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Michel ZORDAN présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.

17 Nov

Ping-pong fatal

Publié par Michel Zordan  - Catégories :  #Un auteur du Sud Ouest

ping-pong-fatal-copie-1.jpgAuteur Michel Zordan - Extrait         –  Monsieur Beaumont, je me présente Li  Xiong. C’est moi qui ai reprit les actifs d’Austin Alexander Abbott et de son épouse Avelyn Abbott en France.  Le golf de Saint-Jean en fait partie. Je sais que l’américain vous avait proposé de devenir le directeur. Je sais aussi que vous aviez accepté, puis refusé l’offre après les évènements.  Je vais être direct avec vous monsieur Beaumont, je souhaiterai racheter vos parts. Je souhaiterai d’ailleurs racheter toutes les parts. J’ai déjà la majorité, assez pour mener cette affaire à ma guise. Mais je ne veux surtout pas des gens du pays qui n’ont assurément pas les mêmes objectifs.  Je vous ai déjà préparé une proposition, croyez-moi dans la situation présente elle n’est pas à refuser !

 

Sans répondre je prends la feuille qu’il me tend.  Le chiffre que je lis correspond exactement à la moitié de celui que mes parents ont investi pour mon compte.

 

–  Pas très généreuse votre offre monsieur LI Xiong.  Vous pensez réellement me convaincre avec cette somme ?

 

– Monsieur Beaumont, compte tenu de la situation  cette offre est plus que généreuse. Je tiens à vous préciser que j’ai prévu des investissements très importants pour le golf, je vais quintupler le capital  de la Société Anonyme Li XIONG. Vous pouvez déjà constater que le nom a été changé, et le capital va passer de deux cent mille à un million d’euros.  Vous ne pourrez pas suivre, et vos parts vont se rétrécir comme peau de chagrin. Je vous propose seize mille euros aujourd’hui. C’est valable quarante huit heures. Passé ce délai vous n’aurez plus que vos yeux pour pleurer.  Je tiens aussi à vous préciser que les accords particuliers mentionnés dans le bail pour les bois et les terrains vont être dénoncés et renégociés.  Le montant de la location est bien trop élevé, Abbott  voulait conclure à tout prix et a accepté n’importe quoi. Le prix sera divisé par deux et l’accès sera réservé aux seuls clients.   L’ensemble va d’ailleurs être clôturé.

 

–  Monsieur Li Xiong, ici nous sommes en France, pas en Chine. Vos méthodes mafieuses ne vont pas fonctionner. La corruption n’est pas une méthode généralisée. Vous ne pourrez pas acheter tel ou tel fonctionnaire avec un bakchich. Et plus encore, ici nous sommes Gascogne. C’est assez spécial la Gascogne…

 

–  Détrompez-vous monsieur Beaumont, il suffit de parler emplois et vos politiques nous mangent dans la main. Ils sont même prêts à nous donner de l’argent. Quand à la probité de ceux-ci, tout est question d’interprétation.  Nous en inviterons quelques uns dans notre pays. Un voyage d’étude, ce n’est en rien un cadeau !  Nous leur ferons croire qu’ils sont très importants avec quelques courbettes et le tour sera joué.  Gascogne ou pas Gascogne, ça ne changera rien, les affaires sont les affaires. Nous avons beaucoup d’argent et vous,  plus du tout.  

 

L’homme m’annonce très ouvertement que son intention est de m’escroquer.  Mais il parle toujours très posément, sans se départir d’un ton poli, sans arrogance apparente, sans même hausser la voix.  

 

–  Monsieur Beaumont, durant des siècles notre pays à souffert de l’ingratitude des occidentaux et de ces chiens de Japonais.  Nous étions considérés comme un petit peuple,  mais tout cela est bien fini. Aujourd’hui nous sommes en train de devenir les maîtres du Monde. Regardez ce que nous avons réalisé en Afrique. En Grèce, nous avons presque tout racheté,   et pour presque rien ; en Italie, en Espagne et au Portugal c’est la même chose ; et en plus on nous remercie et on nous fait des courbettes. Avant, les courbettes c’étaient nous, et bien maintenant,  vous savez mieux vous y prendre. Avant nous avions les courbettes et vous l’argent et les technologies, et maintenant c’est tout le contraire. Ça fait du bien les courbettes, ça renforce les muscles du dos, mais il va falloir vous baisser encore un peu.  En France, on va se gaver, parce que vous n’avez pas encore comprit que le Monde avait changé.  Au début du 20ème siècle vous étiez sûrement le pays le plus puissant de cette planète. Dans la tête, monsieur Beaumont, vous en êtes restés à cette époque. Vous pensez toujours que nous les chinois sommes vos esclaves, prêts à tout pour fabriquer à petits prix  les produits que vous consommez.  Vous êtes dans l’erreur, mais vous persistez avec obstination.  De notre part c’était juste une stratégie pour vous réduire à néant. Par contre,  nous  avons nos esclaves, dans des pays ou les dirigeants sont encore moins regardant que chez nous.  Ils les entassent par dizaine de milliers, pour fabriquer des produits que vos marques de luxe exhibent dans leurs vitrines.  Un malade, un mort est immédiatement remplacé, ils sont des millions à attendre une place dans ces camps. Nous appellerons cela, l’esclavagisme volontaire.  Monsieur Beaumont, on va tous vous niquer, vous les français, les américains  et tous les autres.  Tous les pays qui pensent que la démocratie est la bonne solution sont en train de s’écrouler. Chez nous, ce sont les plus malins qui tirent leur épingle du jeu.  Petit à petit, les plus malins contrôlent tout, et la croissance est de 7 à 8 % par an. Chez nous pas de lutte intestine qui déchire le pays en deux et même en trois. Chez nous, le Parti décide de la politique du pays, et  le peuple travaille, sans avoir à se poser de question. Chez vous, il y a toujours une élection qui divise, comment voulez-vous avancer ! Chez nous monsieur Beaumont, il n’y a  pas de syndicats. Chez vous, ils représentent à peine deux à trois % des travailleurs, mais ils font la loi dans les entreprises. Et les entreprises c’est le cœur d’un pays. Regardez ce qu’ils sont en train d’imposer à votre pays !  Un exemple : un très grand nombre de magasins  souhaitent ouvrir la nuit, ou même le dimanche et les employés sont d’accords. Mais les syndicats disent non, et votre chômage augmente. Votre « baraque » est en train de sombrer et vous vous acharnez plus encore dans l’absurde. Dans tous les pays où nous avons fait de gros investissements, nos premières actions ont été de mettre en place nos propres syndicats. Je vous cite en exemple le port du Pirée, nous l’avons racheté pour presque rien et nous en sommes les maîtres absolus. Notre  syndicat majoritaire et seul syndicat autorisé a décidé que le temps minimum de travail journalier passerait de six  à douze heures. Les gens se battent pour venir y travailler, pourtant le salaire de base a été divisé par deux. En moins de deux ans ce port est redevenu très, très rentable.  Monsieur Beaumont, vous nivelez par le bas, c’est une hérésie.  Un pays a besoin d’idées qui génèrent de l’argent pour avancer. Ce sont ceux qui ont les idées qui font de l’argent qui  doivent être mis en avant. Les autres suivent s’ils le peuvent ! Chez nous, le Parti a préparé le terrain depuis longtemps et petit à petit une sélection s’est dessinée : les seigneurs et… les esclaves.  Les droits de l’homme et du citoyen, parlons-en.  Vous mettez sur le même plan, ceux qui veulent avancer, et ceux se laissent traîner : une absurdité qui ne pardonne pas.  La France représente à peine un pour cent de la population mondiale, et vous prétendez vouloir imposer au reste du Monde (99%) votre vision utopique  des choses: hérésie totale. Vous allez vous faire croquer à la sauce moutarde. Vous l’avez inventé et elle n’est même plus fabriquée chez vous, ça devrait vous éclairer et pourtant vous persistez dans vos erreurs… Autre erreur fatale, vous mettez sur un pied d’estale vos sportifs, vos artistes, même les plus médiocres et vous méprisez vos acteurs économiques. Vous méprisez vos chefs d’entreprises, alors qu’ils représentent la véritable solution pour l’avenir de vos nations. 

De la cigale et la fourmi, vous avez choisi la cigale : inimaginable !  C’est une forme de suicide…. Heureusement nous sommes là, pour vous reprendre en main.  Du travail vous en aurez, mais vous aurez beaucoup moins de temps libre pour dépensez votre argent. Qu’à cela ne tienne, de l’argent vous n’en aurez plus beaucoup. Dès que le moment sera venu, nous vous distribuerons un petit lexique, juste deux à trois petites pages, avec la recette infaillible pour remonter votre pays : travail, travail, travail et encore travail. Vous voyez, pas beaucoup de place pour les loisirs.  De toute façon à quoi serviraient des loisirs, si vous n’avez pas d’argent  à dépenser. Faut quand même pas rêver, on va vous proposer du travail, vous n’auriez pas en plus l’outrecuidance de réclamer un salaire.  

 

Le discours de Li  Xiong est hallucinant. J’ai l’amère impression d’être un Mowgli face à Kaa le python hypnotiseur dans le Livre de la Jungle.  Le chinois a décidé de voler mon âme, et en plus, il se fout ouvertement de moi. Je dois prendre sur moi et réagir.  Mais je dois aussi en savoir plus.-  collection  le net au pré

 

–  Monsieur Beaumont, je me présente Li  Xiong. C’est moi qui ai reprit les actifs d’Austin Alexander Abbott et de son épouse Avelyn Abbott en France.  Le golf de Saint-Jean en fait partie. Je sais que l’américain vous avait proposé de devenir le directeur. Je sais aussi que vous aviez accepté, puis refusé l’offre après les évènements.  Je vais être direct avec vous monsieur Beaumont, je souhaiterai racheter vos parts. Je souhaiterai d’ailleurs racheter toutes les parts. J’ai déjà la majorité, assez pour mener cette affaire à ma guise. Mais je ne veux surtout pas des gens du pays qui n’ont assurément pas les mêmes objectifs.  Je vous ai déjà préparé une proposition, croyez-moi dans la situation présente elle n’est pas à refuser !

 

Sans répondre je prends la feuille qu’il me tend.  Le chiffre que je lis correspond exactement à la moitié de celui que mes parents ont investi pour mon compte.

 

–  Pas très généreuse votre offre monsieur LI Xiong.  Vous pensez réellement me convaincre avec cette somme ?

 

– Monsieur Beaumont, compte tenu de la situation  cette offre est plus que généreuse. Je tiens à vous préciser que j’ai prévu des investissements très importants pour le golf, je vais quintupler le capital  de la Société Anonyme Li XIONG. Vous pouvez déjà constater que le nom a été changé, et le capital va passer de deux cent mille à un million d’euros.  Vous ne pourrez pas suivre, et vos parts vont se rétrécir comme peau de chagrin. Je vous propose seize mille euros aujourd’hui. C’est valable quarante huit heures. Passé ce délai vous n’aurez plus que vos yeux pour pleurer.  Je tiens aussi à vous préciser que les accords particuliers mentionnés dans le bail pour les bois et les terrains vont être dénoncés et renégociés.  Le montant de la location est bien trop élevé, Abbott  voulait conclure à tout prix et a accepté n’importe quoi. Le prix sera divisé par deux et l’accès sera réservé aux seuls clients.   L’ensemble va d’ailleurs être clôturé.

 

–  Monsieur Li Xiong, ici nous sommes en France, pas en Chine. Vos méthodes mafieuses ne vont pas fonctionner. La corruption n’est pas une méthode généralisée. Vous ne pourrez pas acheter tel ou tel fonctionnaire avec un bakchich. Et plus encore, ici nous sommes Gascogne. C’est assez spécial la Gascogne…

 

–  Détrompez-vous monsieur Beaumont, il suffit de parler emplois et vos politiques nous mangent dans la main. Ils sont même prêts à nous donner de l’argent. Quand à la probité de ceux-ci, tout est question d’interprétation.  Nous en inviterons quelques uns dans notre pays. Un voyage d’étude, ce n’est en rien un cadeau !  Nous leur ferons croire qu’ils sont très importants avec quelques courbettes et le tour sera joué.  Gascogne ou pas Gascogne, ça ne changera rien, les affaires sont les affaires. Nous avons beaucoup d’argent et vous,  plus du tout.  

 

L’homme m’annonce très ouvertement que son intention est de m’escroquer.  Mais il parle toujours très posément, sans se départir d’un ton poli, sans arrogance apparente, sans même hausser la voix.  

 

–  Monsieur Beaumont, durant des siècles notre pays à souffert de l’ingratitude des occidentaux et de ces chiens de Japonais.  Nous étions considérés comme un petit peuple,  mais tout cela est bien fini. Aujourd’hui nous sommes en train de devenir les maitres du Monde. Regardez ce que nous avons réalisé en Afrique. En Grèce, nous avons presque tout racheté,   et pour presque rien ; en Italie, en Espagne et au Portugal c’est la même chose ; et en plus on nous remercie et on nous fait des courbettes. Avant, les courbettes c’étaient nous, et bien maintenant,  vous savez mieux vous y prendre. Avant nous avions les courbettes et vous l’argent et les technologies, et maintenant c’est tout le contraire. Ça fait du bien les courbettes, ça renforce les muscles du dos, mais il va falloir vous baisser encore un peu.  En France, on va se gaver, parce que vous n’avez pas encore comprit que le Monde avait changé.  Au début du 20ème siècle vous étiez sûrement le pays le plus puissant de cette planète. Dans la tête, monsieur Beaumont, vous en êtes restés à cette époque. Vous pensez toujours que nous les chinois sommes vos esclaves, prêts à tout pour fabriquer à petits prix  les produits que vous consommez.  Vous êtes dans l’erreur, mais vous persistez avec obstination.  De notre part c’était juste une stratégie pour vous réduire à néant. Par contre,  nous  avons nos esclaves, dans des pays ou les dirigeants sont encore moins regardant que chez nous.  Ils les entassent par dizaine de milliers, pour fabriquer des produits que vos marques de luxe exhibent dans leurs vitrines.  Un malade, un mort est immédiatement remplacé, ils sont des millions à attendre une place dans ces camps. Nous appellerons cela, l’esclavagisme volontaire.  Monsieur Beaumont, on va tous vous niquer, vous les français, les américains  et tous les autres.  Tous les pays qui pensent que la démocratie est la bonne solution sont en train de s’écrouler. Chez nous, ce sont les plus malins qui tirent leur épingle du jeu.  Petit à petit, les plus malins contrôlent tout, et la croissance est de 7 à 8 % par an. Chez nous pas de lutte intestine qui déchire le pays en deux et même en trois. Chez nous, le Parti décide de la politique du pays, et  le peuple travaille, sans avoir à se poser de question. Chez vous, il y a toujours une élection qui divise, comment voulez-vous avancer ! Chez nous monsieur Beaumont, il n’y a  pas de syndicats. Chez vous, ils représentent à peine deux à trois % des travailleurs, mais ils font la loi dans les entreprises. Et les entreprises c’est le cœur d’un pays. Regardez ce qu’ils sont en train d’imposer à votre pays !  Un exemple : un très grand nombre de magasins  souhaitent ouvrir la nuit, ou même le dimanche et les employés sont d’accords. Mais les syndicats disent non, et votre chômage augmente. Votre « baraque » est en train de sombrer et vous vous acharnez plus encore dans l’absurde. Dans tous les pays où nous avons fait de gros investissements, nos premières actions ont été de mettre en place nos propres syndicats. Je vous cite en exemple le port du Pirée, nous l’avons racheté pour presque rien et nous en sommes les maîtres absolus. Notre  syndicat majoritaire et seul syndicat autorisé a décidé que le temps minimum de travail journalier passerait de six  à douze heures. Les gens se battent pour venir y travailler, pourtant le salaire de base a été divisé par deux. En moins de deux ans ce port est redevenu très, très rentable.  Monsieur Beaumont, vous nivelez par le bas, c’est une hérésie.  Un pays a besoin d’idées qui génèrent de l’argent pour avancer. Ce sont ceux qui ont les idées qui font de l’argent qui  doivent être mis en avant. Les autres suivent s’ils le peuvent ! Chez nous, le Parti a préparé le terrain depuis longtemps et petit à petit une sélection s’est dessinée : les seigneurs et… les esclaves.  Les droits de l’homme et du citoyen, parlons-en.  Vous mettez sur le même plan, ceux qui veulent avancer, et ceux se laissent traîner : une absurdité qui ne pardonne pas.  La France représente à peine un pour cent de la population mondiale, et vous prétendez vouloir imposer au reste du Monde (99%) votre vision utopique  des choses: hérésie totale. Vous allez vous faire croquer à la sauce moutarde. Vous l’avez inventé et elle n’est même plus fabriquée chez vous, ça devrait vous éclairer et pourtant vous persistez dans vos erreurs… Autre erreur fatale, vous mettez sur un pied d’estale vos sportifs, vos artistes, même les plus médiocres et vous méprisez vos acteurs économiques. Vous méprisez vos chefs d’entreprises, alors qu’ils représentent la véritable solution pour l’avenir de vos nations. 

De la cigale et la fourmi, vous avez choisi la cigale : inimaginable !  C’est une forme de suicide…. Heureusement nous sommes là, pour vous reprendre en main.  Du travail vous en aurez, mais vous aurez beaucoup moins de temps libre pour dépensez votre argent. Qu’à cela ne tienne, de l’argent vous n’en aurez plus beaucoup. Dès que le moment sera venu, nous vous distribuerons un petit lexique, juste deux à trois petites pages, avec la recette infaillible pour remonter votre pays : travail, travail, travail et encore travail. Vous voyez, pas beaucoup de place pour les loisirs.  De toute façon à quoi serviraient des loisirs, si vous n’avez pas d’argent  à dépenser. Faut quand même pas rêver, on va vous proposer du travail, vous n’auriez pas en plus l’outrecuidance de réclamer un salaire.  

 

 

Le discours de Li  Xiong est hallucinant. J’ai l’amère impression d’être un Mowgli face à Kaa le python hypnotiseur dans le Livre de la Jungle.  Le chinois a décidé de voler mon âme, et en plus, il se fout ouvertement de moi. Je dois prendre sur moi et réagir.  Mais je dois aussi en savoir plus.

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Michel ZORDAN présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.