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Michel ZORDAN présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.

23 Nov

Les prémices

Publié par Michel Zordan  - Catégories :  #les exilés de l'arcange

Auteur Michel Zordan - Extrait : les prémices-numériqueNous étions très pressés de voir à quoi pouvait ressembler des enfants de sorcière. À quelques mètres de nous, une petite fille brune était assise dans l’herbe ; elle lisait, tout simplement. Dès qu’elle nous aperçut, elle se leva et vint vers nous.

 

– Bonjour, je m’appelle Lucette, je suis la fille de la maison. 

 

À mon tour, je fis les présentations.

 

– Je vais chercher mon frère, il est parti dans le bois, je reviens tout de suite. 

 

Amandine et moi étions presque déçus. Cette fille ne pouvait pas être une fille de sorcière. Mais peut-être n’était-elle pas réellement la fille de la sorcière. Elle avait sûrement dû être enlevée toute petite et la sorcière n’avait pas voulu la mettre dans le chaudron. Oui, l’explication devait être là.

 

Après quelques minutes, Lucette revint vers nous, suivie par un grand dégingandé aux oreilles décollées. Le garçon devait être un peu plus âgé que moi ; par contre, lui avait déjà plus le profil d’un fils de sorcière. Nous discutâmes de tout et de rien, jusqu’au moment où je remarquai, dans l’une des poches arrières du pantalon de Félix, un lance-pierre avec une énorme fourcherette. Moi aussi, j’avais un fléchard, mais le sien était beaucoup plus imposant.

 

– Tu veux tirer avec ? Regarde ce que moi je peux faire.

 

Lucette installa un caillou sur un piquet à une quinzaine de mètres et, d’instinct, Félix le toucha du premier coup. 

 

J’essayai à mon tour, mais la fronde était bien trop grande et mon meilleur tir passa à plus de cinquante centimètres de la cible. 

 

Amandine et moi venions de constater que les enfants de sorcière n’étaient en rien différents des autres. À moins que la sorcière ne fût pas une sorcière, mais alors là ! 

 

En s’adressant à nous, Félix lança plus une invitation qu’une question.

 

– Vous êtes déjà allés à la pêche sur le ruisseau de Pellegrin ?

 

– Non, j’ai déjà vu des pêcheurs sur l’Auzoue, à Floréal. Le meunier me prête quelquefois une canne, mais jamais au ruisseau de Pellegrin ; il y a quoi comme poissons ? 

 

– Qui te parle de poissons ? Moi je pêche les écrevisses. Depuis que ce voyou d’Écrevisse a rejoint les étoiles, elles sont devenues énormes. Elles font toutes plus de quinze centimètres, de vrais monstres. J’ai préparé des boyaux de poulet depuis presque une semaine et ils sont maintenant à point, c’est le moment. J’y vais cet après-midi, si ça vous chante, je serai avec ma sœur sur le pont à 1h30. Pour le matériel, ne vous inquiétez pas, j’apporterai tout ce qu’il faut. Il fera très chaud, le temps est à l’orage, c’est très bon pour la pêche aux écrevisses.

 

Amandine comprit qu’on ne pouvait renier longtemps ses origines ; en évoquant les vrais monstres, les boyaux de poulet en putréfaction et les orages, son côté fils de sorcière commençait à transparaître. Nous discutâmes encore de choses et d’autres, puis madame Éliette arriva vers nous. Elle avait l’air très satisfaite de sa visite. 

 

– Sylvio, il y a une chose que je n’ai pas bien saisie. Lorsque Félix a parlé des grosses écrevisses, il a dit : “Depuis que ce voyou d’Écrevisse a rejoint les étoiles, elles sont devenues énormes. “

 

J’expliquai alors à Amandine que l’Écrevisse était le surnom d’un jeune homme un peu simplet, qui braconnait les écrevisses à longueur d’années, d’où ce surnom. Il était passionné par les étoiles et un jour, il était parti les rejoindre en se pendant à la branche d’un arbre. En réalité, Amandine avait déjà entendu parler de l’Écrevisse, mais compte tenu des circonstances, elle n’en avait plus le souvenir.

 

– C’est bien triste, tu le connaissais bien ?

 

– Un peu. Nous avions discuté trois à quatre fois ensemble. En réalité, il était moins bête qu’il n’y paraissait.

 

Lors du retour, madame Éliette nous expliqua qu’elle et Mathilde Vermand avaient convenu de se revoir, ici à Colason pour faire quelques photos. Nous étions toujours intrigués par cette femme, le chaudron bouillant, cette enfant qui était entrée en hurlant et qui s’était arrêtée après quelques instants.

 

– Tante Éliette, c’est quoi exactement un travail de sorcière ? 

 

 

– Tu sais Amandine, les histoires que raconte Armand Malcoeur ne sont que des histoires ; j’ai même l’impression qu’il les invente au fur et à mesure. Je suis persuadée que Mathilde Vermand est une femme d’un grand dévouement. La petite fille que vous avez vu arriver en hurlant, je l’ai vue repartir en gazouillant. Elle faisait de grandes risettes, pourtant, ce matin même, elle a reçu une casserole d’eau bouillante sur le dos. Après le départ du couple, nous avons discuté, elle sait beaucoup de choses sur la nature humaine. Elle m’a avoué qu’elle ne pouvait pas faire de miracle, mais il lui arrive de soulager quelques malheureux. Je vais faire des photos de cette personne, dans son environnement, mais je vais également lui demander de me parler de quelques cas très particuliers qu’elle a pu traiter.  

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