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Michel ZORDAN présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.

17 Mar

Le jour commençait déjà à éteindre ses lumières. Entre chien et loup, sournoise, profitant de l'aubaine, la pénombre s’installait. Heureusement, la blancheur de la neige contrariait ses pl

Publié par Michel Zordan  - Catégories :  #Un auteur du Sud Ouest

paysage-neige1.jpgLes prémices, dans la saga Gasconne des Montazini-  Série les Exilés de L'Arcange

 

Extrait chapitre 1 - Nous n’étions pas plus d’une dizaine à avoir affronté le froid, et monsieur et madame Sourtis nous installèrent tous dans la même classe, à proximité du poêle. À plusieurs reprises je pus observer Amandine occupée à examiner ses mains. Sa question était à coup sûr : qu’est-ce que la bohémienne n’avait pas voulu dévoiler ? Ou, qu’avait-elle bien pu découvrir ?

 

 

Ma blondinette raconta à l’instituteur notre rencontre du matin, et monsieur Sourtis en profita pour nous faire un cours sur les origines supposées de ce ou même de ces peuples, tziganes et autres… Il nous parla d’Egypte, de Mésopotamie, et de plusieurs autres pays, dont l’Inde. Au fil des siècles, poussés par de multiples invasions, ces exilés s’étaient vraisemblablement dispersés un peu partout en Europe. Rapidement j’en déduisis que personne ne savait avec précision d’où venaient ces gens et les raisons qui les poussaient à ne jamais s’installer définitivement.  

 

L’instituteur en profita également pour nous parler de la Mésopotamie, et de Babylone, berceau d’une civilisation antique disparue, aujourd’hui région d’Irak, et située entre deux fleuves, le Tigre et l’Euphrate.

L’après-midi, monsieur Sourtis nous libéra dès trois heures. 

Arrivés au bas de la côte de Pellegrin, nous aperçûmes des traces fraîches de pattes sur la neige. Elles  se dirigeaient vers les prairies qui longeaient le ruisseau. 

 

– Tu crois que c’est un loup ?

 

– Non,  elles sont trop petites, c’est sûrement un renard !  Il vient de passer, on pourrait le suivre ? Après, je connais un chemin de traverse, ça rallonge à peine.  

 

– Oui mais après, on va se retrouver au milieu de nulle part et il va faire nuit. Et si c’était un loup ?

 

– Il n’y a pas de loup par ici, et puis il fait encore très jour !  De toute façon, ça ne rallonge pas beaucoup.

 

– Oui mais toi tu es tranquille. La bohémienne a prédit que tu vivrais très longtemps, mais pour moi elle n’a rien voulu dire. Et ça, c’est louche ! 

Je compris à cet instant, que ma blondinette était inquiète, inquiète à cause de l’attitude de la diseuse de bonne aventure.

 

– Amandine, tu crois vraiment que je t’amènerais par là, s’il y avait du danger ? Rappelle-toi de Balourd ! Tu l’as dit toi-même, c’est une embrouilleuse, elle a raconté n’importe quoi. Et puis c’est vrai que tu es un peu jeune,  tes mains ne sont pas encore tout à fait formées. Pour moi, c’est différent,  je travaille déjà depuis longtemps. 

 

Ma blondinette se laissa convaincre, mais je la sentais anxieuse, au moindre petit bruit elle se figeait.

 

Les traces pénétraient maintenant dans un petit bois.  J’hésitai, je ne voulais pas en rajouter et je décidai de renoncer et de rentrer. Après un petit quart d’heure, je dus me rendre à l’évidence, avec la neige tout se ressemblait, nous étions perdus. Le ciel était bas, quelques nouveaux flocons faisaient  leur apparition et le jour commençait déjà à éteindre ses lumières. Entre chien et loup, sournoise, profitant de l'aubaine, la pénombre s’installait. Heureusement, la blancheur de la neige contrariait ses plans.

 

– Voilà, j’en étais certaine… monsieur  « je suis plus fort que tout le monde ». Je croyais que tu avais dit que tu  connaissais un autre chemin et que ça rallongeait à peine ! A cause de toi, nous sommes perdus au milieu de nulle part.  La nuit tombe vite, bientôt on ne verra plus rien. Comment va-t-on retrouver notre chemin ?

 

– Tu t’affoles pour un rien, nous allons simplement repartir par où nous sommes arrivés, suivre nos traces et retrouver la route.

 

Assez rapidement nous aperçûmes la vieille ferme de Pellegrin, dont seule une partie du toit subsistait encore.  Abandonnée depuis bien longtemps, elle servait maintenant de refuge aux chouettes et aux hiboux. Alors que nous dépassions la bâtisse, alertés par je ne sais quoi, Amadine et moi nous retournâmes. A quelques mètres seulement, un molosse noir, babines retroussées et crocs affutés, nous fixait. Lorsque la bête s’élança, la neige gicla sous ses griffes. L’animal nous paraissait monstrueux ; notre seul salut était la fuite. Heureusement, après seulement quelques mètres nous entendîmes une voix rocailleuse qui appelait : – Diable… Diable… vient ici…

 

En jetant un œil par-dessus mon épaule, je crus apercevoir, dans l’encadrement d’une fenêtre, une vague silhouette hirsute armée d’un fusil. Après deux à trois cents mètres, épuisés, mais heureux d’avoir échappé au monstre noir, nous nous écroulâmes dans la neige. Pendant quelques instants nous profitâmes du douillet tapis en riant aux éclats.

 

  Tu vois, je te l’avais bien dit que c’était un loup !  

 

– Tu as déjà vu un loup avec un maître, toi ! Non, c’est sûrement un vagabond et son chien. Cette maison est vide depuis longtemps, il s’y est réfugié pour échapper au froid.

 

Arrivés sur la route, nous vîmes papa qui venait à notre rencontre. Je m’attendais à des réprimandes, mais il n’en fut rien.

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Michel ZORDAN présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.