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Michel ZORDAN présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.

31 Jul

La peugeot décapotable

Publié par Michel Zordan  - Catégories :  #Un auteur du Sud Ouest

bugatti-2.jpgLes Prémices - série les exilés de L'Arcange - Auteur Michel ZORDAN   -   ISBN 978-2-9532863-2-8   En savoir plus sur www.unauteur.com

 

Extrait - Toujours sur sa chaise, la blonde platine haussa les épaules, tira sur sa cigarette et machinalement ouvrit son sac à main dans l’intention de se refaire une petite beauté. Tout aussi machinalement, elle passa sa main à l’aveugle à l’intérieur pour en retirer son tube de rouge à lèvres et son miroir. C’est cet instant que choisit l’une des quatre petites souris, introduites par Félix quelques minutes auparavant, pour s’agripper à la manche de son chemisier. Dès qu’elle s’aperçut de la présence du minuscule rongeur, la blonde aux talons hauts jeta son sac en l’air, en poussant des cris terrifiants. 

 

D’un bond, elle se leva,  quitta la table et commença à sautiller comme une hystérique en secouant son bras. La petite boule de poils avait bien entendu lâché prise dès les premiers soubresauts. Incrédule, toujours assis, la fouine  la fixait sans avoir véritablement saisi la situation. 

 

Par contre, Pierrette Malfeu de son comptoir, et nous de notre cachette, profitions pleinement du mini drame qui se jouait. C’était Pierrette qui avait permis à Félix, quelques minutes plus tôt, d’introduire les filoutes poilues dans le sac à main de l’ange blond, pendant que cette dernière était aux toilettes.  Consterné la fouine regardait son amie en pleine crise.  Souhaitant peut-être assister de plus près aux évènements, la patronne sortie sur la terrasse.


– Que se passe-t-il, ma petite dame ? On dirait que vous avez vu le Diable ? 

 

Les autres clients semblaient ne pas comprendre non plus, la plupart hésitait entre la retenue polie, et l’éclat de rire.

 

La blonde platine, elle,  ne pouvait plus articuler et retourna précipitamment vers un Rudolf Têtard toujours aussi dubitatif.

 

– Je veux partir, je veux partir, je ne resterai pas une minute de plus ici, je veux partir…

 

« La fouine » ne posa pas de questions. Il rangea ses affaires, et  régla la note.

 

– Ma chère amie, vous ne prenez pas votre sac? 

 

– Je ne veux plus de sac, je n’ai plus de sac, je n’ai plus de sac, … Je veux partir…

 

Toujours aussi déconcerté et ne souhaitant pas davantage se donner en spectacle, le journaliste entraina  sa partenaire. Ils  quittèrent la terrasse et partirent vers la Peugeot décapotable blanche  garée à l’ombre, à quelques mètres. 

 

La blonde à talons hauts n’attendit même pas que « la fouine » lui ouvre la portière, et elle se laissa choir sur le siège. C’est ce moment que choisirent la vingtaine de petites souris, encore déposées par Félix, pour s’échapper de leur paquet de feuilles de journal. Il l’avait déposé sur le tapis de sol, devant le siège passager, et celui-ci s’ouvrit naturellement lorsque la jeune femme mit ses pieds dessus. Sa bouche s’ouvrit, mais aucun son n’en sortit ; en quelques dixièmes de seconde, la blonde platine avait perdu l’usage de la parole.

 

Avant même d’entrer dans sa voiture, Rudolf Têtard comprit qu’il se passait encore des choses curieuses. Aux pieds de Mélisande Lambert, les souris couraient dans tous les sens. Après quelques secondes d’un supposé coma, la blonde aux talons hauts s’éjecta de la voiture et partit en courant et en hurlant dans la rue principale de Floréal. Etiennette sortit à ce moment de la boulangerie et regarda médusée « l’ange blond » dans son rôle de femme terrifiée. Avec Amandine et Félix, toujours dissimulés dans le coin de mur, nous profitions du spectacle. 

 

– Vous avez vu ? Elle a déjà retrouvé l’usage de la parole, c’est bon signe. 

 

En entendant les hurlements, les gens sortaient sur le palier de leur maison, mais ne semblaient ne rien comprendre  à la situation. Après une course poursuite de presque deux cent mètres, « la fouine » finit par rattraper la blonde aux talons hauts, qui venait d’en casser un. Assise sur le trottoir, la jeune femme était au bord de l’apoplexie ; elle pleurait, reniflait, prononçait des mots confus. 

 

Après une dizaine de minutes, elle revint clopinant vers la Peugeot.

 

Il fallut un gros quart d’heure à Rudolf Têtard pour extraire les dernières squatteuses de l’automobile, et un autre encore plus gros pour calmer Mélisande et la convaincre de remonter dans la décapotable. À bout de force, il réussit à l’asseoir sur le siège passager et ils repartirent vers Condom.

 

Cette affaire lui en rappelait une autre, dont il avait été la victime à peu près un an auparavant ; les coupables étaient sûrement les mêmes, il était donc inutile de se rendre à la gendarmerie.

 

Arrivée à l’hôtel, Mélisande Lambert monta sans un mot dans sa chambre ; et à peine avait-elle actionné l’interrupteur, que trois chauves-souris lui souhaitèrent la bienvenue en virevoltant au-dessus d’elle. Elle ne résista pas et s’effondra d’un bloc sur le parquet. Lorsqu’elle ouvrit les yeux, « la fouine » était penché sur elle.

 

– Alors ma chère, vous allez mieux ? Vous m’avez fait une de ces peurs ! 

 

– Je veux partir, je veux partir, je ne veux plus rester, ils vont m’avoir, je ne veux plus rester…

 

– Voyons ma chère, calmez-vous, ce n’était qu’une petite farce, de mauvais goût je vous l’accorde, mais après tout, ce n’était que quelques inoffensives petites souris. 

 

La gifle partit sans préavis et atterrit sur la joue et le nez de « la fouine », qui rejeta sa tête en arrière.

 

– C’est vous qui êtes de mauvais goût, je vous dis qu’ils sont tous fous et qu’ils veulent avoir ma peau ! Amenez-moi tout de suite à la gare. Je ne resterai pas une minute de plus dans ce pays de dingues. 

 

Dès le lendemain matin, papa reçut la confirmation du départ de la blonde platine ; sa réaction fut sans équivoque.

 

– Bon, maintenant il faut s’occuper du fielleux !  

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