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Michel ZORDAN présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.

31 May

Les stylos-bille

Publié par Michel Zordan  - Catégories :  #Un auteur du Sud Ouest

Roman de Michel ZORDAN michel@zordan ISBN 979-10-92612-02-8

 Extrait : –  Papa, regarde sur la route, c’est encore la Renault Prairie de Margueritte Duval-Lanterre. Elle vient faire quoi ici et elle va où ?  Elle a déménagé, c’est plus son coin !

 

La voiture pasles stylos-bille-copie-1sa au ralenti sur le petit pont, et s’arrêta quelques mètres plus loin. C’était bien la Duval-Lanterre qui nous épiait. Lorsque papa se dirigea vers elle, elle remit les gaz et repartit.

 

  Tu crois qu’elle était là pour nous ?

 

  Sûrement pas, elle passait par là et était curieuse de savoir ce que faisions au bord du ruisseau.

 

Trop souvent, cette femme s’était retrouvée sur notre chemin et je ne croyais pas trop à la coïncidence.  Les filles s’installèrent sous un gros chêne sur une couverture, mais à distance raisonnable. Papa s’adressa à elles.

 

  Mesdames, s’il vous plaît, les écrevisses ont horreur du bruit. Vous pouvez parler, mais en silence. Pour vous les hommes, surtout ne pas courir sur la berge.

 

Première tâche : repérer les endroits les plus favorables. Pour papa, les petites cascades au fond bien noir étaient les meilleurs. À la courte paille, c’est François qui gagna le droit de fixer les appâts au bout des lignes. Pour jeter la première canne, nous étions tous derrière papa, même la petite Simonetta était là.  Puis chacun à notre tour,  nous positionnâmes les cannes tout au long du ruisseau.  Lorsqu’enfin vint le temps de relever la première ligne, papa nous expliqua une nouvelle fois la marche à suivre.

 

  Je vais lever très,  très lentement. Dans le même temps, Fabien va discrètement déposer l’épuisette dans l’eau. Son but, la faire passer le plus délicatement possible sous l’appât. Les écrevisses y seront accrochées. Ensuite, nous ramènerons très rapidement le tout sur la berge. L’intérêt de la manœuvre est d’éviter qu’elles ne s’échappent.  

 

Nous retenions notre respiration. Fabien exécuta parfaitement la manœuvre, et neuf écrevisses furent mises au sec.  Sur les neuf, les trois plus grosses seulement furent conservées. Papa les installa dans le tissu de la robe repliée de Simonetta.

 

  Fais bien attention ma fille. ! Surtout, manipule-les avec précaution. Tu vois ces pinces, elles sont redoutables pour tes petits doigts. Tu dois saisir l’écrevisse par l’arrière de la tête, sans faiblesse.

 

Sans attendre, ma petite sœur partit en courant.

 

– Maman, maman, tante Mariéta, ouvrez vite le panier, j’amène les trois premières !

 

Vers cinq heures, grand-père nous rejoignit. Pas moins d’une soixantaine d’écrevisses, mesurant toutes plus de quinze centimètres,  garnissaient déjà le panier. Fabien venait de remonter l’épuisette qui grouillait de crustacés d’eau douce.  Sans trop de précaution, Simonetta saisissait l’une des plus grosses et partait en courant.

 

  Grand-père, grand-père regarde !  C’est moi qui remplis le panier, c’est moi qui remplis le panier !

 

Mais la belle ne l’entendait pas de cette oreille, se rebellant, s’accrochant à son petit doigt. Le visage grimaçant, ma petite sœur  poursuivit sa course,  criant très fort.
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