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Michel ZORDAN présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.

14 Nov

La princesse de bronze

Publié par Michel Zordan  - Catégories :  #Un auteur du Sud Ouest

la princesse de bronzeAuteur Michel Zordan - Extrait : En repartant vers l’avant   le sergent  Stéphane  Villard   intervertit la position des SOA.  La mienne se trouvait maintenant derrière celle de Charlyne Larrieu. Le  visage en totale décomposition, la journaliste semblait ailleurs. Dans ces moments le mieux était encore de parler, et de parler encore. Il ne fallait en aucun cas laisser  place à la peur.  

 

– Tout va aller pour le mieux,  vous aurez un article fantastique à écrire.  Sur la place de Paris, pas un seul journaliste n’aura vécu une telle expérience.  À partir de maintenant  vous n’êtes plus une simple journaliste, vous êtes grand reporter.  

 

Je vis avec bonheur un petit sourire éclairer son visage,   puis nous sentîmes que l’avion prenait un virage très serré. Nous avions du mal à nous maintenir debout.  J’aperçus la lumière rouge s’allumer,   et  le sergent  Stéphane Villard  revenir précipitamment vers nous, suivi d’un autre soldat, le caporal Smith.    

 

– Bon, vous ne pouvez pas échapper au largage,  c’est plus prudent. La zone est déserte,  vous ne risquez absolument rien.  Je vais ouvrir la porte,  le caporal  va prendre position. Lorsque la sirène retentira, le feu passera au vert et  il sautera  en premier.  Lemer,  faites exactement comme je vous l’ai demandé et tout se passera pour le mieux.  Ah oui,  au moment du largage nous serons à environ cinq cents mètres d’altitude,  et il n’y pas de vent.  Un petit truc,  dès que le parachute sera ouvert vous compterez jusqu’à dix. Moins de cinq secondes plus tard vous serez au sol.  N’oubliez surtout pas, dès que le parachute sera ouvert, prenez la position pour la réception au sol : jambes fléchies, pieds au même niveau,   tout en souplesse. En touchant le sol, aucune résistance, laissez-vous aller en roulé-boulé.

 

J’eus l’impression que Charlyne Larrieu  allait défaillir,  mais elle réussit à se reprendre et à prononcer quelques mots. 

 

–  Raphaël,  restez derrière moi…..

 

Elle n’eut pas le temps de poursuivre,   le sergent  Stéphane Villard   venait d’ouvrir  la porte latérale,  le bruit était assourdissant. Sans attendre  le caporal Smith prit position en croix face à l’ouverture.  À ma montre il était  vingt-deux heures vingt-sept.  Puis très rapidement la sirène retentit et le feu passa au vert.  Le « GO » me surprit et tout se passa alors très, très vite. Devant moi je n’avais même pas vu disparaître le caporal. Lorsque la  main du sergent accrocha mon épaule, je n’entendis même pas le « GO ».  Sans même réfléchir je poussai Charlyne vers l’avant et nous fûmes aspirés par le vide.  Je la lâchai immédiatement et ce fut ensuite le choc qui me donna l’impression de reprendre de l’altitude. La lune en était à son premier quartier et la nuit très claire.  En un instant, l’espace se remplit d’une quinzaine  de grosses bulles, légèrement ballottées.  J’aperçus  l’avion poursuivre sa route sur ma droite, et juste au-dessous de moi, un peu à gauche,  la voilure de Charlyne. Elle descendait sans la moindre difficulté.  La sensation était extraordinaire, le vide était total,  pas un bruit ne me parvenait.  J’avais l’impression de me trouver dans une sphère étanche.  Je n’avais pas pensé à compter jusqu’à dix  et lorsque j’aperçus une masse sombre monter vers moi, il était déjà trop tard.  Comme l’avait conseillé le sergent  Stéphane Villard, je me laissai fléchir et partis en roulé-boulé.  Je restais trois à quatre secondes allongé sur le sol, tout semblait aller pour le mieux.  Je me relevai, mais déjà une ombre apparaissait  à mes côtés. 

 

– Défaites rapidement le harnais, ramassez votre voile et suivez-moi !

 

Je défis les sangles sans trop de mal,  mais je laissai le tout sur place et allai m’inquiéter de Charlyne Larrieu.  Je la retrouvai à quelque cinquante mètres. Elle était debout, encore toute tremblotante d’émotion et je l’aidai à se défaire de son harnais.

 

– Alors Madame le grand reporter,  quel effet vous fait ce premier saut de nuit ?

 

– C’était fantastique, mais la descente n’a pas duré assez longtemps.  Je n’en reviens pas d’être là,  entière.  Le seul hic est que j’ai oublié mon sac à dos dans l’avion. 

 

– Je vais vous aider à ramasser la voile, ensuite nous récupérerons  la mienne. 

 

Je regardai à nouveau ma montre, il ne s’était pas écoulé plus de cinq minutes depuis que nous avions quitté l’avion.  Petit à petit le froid commençait à nous mordre la peau du  visage et  des mains. Lorsque nous retournâmes auprès de mon parachute, un homme des forces spéciales l’avait déjà ramassé.  Il nous fit signe de le suivre rapidement. Je plaçai mon sac à dos sur mes épaules, et après deux à trois cents mètres de marche dans le sable, nous arrivâmes au point de rassemblement.  Tout le monde était indemne,  sauf le caporal Smith  qui présentait une petite foulure au pied gauche.  Sa cheville était déjà bandée, il ne semblait pas trop souffrir.   Grâce à  une lampe  torche le lieutenant Alvira nous indiqua notre position, et le point que nous devions rallier.   Sans nous indiquer la région, ni même  le pays dans lequel nous étions.

 

 

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Michel ZORDAN présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.