Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Michel ZORDAN présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.

07 Aug

Le Chasseur Français

Publié par Michel Zordan  - Catégories :  #Un auteur du Sud Ouest

chasseur-francais-n-482.jpgUne Ombre sur le Monde  - Série les Exilés de L'Arcange -  Auteur Michel Zordan -  ISBN 978-2-9532863-4-2
En sa voir plus sur www.unauteur.com

 

Extrait - À Floréal…

Cet  après-midi  du  14 juillet 1942, assis devant L’Arcange à l’ombre des  grands ormeaux, Émilio lisait un ancien numéro du Chasseur Français. La revue,  n°482 datait de mai 1930. C’était à cette époque que le capitaine Aristide Clément Autun lui avait proposé d’acheter la ferme de L’Arcange. En douze ans beaucoup de choses s’étaient passées, des bonnes et des moins bonnes. Puis il en feuilleta un second plus récent, le numéro 606 de février 1942. En page 2, la direction annonçait que, compte tenu de la pénurie de papier, le Chasseur Français était dans l’obligation d’interrompre sa publication. Aux pages 94 et 95, un certain « Adonis Légume », sûrement un nom d’emprunt, proposait aux banlieusards désabusés une méthode leur indiquant comment produire deux couches de légumes (à savoir deux récoltes) dans leur petit potager. À eux seuls, ces deux articles reflétaient parfaitement la situation de la France. Le premier numéro de ce magazine était sorti le 15 juin 1885, il affichait plus de cinquante années au compteur. Même durant la Grande Guerre, sa publication s’était poursuivie. D’un œil, Émilio surveillait les jumeaux. Fabien et François, chaussés des nouvelles galoches qu’il venait de leur fabriquer, jouaient à une cinquantaine de mètres, sous les pruniers. La chaleur était torride et les deux gamins la supportaient mal. Ils se chamaillaient sans cesse et pour s’octroyer une petite plage de tranquillité, Mariéta les avait envoyés ramasser quelques prunes.

 

– Papa, fais bien attention qu’ils ne montent pas sur les arbres, surtout Fabien. Avant de recommencer ses escalades, qu’il attende au moins que sa plaie au bras guérisse.

 

Émilio voyait pousser ses petits enfants, chaque jour était pour lui un véritable bonheur. Mais ce bonheur n’était pas total, un être lui manquait, il pensait sans cesse à Sylvio.

 

Il ne savait rien ou presque de son fils depuis plus d’une année.  En octobre 1940, après une année de préparation à Bordeaux, Sylvio intégrait l’Ecole Nationale Supérieure d'Agronomie de Montpellier. Quelques mois plus tard, en juin 1941,  il s’engageait  comme quelques autres de ses camarades dans la résistance. Par mesure de sécurité, Sylvio ne donnait que très irrégulièrement de ses nouvelles. Les deux dernières fois qu’Émilio en avait eues, c’était par la maman d’Amandine en septembre de l’année dernière et par le commissaire Ravel de Perpignan, au mois d’octobre de l’année dernière également. Émilio avait connu l’homme en 1936 lors d’une rocambolesque affaire. Mais depuis plus rien. Malgré leur âge avancé, Patou et Victor veillaient toujours sur leur maître et leurs petits maîtres. Ces derniers leur en faisaient voir de toutes les couleurs, mais les deux chiens encaissaient sans réagir. Peut-être parce qu’ils pensaient qu’avoir de petits enfants auprès d’eux était un immense privilège et qu’il fallait accepter d’en payer le prix.

Commenter cet article

Archives

À propos

Michel ZORDAN présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.