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Michel ZORDAN présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.

26 Sep

rentrée littéraire 2012 : juillet 1936, la guerre civile en Espagne

Publié par Michel Zordan  - Catégories :  #Un auteur du Sud Ouest

L'Alhambra de GrenadeLes Grands Tourments - Série les Exilés de L'Arcange - Auteur Michel Zordan - ISBN 978-2-9532863-3-5 En sa voir plus sur www.unauteur.com

 

Extrait - Les 17, 18 et 19 juillet 1936 marquèrent le début d’une longue tragédie pour le peuple espagnol. Ces jours-là éclata l’insurrection militaire contre la république d’Espagne. Elle était bien sûr soutenue par la plupart des partis nationalistes. Redoutant tous les partis de gauche et plus encore les communistes, l’Église espagnole et ses dirigeants, à quelques exceptions près, ne tardèrent pas à les rejoindre.  Leur responsable déclara même : « nous ne livrons pas une guerre, nous partons en croisade ».  

 

Les ouvriers espagnols du château Tourne Pique étaient logés dans une vieille ferme appelée La Grange, elle se situait à environ cinq cents mètres du château. Celle-ci permettait, pendant les temps forts des vendanges, de recevoir dans un confort acceptable une cinquantaine de personnes.   

 

Le 27 juillet, de très bonne heure, Antonio Gonzalez, l’un des cinq ouvriers permanents arriva, en se cachant presque, dans le petit bureau de papa. L’homme tenta de lui expliquer qu’il se passait des choses à la ferme de  La Grange. Lorsque mon père l’entendit prononcer le nom de Manuel Garcia Rivera, il comprit qu’il y avait réellement un problème. Il demanda alors à Antonio Gonzalez de retourner sur place et de ne parler de rien. Papa suivait d’assez près les évènements espagnols et il se posait des questions sur les raisons du retour Manuel Garcia Rivera. Avant de se rendre à la ferme, il téléphona à son ami Yvan Laterre, le maréchal des logis-chef, responsable de la petite brigade de gendarmerie de Floréal. Ils avaient déjà évoqué ensemble l’incident ayant motivé le départ de Manuel Garcia Rivera. Mon père lui expliqua la situation.

 

– Je vais me rendre à La Grange, si tu peux m’y rejoindre rapidement, ce serait bien !   

 

Lorsque papa arriva, il aperçut une vieille camionnette devant la maison.

 

– Monsieur Garcia Rivera, que venez-vous faire ici ? Vous avez été renvoyé, vous n’avez pas le droit d’être dans cette maison.

 

Dans la grande cuisine qui servait à préparer et à prendre les repas, les cinq ouvriers étaient regroupés sur le côté. Antonio Gonzalez, l’homme venu prévenir papa présentait une blessure assez profonde à l’arcade sourcilière gauche. À la table, trois inconnus se restauraient.  

 

– Qui sont ces hommes ? 

 

– Écoute, Montazini, ces hommes sont des combattants de la République d’Espagne. Nous sommes ici pour informer nos compatriotes de la tragédie que subit notre pays. Nous sommes également là pour dénoncer les traîtres qui ont déserté pour se mettre aux ordres des généraux félons, Franco et Queipo de Llano. 

 

– Garcia Rivera, les journaux existent en France, tes compatriotes sont très bien informés sur la situation dans votre pays. Mais si tu es ici seulement pour ça, je ne comprends pas très bien pourquoi tu as frappé Antonio Gonzalez.

 

– Ce salaud n’a eu que ce qu’il méritait, il n’avait pas à te prévenir. Quant à vos journaux, ils ne disent pas la vérité, nous savons que vous êtes pour le camp des traîtres. Toi, Montazini, tu ne peux pas comprendre, tu as déserté ton pays pour le laisser aux mains des fascistes. Tu es un valet, la seule chose qui t’importe c’est d’obéir à tes maîtres et de courber l’échine. 

 

À ces mots, les trois inconnus se levèrent et observèrent papa. L’attitude de Manuel Garcia Rivera était très provocatrice, presque haineuse.

 

Une lueur guerrière apparut dans les yeux de papa.

Garcia Rivera, tu vas quitter cette maison avec tes amis et je ne veux plus jamais vous revoir ici. Je pense que tu es un grand nuisible et ce n’est pas grâce à des voyous de ton espèce que ta république pourra s’en sortir. 

 

Manuel Garcia Rivera et les trois inconnus se rapprochèrent de papa, ils étaient menaçants mais ne semblaient pas avoir d’armes.

 

– Alors Émilio, des problèmes ? 

 

Le chef Yvan Laterre et le gendarme Arthur Sibelle venaient d’apparaître dans l’encadrement de la porte.

 

– Ça va aller, ça va aller. Manuel Garcia Rivera est apparemment ici pour informer ses compatriotes sur la situation en Espagne, il n’a pas confiance en nos journaux. Mais vu l’état d’Antonio Gonzalez, il est aussi là pour régler quelques comptes.

 

Manuel Garcia Rivera jura en espagnol et prononça quelques mots à l’adresse de ses complices.

 

– Messieurs, veuillez nous présenter vos papiers !  

 

Les quatre hommes semblaient en règle. 

 

– Monsieur Antonio Gonzalez, pouvez-vous nous expliquer ce qui vous est arrivé ? 

 

L’homme n’avoua pas qu’il avait été frappé, il expliqua qu’il était seulement tombé. 

 

– Monsieur Manuel Garcia Rivera, vous avez rompu votre contrat de travail, mais le lieutenant-colonel Aristide Clément Autun n’a pas souhaité porter plainte, je n’ai donc rien contre vous. J’ai cru comprendre que monsieur Émilio Montazini, régisseur du château Tourne Pique, vous avait invité à quitter cette maison avec vos amis. Je crois que vous avez intérêt à accepter cette invitation sans plus tarder. Ici, nous sommes en France et l’ordre et les lois de notre république y règnent. Ne vous croyez pas obligés d’y amener vos tourments !

 

Début août devait arriver un autre contingent de saisonniers espagnols, papa avait maintenant des doutes.

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