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Michel ZORDAN présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.

27 Jul

la Mésopotamie, et Babylone

Publié par Michel Zordan  - Catégories :  #Un auteur du Sud Ouest

paysage neige1Les Prémices - série les exilés de L'Arcange - Auteur Michel ZORDAN   ISBN 978-2-9532863-2-8   En savoir plus sur www.unauteur.com

 

Arrivés au sommet de la côte de Pellegrin, la neige recommença à tomber très fort, et les pas d’Amandine se firent de plus en plus pesants. Bonnet sur les oreilles et écharpe rabattue devant son visage, seuls ses yeux bleus étaient visibles. Je la sentais épuisée, mais elle ne se plaignait pas. Je me demandai alors si nous ne devions pas rebrousser chemin.

Et puis non, ce n’était pas quelques flocons qui allaient nous arrêter. Je pris sa main gantée dans la mienne et… C’est alors que nous entendîmes un bruit de grelots. A quelques deux ou trois cents mètres, une forme encore  brouillonne tirée par un attelage avançait vers nous. 

 

  Tu crois que c’est le père Noël ? Il est bien en retard, ou alors il a oublié quelqu’un !

Si ma blondinette trouvait la force de plaisanter, c’est que tout n’allait pas si mal.

 

  On dirait plutôt des Zingari,  ils ne doivent pas avoir très chaud !

 

– C’est quoi des Zingari ?

 

  Des bohémiens !

 

Arrivée à notre hauteur, la roulotte stoppa. L’homme qui guidait les mules nous interpella. Il était chaudement vêtu d’un grand manteau en peau de mouton, et coiffé d’un lourd chapeau foncé. Une longue et fine moustache lui barrait le visage.

 

– Alors les enfants, vous êtes bien courageux d’affronter cette neige ! Nous passons par le bourg, vous voulez faire le chemin avec nous ?

 

Avec Amandine, nous échangeâmes un regard assez étonné. Il passait assez régulièrement des bohémiens sur les routes, ils venaient même de temps à autre dans les fermes, proposer de rempailler les chaises, d’étamer les chaudrons ou même quémander un peu de vin. Jamais très appréciés, on les incriminait de tous les maux. Lorsqu’un poulailler, un clapier, ou même un jardin  étaient visités, on les prenait toujours dans la ligne de mire. Le plus surprenant était de les voir circuler en plein hiver, alors que la neige tombait. 

Devant notre hésitation,  l’homme réitéra son invitation.

 

– Allez venez, n’ayez pas peur, on ne va pas vous enlever !  Nous en avons déjà trois, le compte y est. Et puis il fait chaud à l’intérieur ! 

 

C’est à cet instant que nous aperçûmes au coin de l’épais rideau vert qui protégeait l’intérieur de la roulotte trois petites frimousses qui nous épiaient. Cette vision nous rassura et nous montâmes sans attendre.

 

L’homme nous fit entrer et une bonne chaleur nous accueillit. L’attelage repartit aussitôt. Tout au fond nous aperçûmes un poêle, et à côté se tenait une femme d’environ une trentaine d’années, occupée à repriser. Habillée de vêtements assez colorés et coiffée d’un foulard, elle nous sourit.

 

– Bonjour madame, il fait très bon chez vous !

 

Elle nous invita à nous asseoir sur des tabourets. Allongés sur des peaux de moutons à même le plancher, les trois enfants nous observaient avec étonnement et curiosité,  ils semblaient ravis que nous ayons accepté de les rejoindre. Le plus âgé, un garçon, ne devait pas avoir plus de six ans. 

 

– Mes pauvres petits ! Vos parents sont bien inconscients de vous envoyer à l’école par ce temps.

Non, eux ne voulaient pas que nous partions, c’est nous qui avons insisté. La neige, c’est magique ; l’école, c’est juste un prétexte. 

 

Nous parlâmes de chose et d’autre, nous apprîmes qu’ils arrivaient de Nérac et qu’ils allaient à Vic-Fezensac rejoindre d’autres gitans.  

 

– Il y a eu des vols de poules, alors les gendarmes nous ont chassés. Mais nous avons l’habitude. Toi non plus mon petit, tu n’es pas d’ici, d’où viens-tu ?

Je ne compris pas comment elle avait pu deviner, sûrement mon léger accent. J’expliquai  alors  que ma famille et moi étions des italiens exilés et, sans trop en révéler, je donnai quelques détails. 

 

  Donne-moi ta main,  je vais lire ton avenir !

 

Comme j’hésitai, la femme réitéra son offre et sans trop comprendre pourquoi, j’accédai à sa demande.

 

– Tes lignes en disent bien plus long que ce que tu as pu raconter, mais je te comprends. Ce ne sont pas ceux qui souffrent le plus, qui se plaignent le plus. Je peux t’affirmer que ta vie sera très « dense », mais également très longue. Tu marcheras sur des terres lointaines, très lointaines. C’est toujours toi qui feras le choix de tes destinations, mais c’est toujours le destin qui t’imposera de partir.  Quoi qu’il t’arrive, tu parviendras toujours à vaincre l’adversité,  tu es de ceux qui ne renoncent jamais.

 

Elle fit quelques autres vagues prédictions, puis elle s’adressa à ma blondinette.

 

  C’est ton tour ma petite, donne ta main.

 

La bohémienne fixa sa paume, tenta de déchiffrer quelques signes, mais abandonna assez rapidement. Je ne le montrai pas, mais je fus un peu surpris qu’elle renonce aussi vite.

 

– Tu es trop jeune, tes lignes ne sont pas encore assez bien dessinées, ce sera pour une prochaine fois. 

 

Après l’église et le pont, juste avant la place ronde, l’attelage s’arrêta. Nous remerciâmes le couple et après un salut aux enfants, nous partîmes vers l’école. En nous retournant, nous pouvions apercevoir trois têtes brunes qui dépassaient du rideau vert.

Avant d’entrer dans la cour, je surpris Amandine ronchonnant et fixant la paume de ses mains. 

 

– Trop jeune, trop jeune, j’ai presque le même âge que toi ! Moi, je crois tout simplement que c’est une embrouilleuse de bonne aventure et qu’elle n’y connait rien. Tout ce qu’elle a dit sur toi n’est qu’inventions.

 

Nous n’étions pas plus d’une dizaine à avoir affronté le froid, et monsieur et madame Sourtis nous installèrent tous dans la même classe, à proximité du poêle. À plusieurs reprises je pus observer Amandine occupée à examiner ses mains. Sa question était à coup sûr : qu’est-ce que la bohémienne n’avait pas voulu dévoiler ? Ou, qu’avait-elle bien pu découvrir ?

 

Ma blondinette raconta à l’instituteur notre rencontre du matin, et monsieur Sourtis en profita pour nous faire un cours sur les origines supposées de ce ou même de ces peuples, tziganes et autres… Il nous parla d’Egypte, de Mésopotamie, et de plusieurs autres pays, dont l’Inde. Au fil des siècles, poussés par de multiples invasions, ces exilés s’étaient vraisemblablement dispersés un peu partout en Europe. Rapidement j’en déduisis que personne ne savait avec précision d’où venaient ces gens et les raisons qui les poussaient à ne jamais s’installer définitivement.  

 

L’instituteur en profita également pour nous parler de la Mésopotamie, et de Babylone, berceau d’une civilisation antique disparue, aujourd’hui région d’Irak, et située entre deux fleuves, le Tigre et l’Euphrate.

 

L’après-midi, monsieur Sourtis nous libéra dès trois heures. 


Arrivés au bas de la côte de Pellegrin, nous aperçûmes des traces fraîches de pattes sur la neige. Elles  se dirigeaient vers les prairies qui longeaient le ruisseau. 

 

– Tu crois que c’est un loup ?

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