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Michel ZORDAN présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.

22 Nov

Les raisons de l'exil

Publié par Michel Zordan  - Catégories :  #les exilés de l'arcange

les raisons de l'exil-réédition-copie-1Auteur Michel Zordan - Extrait : Mario Estellio n’aimait pas ce qu’il était en train de faire. Il n’avait bien sûr jamais reçu une telle information, mais il n’avait pas le choix, il devait continuer à parfaire son plan.


– Émilio, je ne sais pas si ce criminel est au courant pour vos enfants, mais il ne faut prendre aucun risque. Mariéta et Sylvio sont peut-être en danger et ils doivent être mis en sécurité.

Le commissaire n’avait pas utilisé le terme de criminel par hasard, il savait qu’il devait progressivement augmenter la pression sur Émilio.


– Je pourrais demander à mes collègues de Pesaro de les mettre sous protection, mais pour cela il faudrait que je sois sûr d’eux, et ce n’est pas le cas.

Pour Émilio, cela ne faisait aucun doute, l’autre salaud d’Armando Coligneri voulait maintenant s’en prendre à ses enfants. Afin de donner plus de véracité à ses allégations, Mario Estellio avait été jusqu’à demander à ses collègues de Pesaro de surveiller la maison de Julia Lourqui. Les hommes devaient être en civil, tout en n’étant toutefois pas trop discrets afin qu’ils puissent se faire repérer facilement.

Papa réussit à joindre sans tarder tante Julia, elle le rassura, Mariéta et moi serions rapidement mis en lieu sûr, dans sa famille. Elle lui précisa qu’elle avait effectivement remarqué des personnes suspectes surveillant sa maison. Trois jours plus tard, papa contacta à nouveau tante Julia, nous avions été conduits dans une autre cachette. Papa ne voulut pas connaître la nouvelle adresse, c’était plus prudent.

Cela arrangeait bien le commissaire Mario Estellio qu’Émilio ne puisse pas lui donner la nouvelle adresse. Mais pour parachever son plan de manipulation, il devait, lui, absolument connaître ce lieu. Une fois de plus, il mit ses collègues de Pesaro à contribution. Ils devaient effectuer une filature, mais cette fois cela devait se faire très discrètement.

Quelques jours plus tard, le commissaire Mario Estellio savait tout sur notre nouvelle cachette.

Le 27 octobre, dans la petite ville de Macerata, via del Santuario, deux voitures suspectes ou supposées telles commencèrent à se faire discrètement remarquer. Mariéta et moi avions été cachés au 3 de cette rue. Tante Julia reçut un appel de la personne qui nous avait recueillis et fut mise au courant de ce nouveau sujet de crainte. Cette mystérieuse personne, qui faisait partie d’un mouvement antifasciste, était habituée à ce type de situation. Elle précisa à Julia de ne pas s’en faire, et nous fûmes rapidement conduits dans un autre endroit. Comme l’espérait le commissaire Mario Estellio, papa fut tenu informé par tante Julia.

Le plan du commissaire fonctionnait à merveille. Le 4 novembre, il rendit une nouvelle visite impromptue à Émilio. Il lui expliqua, encore une fois, qu’il ne pouvait que faire surveiller discrètement Armando Coligneri.


– Nous avons des hommes à nous qui le suivent en permanence. Nous savons qu’il est coupable, mais il est intouchable, nous faisons le maximum pour deviner ses faits et gestes, j’espère que cela suffira.

Le commissaire Mario Estellio sentit que l’homme était à point, sa haine pour Armando Coligneri était à son maximum. Émilio n’avait jamais trop compris pour quelle raison le chef fasciste cherchait à détruire sa famille, mais il était persuadé que, s’il voulait sauver ses enfants, il devait s’occuper lui-même d’Armando Coligneri. Mario Estellio demanda à Émilio s’il détenait une arme pour se protéger au cas où Armando Coligneri s’en prendrait directement à lui. Émilio avait bien sûr déjà utilisé une arme à l’armée, mais il n’en possédait pas. Le commissaire repartit vers sa voiture et revint avec un paquet. Après avoir refermé la porte de la maison, il le déposa sur la table de la cuisine. Mario Estellio présenta alors à Émilio un Beretta modèle 1915, 9 mm Glisenti. Afin de rendre cette arme plus discrète, le numéro de série avait été limé. Il avait deux chargeurs pleins, ce qui était amplement suffisant. Le commissaire initia Émilio au fonctionnement du Beretta et ajouta hypocritement :


– Si ce salaud s’en prend à vous, vous pourrez le recevoir dignement. Vous pourrez toujours dire que vous avez ramené cette arme de l’armée.

En clair, cela signifiait : « Allez le trouver à Udine et liquidez-le. » Au cours de la conversation, le commissaire donna sans y paraître le nom de la rue du domicile du chef fasciste ainsi que la marque de sa voiture. Le bras était maintenant armé, il suffisait d’attendre. Cette opération n’était pas sans risque, Émilio pouvait se faire prendre, ou se faire tuer. Mais c’était l’unique solution pour se débarrasser d’Armando Coligneri sans que lui-même ou ses amis soient directement impliqués. Seule la haine qui animait Émilio pouvait venir à bout de ce criminel, et cela arrangeait beaucoup de monde. Le 12 novembre, Émilio pria le maire de Mezano, Ennio Barssati, de lui accorder quelques jours pour aller rendre visite à ses enfants. Le lendemain, Émilio quitta Mezano par le car à destination de L’Aquila. À partir de là, il prendrait le train pour Udine, via Milan. En partant il avait laissé, au cas où, une lettre pour Mariéta et Sylvio, dans laquelle il expliquait son geste. De son côté, le commissaire Mario Estellio avertit son contact à Udine et lui donna le signalement d’Émilio, en lui demandant d’intervenir si éventuellement les choses se présentaient mal. Le 14 novembre, Émilio était à Udine, discrètement il surveillait le 5 via Italia, une rue tranquille dans le quartier chic. Vers neuf heures du soir, il aperçut la Fiat 521 rouge venir se garer devant le 5. Sans même vérifier la plaque minéralogique, il reconnut facilement Armando Coligneri qui en descendait. Il était seul et, sûr de lui, il ne ferma même pas sa voiture à clé. Émilio prit une chambre dans un hôtel, à quelques rues de là. Vers onze heures, il sortit de nouveau et fit un détour pour repasser par la via Italia. La voiture était toujours là, il retourna dans sa chambre et ne la quitta que le lendemain 15 novembre. Vers sept heures du matin, il était en faction via Italia. Il fallait qu’il trouve maintenant le moyen d’approcher ce salopard. 

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