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Michel ZORDAN présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.

07 Aug

Notre terre est-elle menacée ?

Publié par Michel Zordan  - Catégories :  #Un auteur du Sud Ouest

3a)les exilés-les prémices-1ère de couvertureLes socs d’acier s’enfonceraient de force au plus profond de ses entrailles, brutalement, comme pour la souiller, avec le seul souci de l’obliger à donner toujours plus…

 

Les prémices, série Les Exilés de L'Arcange -   Auteur Michel ZORDAN... Il vient de sortir....

 

Extrait chapitre 4 - Mon père avait proposé aux métayers du château Tourne Pique, ainsi qu’à quelques autres voisins, d’effectuer les labours d’automne avec notre Hercule. La plupart refusèrent. Avec l’orage de grêle qui avait détruit toutes les vignes, il n’y aurait pas de vendange cette année, gagner du temps ne servait donc plus à rien. 

 

Mais il y avait une autre raison à cela : le machinisme et le modernisme qui se profilaient inquiétaient profondément la plupart des paysans. Ils savaient au fond d’eux que ces machines modifieraient à tout jamais leur rapport avec un élément essentiel de leur vie, la terre. Avec les attelages de bœufs, de vaches, ou de chevaux, le contact avec celle qu’ils sentaient vivre, et qui les faisait vivre depuis toujours, était presque charnel. Cette terre faisait partie de leur vie, de leur naissance jusqu’à leur mort ; ils pouvaient la toucher, lui parler, tout se passait en douceur, avec du respect… Pour leur dernier repos, c’est encore elle qui veillerait sur eux. Sans elle, ils n’étaient rien, tout partait d’elle. Le paysan cultivait et la terre procréait, pour le nourrir lui, sa famille et les bêtes qui l’aidaient dans son travail. Et puis, à la fin, leurs poussières se mêleraient aux autres poussières dans un éternel recommencement. Cet échange tacite faisait partie de leur vie, depuis la nuit des temps. C’était une simple boucle, mais une boucle qui fonctionnait parfaitement.

 

Avec le tracteur, ce contact n’existerait plus, la boucle serait brisée. C’était la rupture assurée, ils perdraient une part d’eux-mêmes, une part qui ne les avait jamais trahis. Avec les machines modernes, la terre ne serait plus qu’une simple matière exploitable, tout juste bonne à produire. Les roues de fer la martyriseraient, d’un geste sec les socs d’acier s’enfonceraient de force au plus profond de ses entrailles, brutalement, comme pour la souiller, avec le seul souci de l’obliger à donner toujours plus. Il n’y aurait plus de respect. Comment réagirait-elle ?

 

À L’Arcange et à la ferme des Bîmes, grâce à la charrue trois socs, tous les champs furent prêts en un temps record. Après quelques semaines, avec la pluie et les premiers gels, les mottes s’émietteraient, et au début du mois de novembre, les graines seraient mises en terre.

 

Papa n’était paysan que depuis trois ans seulement, et il  n’avait, lui, pas d’états d’âme. Son rapport avec la terre et le modernisme était plus pragmatique. Pour lui, le tracteur était un moyen d’aller plus vite, d’être plus efficace et de travailler et de se fatiguer moins. Pour moi aussi c’était une aubaine ; fini de mener les attelages de bœufs ou de vaches.

 

De toute façon, tôt ou tard, tous y viendraient, eux ou leur descendance. Mais le malheur qui les avait frappés fin septembre leur permettait de repousser l’échéance et d’avoir l’impression de maîtriser encore quelque temps leur destin.

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