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Michel ZORDAN présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.

05 Dec

Les cahiers de mon père

Publié par Michel Zordan  - Catégories :  #les exilés de l'arcange

les-cahiers-de-mon-pere2-copie-1.jpgParmi les amis et défenseur des Montazini, il y a Noël Fabre,  le boulanger. Je ne résiste pas à l’envie de vous faire lire ces quelques lignes : « En sortant de chez madame Sourtis, nous allons à la boulangerie tenue par Noël et Lucette Fabre. Noël est petit et sec comme une trique. Il a fait la Grande Guerre et en est revenu trépané avec, en prime, une jambe plus courte que l’autre. De temps à autre, il perd un peu la mémoire, pour ne pas dire la tête. Et parfois même, s’il est contrarié, il entre dans des colères terribles. Mais je crois qu’il nous aime bien.  Ce matin Noël est un peu en retard pour sa dernière fournée, et les clients attendent. Parmi eux, je reconnais Sylvain Lastruc. Dès qu’il nous aperçoit, il s’adresse à une autre cliente, Denise Clesques, l’épouse du négociant en armagnac. Sachant que nous ne le comprendrons pas, il lui parle en patois, mais il est évident que papa et moi sommes le sujet de leur discussion. C’est cet instant que choisit Noël Fabre pour faire son apparition. Le Lastruc, qui s’impatiente, ose une réflexion, manière de bien faire comprendre qu’il est un client et qu’il a autre chose à faire que d’attendre le bon vouloir du boulanger.

– Écoute, Lastruc, si je suis en retard, c’est parce que j’écoutais les saloperies que tu débitais sur Émilio Montazini et ses deux gosses. Je suis très content que le capitaine leur ait vendu L’Arcange. Lui a vite compris à qui il avait affaire. Toi, tu ne leur arrives pas à la cheville, tu es un sale type, un grand fainéant, un envieux, un jaloux…

 Malgré les appels au calme de Lucette sa femme, le Noël poursuit son invective. À part sa femme, personne dans la boutique n’ose l’interrompre et surtout pas le Lastruc.

 – Lastruc, sors de mon magasin, je ne te vendrai plus de pain ! D’ailleurs, tu es venu chez moi parce que tu as une grosse ardoise à Villeneuve. Fous le camp, avant que je me fâche !

 En bougonnant et sous les regards goguenards des clients, Sylvain Lastruc sort précipitamment de la boutique. »

Ça fait du bien d’être soutenu. Les autres commerçants sont des commerçants, leurs prises de positions s’adaptent en fonction du client et de la conversation, mais ils n’ont apparemment aucun ressentiment envers les Montazini. Ils leur font même crédit en sachant fort bien qu’ils ont affaire à des gens honnêtes. Le couple d’instituteurs,  monsieur et madame Sourtis sont eux aussi ouvertement de notre coté, je les connais très bien. À leurs yeux mon père est un exemple, chaque fois que je les rencontre il me parle de lui avec admiration.  

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