allure. Nous n’avions rencontré que deux barrages, et depuis plusieurs dizaines de kilomètres, plus rien.
 
Ce n’est qu’après le bourg d’Imoro qu’enfin Mona se décida.
 
– William, je ne vous remercierai jamais assez, mais je ne comprends pas pourquoi vous faites ça.  
Mona me prenait au dépourvu, moi non plus je ne comprenais pas. Je tentai de trouver une réponse.
 
– Mona, à Bangui je suis un peu grillé. C’est mon commandant qui m’a proposé cette mission, pour m’éloigner un peu, le temps que cette affaire se tasse. Et puis, il y a autre chose, vous m’êtes sympathique, et je me plais bien en votre compagnie, alors j’ai accepté.
 
– Oui, mais le père Anatole, Sœur Annette, vous avez pris leur défense, vous n’étiez pas obligé, pour vous c’était même risqué de vous mêler de cette affaire. 
 
– Mona, je me suis mêlé de cette affaire parce que c’était mon devoir, et que j’avais des ordres. Je suis un soldat français, je dois venir en aide à tous les ressortissants français quel que soit l’endroit où ils se trouvent dans le monde. Les évènements se sont succédés, je devais agir, je l’ai fait, voilà tout. Ne m’en demandez pas plus, l’important c’est de se retrouver ici, sur cette route, sur le chemin de votre liberté.
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