Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Michel ZORDAN présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.

25 Jul

le bon roi Henri IV

Publié par Michel Zordan  - Catégories :  #Un auteur du Sud Ouest

le-chateau-de-Nerac.jpgLes Grands Tourments - Série les Exilés de L'Arcange -  Auteur Michel Zordan -  ISBN 978-2-9532863-3-5
En sa voir plus sur www.unauteur.com

 

Extrait - Lorsque j’arrivai à L’Arcange, ce samedi 17 octobre, papa n’était pas encore rentré du travail. Bien en évidence sur la table de la cuisine, se trouvait la dague que j’avais moi-même remise au père Guillaume à l’abbaye de Flaran. Une longue lettre l’accompagnait.

 

Mes chers amis,
Mille excuses pour avoir mis autant de temps à vous répondre, mais votre dague m’a véritablement donné du fil à retordre. Toutefois, ce que j’ai découvert valait largement les efforts déployés et même plus. D’après les informations que j’avais pu recueillir, après avoir été incendié dans la nuit du 17 au 18 août 1524, le monastère de L’Arcange n’avait jamais été reconstruit. Je n’avais pu savoir ce qu’il était
advenu ensuite. J’ai eu l’autorisation par le Père Supérieur, de me rendre à la bibliothèque régionale de Toulouse, puis à celle de Bordeaux, et j’ai pu éclaircir tout cela.

 

Fut édifiée sur les vestiges du monastère, non pas une chaumière, comme j’avais pu l’imaginer tout d’abord, mais l’albèrga de l’Arcangèl, l’auberge de l’Arcange. C’était une auberge certes isolée, mais elle se situait sur la route des pèlerins et pouvait palier à l’étroitesse d’un relais de poste voisin, sûrement une ferme aujourd’hui : La Gare.

 

Revenons à la dague. Le métal damassé de la lame ne m’avait pas trompé, elle a bien été apportée, comme quelques autres armes du même type, dans notre région par les Hospitaliers. Mais, à l’origine, le manche, la garde et le pommeau étaient lisses, exempts de toute gravure. C’était sur ce détail que je butais. Le 6 janvier 1524, soit quelques jours seulement après que lo monastièr de l’Arcangèl soit consacré par l’évêque d’Auch, monseigneur François, les moines et les malades reçurent une étonnante visite. Il s’agissait d’Henri d’Albret, le roi Henri II de Navarre, qui se rendait de son château de Pau à celui de Nérac. Il est mentionné dans les documents que j’ai pu consulter que le roi de Navarre reçut en cadeaux de la part des Hospitaliers plusieurs armes faites d’un étrange métal et rapportées de Rodes, dont une dague de quinze centimètres. La description de cette arme indique que le manche, la garde, le pommeau et le fourreau sont en argent massif et la lame en métal damassé.

Vous n’ignorez pas qu’Henri de Navarre était le grand-père de notre bon roi Henri IV. Vous allez me dire : que vient faire le bon roi Henri IV dans cette affaire ? Les initiales sur le pommeau, « HN », sont vraisemblablement les siennes. Vous allez encore me dire : mais « HN » sont aussi les initiales d’Henri d’Albret, le grand-père, Henri II, roi de Navarre ! Oui, mais écoutez la suite…

 

A 23 ans, en 1576, après l’attentat manqué d’Eauze, notre futur roi Henri IV se réfugia tantôt à Agen, Lectoure et en son château de Nérac, où se tenait sa cour. À la fin de l’année 1578, ou peut-être même au début de la suivante, la reine mère, Catherine de Médicis, lui ramena son épouse, Margueritte de Valois. Mais, si Henri IV a été surnommé « le vert galant », ce n’est pas sans raison. Il passe beaucoup de temps, en partie de chasse et ne s’intéresse pas… qu’aux sangliers. Il est souvent l’invité d’un cousin, Monseigneur de Dampville, qui deviendra plus tard Maréchal de France. Ce Monsieur est l’hôte régulier du seigneur D’Orzan, qui possède et habite le château Tourne Pique. Notre jeune Henri, pas encore roi, s’est bizarrement et rapidement rapproché de son cousin. En réalité, il s’est rapproché de sa demi-soeur, Éléonore, une bâtarde, et il la rencontrait en secret, dans un endroit un peu isolé et discret : l’albèrga de l’Arcangèl, l’auberge de l’Arcange.

 

Juste pour l’anecdote, le seigneur D’Orzan avait été déchu de ses titres par François 1er, dont il était pourtant un fidèle, pour ne pas dire un proche. Il s’était retiré au château Tourne Pique, seul bien à ne pas lui avoir été confisqué. Il amenait avec lui la demi-soeur de Dampville, Éléonore, la bâtarde, mais également un autre bâtard, Xavier, dont les rumeurs attribuaient la paternité à François 1er lui-même. Le seigneur D’Orzan les éleva tous les deux comme ses propres enfants.

 

Les gravures sur le manche, la garde et le pommeau ont été exécutées par un orfèvre de Bordeaux (J&J, y sont mentionnés en estampille, sur la garde), vraisemblablement autour des années 1550. Tout laisse à penser que cette dague a été offerte par son grand-père au jeune Henri de Navarre, peu après sa naissance fin 1553 ou début 1554. Celui-ci l’aura oubliée lors d’un rendez-vous galant à l’albèrga de l’Arcangèl. Le roi en devenir avait dû la poser, sûrement pour se mettre à l’aise, à la base du houppier de l’ormeau situé devant l’auberge. Ou il l’avait tout simplement perdue dans l’herbe au pied de l’arbre et quelqu’un l’aura ramassée pour la placer sur le houppier. L’arme aura ensuite glissé à l’intérieur d’un trou et petit à petit, le bois l’aura engloutie.

 

Voilà, mes amis, après les Hospitaliers et avant Henri de Barsac, je crois que notre bon Roi Henri est passé par chez vous. Je suis persuadé que L’Arcange recèle encore secrets et mystères. Je vais poursuivre mes recherches, peut-être pourrais-je découvrir du nouveau sur cette étrange affaire et sur votre demeure.
Autre petit détail. D’après mes recherches, l’autorisation donnée en 1600, par ce bon roi Henri IV à Floréal d’organiser la foire de Sainte-Croix, c’était sans nul doute pour remercier le comte D’Orzan des bons moments passé à l’albèrga de l’Arcangèl.
Bien à vous.
Père Guillaume

 

J’étais émerveillé, l’orme abattu par la tempête devant L’Arcange avait plus de trois siècles et demi d’âge. Et la dague que papa avait trouvé aurait appartenu à Henri IV.

Commenter cet article

henri 2 10/01/2017 21:41

La duchesse d’Etampes, dont le crédit s’était soutenu jusqu’à la mort de François Ier, n’avait pas dissimulé la haine que lui inspirait Diane de Poitiers, maîtresse de Henri II. Celle-ci s’en vengea lorsque son amant devint roi.

Archives

À propos

Michel ZORDAN présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.