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Michel ZORDAN présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.

24 Dec

Les prémices

Publié par Michel Zordan  - Catégories :  #les exilés de l'arcange

les prémices-numériqueAuteur Michel Zordan - Extrait : Pendant que madame Éliette, Antoinette Rosannés et Lisette Vaillant, la bonne, préparaient une collation, une grande table fut dressée dans la cour du château. Averti par je ne sais trop qui, le boulanger, Noël Fabre, apporta du pain. Amandine s’occupa d’installer les assiettes de charcuterie et moi, la boisson.

 

– Tu crois que c’est à cause de ce que nous avons trouvé que les espions ont mis le feu à l’atelier ?

 

– Peut-être que oui ! Quelqu’un a dû les avertir de notre trouvaille et ils savaient que nous étions proches de la vérité. Alors ils ont préféré tout faire sauter.

 

À ce moment là, la sorcière de Colason était bien loin de nos préoccupations.

 

Vers cinq heures du matin, tout le monde se retrouva autour des victuailles pour reprendre un peu d’énergie et pour commenter l’événement. Encore une fois, la scène paraissait surréaliste. Tout au fond, l’atelier réduit en un tas de décombres fumant encore, et devant le château, tous ces gens parlaient fort et semblaient contents d’être là.

Très remonté  Armand Malcoeur n’arrivait pas à comprendre pour quelle sombre raison ce Français, travaillant pour les Allemands, s’était immiscé dans leurs affaires. 

 

– Ce Chapignard, un chercheur ? Tu penses ! J’ai tout de suite vu que c’était un voyou, et un brigand. Il était trop bien habillé et surtout trop poli pour être honnête. C’est vrai, je l’ai dit et je le répète, je ne suis pas pour le tracteur, mais encore moins pour les Allemands, et surtout lorsqu’ils viennent tout nous faire péter. Va falloir que le moustachu calme ses troupes, sinon nous retournerons chez eux leur mettre la pâtée, comme en 18.

 

Maintenant, les langues se déliaient peu à peu ; on les aurait souvent aperçus, lui et sa bande, tout de noir vêtus, rôdant sur les petites routes dans les environs du château.

 

Une chose me paraissait bizarre, personne ne semblait trouver douteux les agissements de la dame mystérieuse à la Bugatti. J’étais surpris et même très étonné, d’habitude dans le bourg, la moindre étrangeté était prétexte à discussions et commérages. Mais là rien de tout ça, même les plus sévères cancanières, comme la buraliste par exemple, ne s’intéressaient, ou ne voulaient pas s’intéresser à elle. Tous l’avaient aperçue, ici ou là, mais personne ne semblait disposer à parler. Chaque fois que j’avais tenté d’amorcer une conversation la concernant, cela s’était soldé par quelques mots, quelques banalités, mais rien de plus et parfois même presque de la gêne. On avait l’impression que les habitants de Floréal souhaitaient l’ignorer, niaient même son existence, comme s’ils ne voulaient pas que cette étrangère fasse partie de leur quotidien, de leur vie de tous les jours. Il est vrai que le côté très mystérieux qu’elle entretenait, et l’étrange comportement dont elle faisait preuve, donnaient à cette femme une dimension difficile à cerner. Quelle sorte de personne pouvait choisir d’habiter une maison qui avait vécu, dans un passé très proche, un double assassinat ? Bien sûr, personne ne parlait de revenants ou de fantômes. Un fantôme ne peut être vu que très rarement et bien souvent de nuit, or, on l’apercevait partout et de jour. Et puis un fantôme ne pilote pas de Bugatti. Même le père Grégorio, toujours prompt à houspiller les mortels, ne disait mot. Alors, comme on ne savait pas, ou que l’on ne voulait pas savoir, et que l’on ne voulait surtout pas passer pour un couillon, on ne disait rien, c’était sûrement plus prudent… Peut-être qu’un jour !

 

Amandine convenait que la dame était bizarre, mais pour elle s’était tout simplement de la folie.

 

Vers six heures, Yvan Laterre reçut un appel de l’adjudant-chef Bertomieux.

 

– Ça y est, on les tient, mais c’était juste. Ils étaient presque arrivés à Brive. Malheureusement, il y a eu de la casse, ils étaient armés et ont fait feu sur les gendarmes. Deux ont été blessés, mais pas trop grièvement. Par contre, un des passagers de la voiture est mort, les deux autres n’ont rien, on va nous les transférer à Condom dans l’après-midi. Je vous y attends, Laterre.

 

Le chef se tourna vers papa et lui expliqua la situation.

 

 

– Émilio, la Mercedes et ses occupants ont été interceptés. Heureusement que vous avez eu la présence d’esprit de vous cacher en entendant le bruit de la voiture.   

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