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Michel ZORDAN présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.

11 Aug

La princesse de bronze 3

Publié par Michel Zordan  - Catégories :  #la princesse de bronze

la princesse de bronze-1Roman : la princesse de bronze - Auteur Michel ZORDAN  

Extrait chapitre 1 - Le pacte, suite 2 (pages 17 à 28)

 

 

 Je me demandai si je ne devais pas faire des recherches  dans les établissements psychiatriques.  Et puis non,  il fallait  absolument donner une chance à Aztésia.   
Je louais un petit studio, sous les toits,  au 18, rue  des Bergers dans le 15°.   C’était lors d’une intervention dans ce même immeuble que j’avais fait la connaissance de madame Antoine. Lucia Antoine,  la propriétaire.  Toute heureuse de disposer d’un secouriste  à demeure,  ou presque,  Lucia Antoine  m’accorda un loyer assez avantageux.  Elle habitait avec sa fille Stéphanie,  le rée de chaussée.  Nous la croisions dans l’escalier. 

 

– Bonjour madame Antoine,  vous allez bien ?

 

– Très bien Raphaël,  bonjour mademoiselle.

 

Avant même que je ne la présente :

 

– Bonjour madame Antoine,  je suis Aztésia et je viens de la cité de  Tenochtitlan.  Raphaël m’a choisi et nous rentrons chez nous. 

 

La surprise marqua le visage de madame Antoine. Je ne perdis pas de temps. Avant qu’elle ne se pose trop de question,  j’entraînai  Aztésia  dans l’escalier. 

 

–  C’est ici chez nous ? Ton père aussi est  roi ? Cette maison n’est pas  aussi grande que le palais de mon père, le roi Huitzilihuitl dans la cité de Tenochtitlan, mais … 

 

– Non Aztésia,  mon père habite Bordeaux,  c’est une autre cité. Moi j’ai juste un petit appartement, sous les toits,  au 4° ce n’est pas très grand, mais c’est très sympa, tu verras.

 

Aztésia  et moi  arrivions  maintenant sur le palier du 4ième.

 

– Voilà nous sommes chez nous,  cela n’a rien d’un palais, mais je m’y plais  bien.  

 

Aztésia  pénétra  dans la petite principale.  Elle ne devait pas mesurer plus de 3 mètres sur 4.  Sur le coté une mini salle de bain et sur le devant une kitchenette. 

 

–  Tu n’as que cette minuscule  pièce ? 

 

Aztésia avait posé la question, mais ne semblait pas véritablement déçue,  les problèmes matériels ne semblaient pas encore l’atteindre.

 

–  Tu sais je n’ai pas un salaire très important,  j’ai vécu quelques mois à la caserne, après  j’ai préféré mon indépendance.  A partir d’ici je peux facilement visiter  toute la ville, aller au cinéma,  sortir en boite….    

 

– Et la cheminée et le tapis ou sont-ils ?   

 

– Je n’ai ni cheminée, ni tapis,  mais si tu veux un tapis ça peut s’arranger très vite. 

 

–  Dans la maison ou tu m’as choisi, il y avait un tapis et une cheminée sur laquelle j’étais.  L’homme et la femme qui m’a acheté s’aimaient sur le tapis devant la cheminée !

 

– Tu sais  Aztésia nous n’avons besoin ni de cheminée et encore moins de tapis pour nous aimer, regardes !

En moins de deux, je fis basculer le petit clic-clac qui se transforma aussitôt en lit.

 

– Tu vois c’est beaucoup plus confortable qu’un tapis,  et beaucoup moins dangereux qu’une cheminée.   Viens t’asseoir près de moi,  je vais te raconter ma vie, ensuite tu me raconteras la tienne.

 

Je lui lui parlai de mon enfance à Bordeaux, de mes parents qui habitaient toujours  là bas, auxquels je rendais régulièrement visite. Je lui parlais  de mes études moyennes,  puis de mon envie de devenir soldat du feu. 

 

– Je suis arrivé ici il y un peu plus de 2 ans,  je visite beaucoup la ville,  je sors souvent au cinéma.  Je suis un solitaire,  je n’ai pas de véritable ami et je fréquente  très peu les boites de nuit ….

 

– C’est quoi les boites de nuit ?

 

– C’est un lieu de rencontre pour danser et faire la fête, souvent jusqu’à l’aube.

 

– Tu m’y amèneras pour danser !  C’est quoi faire la fête ?

 

– Je t’expliquerai plus tard,  maintenant c’est à toi.  Je sais que tu as déjà commencé ce matin, mais je t’avoue que je n’ai pas très bien compris. 

 

–  D’accord, seulement avant je voudrai que l’on regarde ou se trouve la cité de Tenochtitlan. Il est où ton grand livre sur le Monde ?

 

Sa voix était toujours un régal,  un véritable chant de sirène j’étais certain de ne jamais pouvoir  m’en lasser. Du doigt,  je lui désignai la tour de mon ordinateur,  l’écran,  le clavier et la souris.

 

–  Ça c’est le grand  livre,  grâce à cette tour nous avons accès au monde entier. Là,  sur cet écran on découvre  les pages, le clavier sert à écrire et avec la souris tu peux  tourner les pages exactement comme dans un livre. Je vais te faire voir.    

 

Dans mon navigateur j’ouvrai Google. 

 

–  Voilà,  maintenant nous allons interroger le moteur de recherche,  c’est lui qui feuillette toutes les pages,  et il nous proposera celles qui peuvent nous intéresser.  Je vais inscrire le nom de ta cité. Regarde « Tenochtitlan ou Tecnochitlan, ce nom peut s’écrire de deux façons différentes. Google a trouvé des milliers de liens qui nous parlent de ta ville.  De nos jours ta cité ne s’appelle plus Tenochtitlan, mais Mexico, c’est la capitale d’un grand pays.  Elle s’est considérablement agrandie,  elle compte aujourd’hui plus de 25 000 000 de personnes.  Sur ce site,  tu pourras découvrir l’histoire des Aztèques et du peuple Mexica. Je pense que  le nom de ce peuple a été transmis à la ville et à tout  le pays. 

 

Aztésia  semblait fasciné par la magie d’Internet.  Comme un livre d’histoire,  le site en question parlait de son père, le  roi Huitzilihuitl, fils d’Acamapitchtli  et petit fils  de Culhuacan.  Mais il parlait également d’elle, en la nommant la fille  du roi Huitzilihuitl.  Aztésia  put ainsi apprendre qu’elle avait eu plusieurs autres frères et qu’en 1440,  l’un d’eux,  Moctezuma Ilhuicamina fût  élu 5ième roi ou Tlatoani des Aztèques.  

 

– Raphaël tu connais Cortés, c’est un espagnol, ses soldats ont conquis notre cité  et tout le pays.  En 1522,  il est devenu gouverneur du Mexique.  C’est quoi un gouverneur ?

 

–  C’est un peu comme un  roi en second ou un Tlatoani, il dirige un état ou un pays qui fait partie d’un autre pays plus important.  Je ne connais pas Cortès, mais je peux t’assurer que de nos jours, ton pays le Mexique est un grand pays indépendant.

 

– Aztésia,  je n’ai pas encore très bien compris de quelle façon ta transformation s’est accomplie ?  Tu m’as bien dit qu’hier encore tu n’étais  qu’une simple statuette de bronze ?  Tu m’as aussi parlé d’un maléfice,  peux-tu m’expliquer ? 

 

–  Je t’ai bien dit que j’avais imploré Huitzilopochtli le dieu des Aztèques, je ne pouvais plus supporter de voir l’homme et la femme s’aimer sur le tapis.  Je voulais qu’il me fasse disparaître.  C’est à ce moment que Xauqui, la déesse de la lune et des ténèbres m’est apparue et m’a fait cette proposition, un pacte avec des règles bien précise que je dois respecter.  

 

–  Ça j’avais compris, mais comment t’es tu transformé ?

 

–  Je ne peux pas te répondre, je ne peux pas te révéler le secret de ma renaissance, sinon je retournerai dans mon habit de bronze.

 

Après seulement 10 à 15 minutes de manipulation,  Aztésia  surfait  avec une prodigieuse aisance  sur Internet,  elle était curieuse de tout.     

 

– Mais comment connais-tu notre langue,   tu parles très bien le français, tu l’écris  très bien, pourtant ta renaissance ne date que de ce matin ?   

 

– C’est un privilège que je  ne peux m’expliquer,  plus tard peut-être.  Les mots arrivent tout seul,  je peux également les écrire facilement. 

 

Il était maintenant plus de 20 heures, et le déjeuner était déjà loin.   J’hésitais  à laisser  Aztésia seule le temps de faire quelques courses.  J’hésitais aussi à  l’amener avec moi. Sa façon de se présenter spontanément était certes très touchante, mais risquait quand même d’attirer l’attention sur nous. De toute façon,  je serais bien obligé de la sortir, ne serait-ce que pour compléter sa garde robe.  Un sweat-shirt et une petite jupe  c’était quand même un peu juste.  Puis j’eu une idée,  Stéphanie la fille de  madame Antoine,  la propriétaire avait l’âge d’Aztésia,  elle pourrait peut-être me dépanner.  Je pourrai lui expliquer que ma petite amie arrivant de province s’était fait dérober ses valises.  Pour manger je pouvais demander de nous faire livrer des pizzas.  À peine avais-je composé le numéro de téléphone, que les questions fusèrent. 

 

– C’est quoi cette petite boite,  comment  ça marche ?  Et tu parles à qui ?

 

– C’est un téléphone, un mobile, ça permet de communiquer à distance, ça fonctionne par les ondes.  Je commande  des pizzas.  Tu veux quoi comme pizza,  je… non, ce n’est  pas la peine. Je vais pendre une quatre saisons, et une au magret de canard. On partagera !

 

– Aztésia, je te laisse un petit moment,  je vais  voir madame Antoine, elle pourra peut-être te dépanner pour tes vêtements, le temps de t’acheter une garde robe.   Si le livreur arrive avant moi,  voilà vingt euros, tu le payes, et tu refermes  bien la porte après son départ.  Ah oui, ce n’est pas la peine de lui expliquer que tu viens de Tenochtitlan, de toute façon  il ne connaît pas.  S’il te demande si tu es seule,  tu peux dire que je suis sous la douche, c’est plus prudent. 

 

– Ça veut dire quoi plus prudent ? 

 

– Je t’expliquerai plus tard.

 

Stéphanie Antoine avait,  à quelque chose près,  une taille identique à celle d’Aztésia.  Avec toutefois des formes moins avantageuses. Sa garde robe plutôt bien fournie, des frusques simples et sympas, mais elle en changeait tout le temps. Cette fille avançait encore plus vite  que la mode. 

 

– Dans cette penderie,  je mets tout ce qui a plus de deux mois,  tu peux prendre ce que tu veux !  Mieux encore, fait venir ta copine, elle choisira elle-même !

 

– Tu sais,  elle est plutôt timide…. 

 

Après deux  à trois  minutes de palabres  inutiles, je remontai chercher  Aztésia.  Dans ses mains mon mobile, la belle semblait parler à quelqu’un.

 

– C’est qui ?

 

– Le monsieur des pizzas,  Pour les quatre saisons il faut attendre une heure, alors je lui ai dit de remplacer par une trois fromages. C’est quoi le fromage ?

 

–  Tu as très bien fait, pour le fromage tu verras par toi-même, c’est très bon !

 

Rapidement et tout en redescendant l’escalier, je lui fis la leçon.  Elle arrivait de Bordeaux et nous nous  connaissions depuis un an.  À part quelques banalités elle ne devait révéler aucun autre secret.  Si elle commençait à parler de son père le roi Huitzilihuitl. De son fiancé âgé de seulement huit ans, de ses frères et de la cité de Tenochtitlan.   Stéphanie  aurait sûrement des doutes quant à sa santé mentale.  Je voulu rester avec elles,  manière de  les aider à faire un choix,  mais  Stéphanie  resta inflexible.

 

–  Tu nous laisses entre filles.  Toi, tu dois réceptionner les pizzas. De toute façon, nous aurons vite fait. 

 

Je repartis quand même un peu inquiet vers mon 4°. Moins d’un quart d’heure plus tard,   les deux filles débarquèrent  les bras chargés de sacs.  Aztésia revêtait une petite robe noire très seyante. Avec le tissu de soie affleurant la peau nous touchions au sublime.  Ses jambes interminables semblaient encore plus interminables.   Stéphanie  l’avait également coiffé. Avec ses cheveux noirs,  la princesse de bronze ressemblait plus que jamais à une princesse Aztèques.  Lorsque je la vis entrer et tourner sur elle même pour  se faire admirer,  j’en eu le souffle coupé.  Si j’amenai    Aztésia  vêtu de cette façon dans une boite de nuit,  les  loups se mettraient rapidement à hurler et l’attaque ne se ferait pas attendre. Sans compter sa voix,  une invitation au divin.  Non, pour sortir avec elle je n’avais qu’une solution,  l’enlaidir.  Peut-être un vieux pantalon, ou plutôt un grand sac à patates en jute, assez grand pour ne mettre en valeur, ni ses seins,  ni ses hanches, ni ses jambes à couper le souffle.  Mais je devrais également cacher son visage. De toute façon, même habillé de haillons, en femme laide, elle ne passerait inaperçu. J’étais plutôt pas mal bâti, 1m85,  l’allure sportive et  les cheveux châtains foncés. J’avais toutefois du mal à utiliser tout mon potentiel avec les femmes. 

–  Raphaël, pendant que tu admires Aztésia, je vais découper les pizzas.  Pour me remercier des vêtements,   elle  m’a invité à manger avec vous, ça ne te dérange pas au moins !   J’ai amené une bouteille de vin, juste comme ça.

 

– Non, non pas du tout,  pour les fringues c’est sympa. Dès que nous pourrons nous en achèterons d’autres, et elle te les rendra.

 

– Pas question,  j’ai réussi à faire un peu de place,  maintenant à toi de lui en  faire un peu.  

 

La soirée commença en banales discussions. Aztésia  semblait  avoir bien retenu la leçon. Mais après le 2° verre de rosé  je compris que ce breuvage n’était sûrement pas une  boisson très connue à Tenochtitlan.  Peu à peu le vin lui montait à la tête, et semblait la libérer.  Son ton de voix était plus chaud encore.

 

– Tu sais Stéphanie je n’ai pas choisi Raphaël,  c’est lui qui m’a choisi.  C’est dans le pacte,  je ne peux pas faire autrement.  Je suis obligé de lui être fidèle et c’est lui qui doit me rejeter. 

 

Aztésia   s’il te plait,  tu n’es  pas habitué au vin, tu devrais t’arrêter de boire, tu vas te rendre malade !

 

–  Ça ce n’est pas dans le pacte, Xauqui, la déesse de la lune et des ténèbres n’a pas parlé de ça, alors je peux boire !

Stéphanie ne comprenait pas grand-chose à cette histoire de pacte et de dieu des Aztèques, mais elle comprit qu’elle devait s’éclipser. Une chose semblait l’intriguer quand même un peu,  jamais auparavant je ne lui avais parlé d’Aztésia.

 

Aztésia n’était pas la seule à ne pas  être habituée au vin, peu à peu  je sentais  le feu du désir  envahir tout mon être.  J’avais maintenant éteint la lumière et par la petite fenêtre donnant sur les toits,  seule la lune illuminait nos visages.   Je fixais  Aztésia  qui me souriait.  Dans ses grands yeux  noirs  des milliers d’étoiles semblaient se refléter.  Son regard se faisait plus intense, plus mystérieux et ajoutait encore à sa sensualité naturelle. Elle dégagea ses épaules, et d’une petite ondulation,  elle fit glisser sa minuscule robe noire.  Puis la belle s’allongea près de moi. Ses formes semblaient plus épanouies encore, plus fascinantes. Sa peau cuivrée agissait comme un sortilège d’amour, et je ne pus y résister. Ma main caressa sa joue, puis mes doigts se laissèrent entrainer vers son ensorcelante poitrine. Aztésia prononça quelques mots.  Sa voix chaude,  envoutante, agrémenté d’une pointe d’épice (sûrement le vin)  eu  sur moi l’effet d’un aphrodisiaque. 

 

– tu veux m’aimer ?

 

En un instant les deux  corps ne firent plus qu’un.  Tel l’uranium enrichi en manque d’eau, la fusion ne se fit pas attendre. Aztésia pouvait enfin ressentir ce que l’autre femme sur le tapis avait dû ressentir.  Elle savait qu’une malédiction s’abattrait sur  Raphaël,  mais elle chassa  bien vite ces pensés obsédantes de ses pensées.

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