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Michel ZORDAN présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.

19 Aug

les prémices en Provence

Publié par Michel Zordan  - Catégories :  #Un auteur du Sud Ouest

les prémices-copie-1L'insolence du sort, dans la série, Les Exilés de L'Arcange - Auteur : Michel ZORDAN - Editions 3Z- 374 pages- ISBN 978-2-9532863-1-1

Extrait : Après presque trois heures de recherches, nous n’avions toujours pas trouvé la vieille bâtisse. Ma blondinette et madame Eliette semblaient exténuées et émirent le souhait de retourner vers la voiture. Moi, je ne voulais absolument pas abandonner, pas encore.

 

– Partez devant, je vais suivre ce chemin encore un peu. Je n’en ai pas pour longtemps, juste quelques minutes, après je vous rejoindrai !

 

– Sylvio, fais attention, l’homme est dangereux. Si tu trouve cette maison, viens nous prévenir, n’essaie surtout pas d’entrer.

 

Sans attendre je partis en courant. Je devais coûte que coûte découvrir cette bicoque.

 

Après trois à quatre cents mètres, ma détermination fut enfin récompensée. Au bout du chemin j’aperçus une masure. J’approchai avec précautions. Sur le côté se trouvait un enclos fait de bric et de broc, sûrement la remise des bêtes pour la nuit. La porte était fermée, malgré les recommandations de madame Éliette, je frappai mais n’obtint aucune réponse. Lentement j’appuyai sur le loquet, mais la porte ne s’ouvrit pas. Je la sollicitai assez fortement et elle finit par céder. À l’intérieur, il y avait de la paille et du foin, dans un coin une paillasse, une table et deux vieilles chaises. Sur le côté, j’aperçus un vélo, auquel était attelée une petite carriole chargée de 3 bidons. C’était sans nul doute la demeure du berger, il devait vivre ici du début du printemps à la fin de l’automne.

 

À voix basse j’appelai : – Papa, papa, c’est moi, Sylvio, tu m’entends ? On est venus te chercher !

 

Aucune réponse. Contre le mur, des cendres et sur un trépied,  une vieille marmite en fonte noire, indiquaient l’emplacement de l’âtre. Sur une étagère, deux assiettes, deux verres, une poêle, une casserole et dessous, à même le sol, quatre bouteilles de vin, dont l’une à moitié pleine. Dans le garde-manger à porte grillagée, je découvris une bonne réserve de victuailles : trois saucissons, une dizaine d’œufs, du fromage, une moitié de jambon, une grosse miche de pain, six boites de sardines, des pommes, un lapin et deux perdrix. Sûrement le fruit de braconnages.

 

Ces indices prouvaient que l’homme vivait toujours en ces lieux, et comptait y rester plusieurs jours encore.

 

Je me dirigeai vers le fond, passai dans une autre pièce encore plus délabrée, ici il n’y avait plus de toit. En cinq à six minutes, j’avais tout exploré, et je dus me rendre à l’évidence, pas de trace de papa. A l’instant où, déçu, je refermai la porte, l’homme des bois apparut devant moi,  fusil en main. Je fus à peine surpris. Petit, râblé, son visage était couvert d’une barbe drue et, sur sa tête, des cheveux tout hérissés calés sous un vieux chapeau. Il m’observa un court instant, les canons du fusil pointés vers ma poitrine. 

 

– Espèce de malandrin, je t’y prends. Ah, tu voulais me voler ! Et bien moi, je ne vais pas aller chercher la police, j’vais me faire justice tout seul. 

 

– Excusez-nous, monsieur, mais il y a un malentendu ! 

 

– Petit voyou, je te trouve en train de me dépouiller et tu as l’audace de dire qu’il y a un malentendu. 

 

– Laissez-moi vous expliquer !  

 

– Expliquer quoi, mon p’tit bonhomme ? Tu pensais que j’avais quitté ma maison et tu es venu pour tout voler. Je suis sûr que tes complices ne sont pas très loin, je t’ai déjà vu hier traîner dans l’coin, avec la femme à la capeline et l’autre petite drôlesse. Je m’en occuperai plus tard.

 

– Monsieur, nous sommes à la recherche de mon père, il a été enlevé et nous pensions qu’il aurait pu se réfugier par ici. 

 

– Petit morveux, non seulement tu viens me voler, mais en plus tu m’accuses d’avoir enlevé un homme !

 

– Monsieur, je vous assure que c’est la stricte vérité, mon papa a été enlevé, mais pas par vous bien sûr. Nous pensons qu’il a réussi à échapper à ses ravisseurs de l’autre côté de la Durance et qu’il aurait pu se réfugier ici. 

 

– Tu m’prends pour un idiot et un fou. Je suis sûrement fou mais pas idiot. Tourne-toi, et allonge-toi sur la paille, je vais t’attacher et aller m’occuper de tes complices !

 

En moins de cinq minutes, je me retrouvai pieds et points liés. Je venais de me plonger une fois de plus dans un sale pétrin. Heureusement que madame Eliette et Amandine ne m’avaient pas suivi. Mais qu’allait-il advenir maintenant ? Elles étaient en danger, l’homme des bois était sûrement déjà à leur recherche.

Encore une fois le destin, ou le sort, ou autre chose s’acharnait sur nous. Comment en étions-nous arrivés là ? Papa avait disparu, enlevé par les fascistes, et moi j’étais prisonnier d’un fou. Avec des hauts et des bas, depuis plus de cinq ans, notre famille se débattait dans la tourmente. Mais pourquoi nous ? Pourquoi ne pouvions-nous pas vivre tranquillement, comme la plupart des gens autour de nous ? Pourquoi le destin nous accablait-il ainsi ? Le père Grégorio avait-il raison ? Tout ce qui nous arrivait était-il la conséquence de notre manque de foi ? J’en doutais, toutes les personnes que nous connaissions ou presque n’allaient pas à l’église ou ne priaient pas plus souvent que nous. Alors pourquoi étions-nous les seuls à payer ? Bien sûr, il y avait eu quelques bonheurs : L’Arcange, la Dame en Blanc, et Amandine… Oui, surtout Amandine.

 

Après une attente qui me sembla interminable, la porte s’ouvrit ; l’homme des bois réapparut accompagné d’un chien tout noir. J’étais soulagé, madame Eliette et ma blondinette avaient sûrement pu s’enfuir. J’espérais qu’elles avaient pu rejoindre Mariéta et Edmonde. Les secours n’allaient sûrement pas tarder à arriver. Le chien s’avança, menaçant. Il ressemblait au molosse qui nous avait poursuivit, Amandine et moi. C’était au mois de février dans la neige, alors que nous passions à côté de la vieille ferme de Pellegrin. Son maître, armé d’un fusil et que j’avais entre-aperçu, l’appelait, Diable…

– Couché, Diable, couché… Alors, toujours là ? Je n’ai pas encore décidé de comment j’allais me débarrasser de toi. On verra ça à la nuit tombée. 

 

Monsieur, je vous dit qu’on est en train de rechercher mon père, vous ne pouvez pas me tuer pour ça. 

 

– Mais je n’ai pas dit que j’allais te tuer, j’ai seulement dit que je n’avais pas encore décidé de comment j’allais me débarrasser de toi. On verra ça à la nuit tombée. 

 

– Mais ce n’est pas possible, je vous dis que mon père a été enlevé et que…

 

– Toi, le morveux, tu te tais ou Diable va s’occuper de toi, je peux t’assurer qu’il a plutôt la dent dure. Demande aux brebis ! Il ne va pas arrêter de discuter, le sacripant, j’veux manger tranquille, moi !

 

Sans attendre, le berger s’approcha de moi et entreprit de me bâillonner.

 

Ensuite, tranquillement l’homme des bois coupa deux tranches de jambon, ainsi que trois grosses tranches de pain. Il en lança une à Diable qui l’attrapa à la volée et se versa un verre de vin. Dès qu’il eut terminé son casse-croûte, il sortit tranquillement, avec Diable sur les talons.

 

 

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