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Michel ZORDAN présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.

02 Nov

les cahiers de mon père

Publié par Michel Zordan  - Catégories :  #les exilés de l'arcange

les-cahiers-de-mon-pere1.jpgAuteur Michel Zordan - Extrait : Pour un blaireau ou même un renard, Réglisse n’aurait pas agît de cette façon. Il doit s’agir soit d’un sanglier ou alors, ou alors d’une bestiole beaucoup plus imposante encore. Mais une bestiole plus imposante je n’en vois qu’une : l’ours. Le dernier a été apperçu dans la Soule du côté de Mauléon,  il y a presque une dizaine d’année. Je n’ai jamais entendu Maman, ni même personne d’autre parler d’ours dans la montagne Arradoy. Puis  un grognement sourd venant de la pente, légèrement au-dessous de nous,  à moins d’une dizaine de mètres se fait entendre.  Le grognement se fait plus puissant et dans le même temps j’aperçois les baliveaux bouger assez brutalement. La bête est là, et s’avance vers nous. Je distingue une forme assez volumineuse se déplaçant sur ses pattes arrière. Réglisse a comprit que le danger est imminent,  qu’il doit agir vite.  Sans attendre mon ordre, il fonce dans la pente. En moins de cinq secondes la bataille s’engage, féroce. Réglisse ne pèse pas lourd face au mastodonte, cent vingt livres, contre trois à quatre cent, peut-être plus. Heureusement il est beaucoup plus souple. La pénombre m’empêche de bien distinguer, je n’entends que des grognements et n’entrevois que des mouvements. Des formes qui tantôt se mêlent et tantôt se démêlent. Je fixe la scène, angoissé, et impuissant.  La seule chose que je puisse faire c’est attendre. La pente est assez raide, au beau milieu de la végétation, les combattants roulent dangereusement vers le bas.  Ils vont bientôt atteindre le chemin en contrebat. Au-delàs, c’est une petite falaise d’une dizaine de mètres.  Sans trop en savoir la raison, je cours vers  l’endroit fatidique. Lorsque j’y parviens, c’est trop tard, le vide vient d’avaler Réglisse et l’ours, seul un bruit sourd  me parvient. Pendant quelques secondes c’est le silence total, puis il me semble entendre des gémissements, mais impossible de distinguer quoi que ce soit.

 

–  Réglisse, Réglisse, tu m’entends… Répond Réglisse, tu m’entends….  

 

De toute façon, même s’il m’entend, comment pourrait-il me répondre ? En tendant bien l’oreille, ce sont bien des gémissements que je perçois. Mais s’agit-il de Réglisse ou de l’ours ?  Je ne peux pas descendre directement, trop abrupt. Je cours sur une centaine de mètres, le sentier descend légèrement et je peux enfin accéder à l’étage inférieur.  Si l’ours ne s’est pas enfui, ou même mort, peut-être est-il à m’attendre ! Tant pis, de toute façon je dois retrouver Réglisse.  Gardant le sentier en ligne de mire,  je me dirige au travers des taillis vers le lieu de la chute. La progression est difficile, dangereuse même, mais je ne dois pas fléchir. Plusieurs fois j’appelle : – Réglisse, tu m’entends, tu m’entends, j’arrive ! Je vais te ramener à la maison.

 

Ces mots que je prononce à haute voix, c’est plutôt pour me rassurer et un peu aussi dans l’espoir de faire fuir la bête au cas où.  J’arrive enfin sur les lieux de la chute, j’avance prudemment. À une dizaine de mètres,  une masse de laquelle des gémissements s’élèvent.  Je m’approche et Réglisse est là,  sur une plaque rocheuse, moitié allongé sur  l’énorme bête qui semble sans vie. Je le caresse, il ne réagit pas.  Je relève doucement sa tête,  et j’ai le sentiment qu’il fait un effort pour remuer.  À cause de son poids  l’ours a sans aucun doute  atterrit le premier, amortissant la chute de Réglisse. Je dois prendre rapidement une décision !  Je vais descendre jusqu’à la ferme Etchebéry, avec maman nous alerterons les voisins et nous pourrons venir le chercher. Dans moins deux heures nous serons de retour.  J’explique à Réglisse que je ne l’abandonne pas, que je vais chercher des secours.

 

Je pars en courant par le chemin que j’ai pris à l’aller, au milieu des rochers et de la végétation. À peine ai-je atteint le sentier  des voix de chiens se font entendre, une, deux,  peut-être trois ou même quatre.  Ils se rapprochent, je suis maintenant persuader qu’ils sont sur la piste de l’ours. Ils ont dû le débusquer très loin, peut-être du coté de Mauléon. Et l’animal en fuite est arrivé ici. Ils vont sans nul doute aller jusqu’au bout et le retrouver.  Mais que va-t-il se passer pour Réglisse ? Il est très mal en point, s’il est attaqué  il ne pourra pas se défendre. J’ai déjà pu voir ce genre de chiens à la poursuite d’un sanglier. Ce sont des mastards de quatre vingt à quatre vingt dix livres.  De véritables fauves, surtout lorsqu’ils sentent que leur proie  est proche. Facile avec l’ours, Réglisse a déjà fait tout le travail. Je suis indécis, mais je ne peux pas laisser mon chien seul, il y a trop de risque. Je retourne sans attendre auprès de lui. Surprise, l’ours n’est plus là, il n’était donc pas mort et a dû se laisser glisser dans la pente. Je ne réalise pas immédiatement le risque que je cours. Il est peut-être là en embuscade, prêt à me sauter dessus. Une seule chose m’importe Réglisse. 

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