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Michel ZORDAN présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.

27 Aug

La louve de Vianne - épisode 5 (redif)

Publié par Michel Zordan  - Catégories :  #la louve de Vianne

la louve de Vianne-2Nous sommes le 15 décembre 1275. Après une partie de la nuit passée avec Nicelle au moulin de Riot, je me levais très tôt. Mon idée, appâter la louve, pour la rendre vulnérable.

 

Contes et légendes ? Dans ce récit fiction et histoire se mêlent et s’entremêle…

Pour communiquer avec Gauthier : gauthier.valdemar@laposte.net

 

Prête à mettre bas la bête avait du mal à chasser. En installant quelques viandes bien choisis, elle prendrait ses habitudes. Après quelques jours, il me suffirait de me poster, de l’attendre et de l’occire avec une flèche. Ce matin pour nourrir mes chiens, je disposai de quelques poulardes. Voilà qui devrait faire l’affaire. Je retournai le long du rut à l’endroit même où j’avais pu observer la fuite de la louve. J’y installais, accroché dans les branches basses, une poularde, morte, mais en plume.
Au retour je rendis visite à Manguia la guérisseuse, surla route de Lasmazères. Voyou y était toujours.

– Le bonjour Manguia, comment va mon brave Voyou ?

– Le bonjour Gauthier. Ton chien va mieux, je pense qu’il s’en sortira, mais je dois le garder encore quelques jours. Va le voir, je l’ai installé avec la vache, ils ont l’air de bien s’entendre.

Dès qu’il me vit, Voyou émis quelques gémissements, et tenta même de se relever.

 

– Tout doux mon chien, tout doux. Alors Voyou… elle t’a pas manqué la sale bête. Mais tu verras, dès que tu auras retrouvé la santé, nous la retrouverons et cette fois, elle ne pourra pas se débiner et c’est nous qui serons vainqueurs.

Après quelques caresses, je retournai dans l’antre de Manguia. Je la sentis soucieuse. Elle qui d’habitude abordait les sujets, même les plus difficiles sans détour, n’arrivait pas à trouver ses mots.

– Gauthier, cette louve que Nicelle a aperçue hier… je… je voudrais en parler avec toi. Elle n’est pas venue ici par hasard. Je voulais dire que… qu’il n’y en a jamais eu par ici. Cette louve, enfin… c’est difficile à dire pour moi, mais je suis certaine que tu me comprends.

Non, je n’arrivais pas à vraiment à comprendre, ce que Manguia voulait me faire comprendre.

– Manguia, des loups il y en a pas très loin de chez nous en Périgord. Peut-être que celui-ci s’est égarée ici. Mon travail est de le retrouver et de l’occire.

– Non Gauthier, cette louve ne s’est pas égaré par ici, je ne sais pas encore pourquoi elle est là, mais elle n’est pas venue par hasard. Surtout, tu ne diras rien de notre conversation à quiconque, promets-moi !

Manguia était encore plus énigmatique qu’à son habitude.

– Tu me connais Manguia, tu peux me parler sans crainte.

– Tu les sais, nous les guérisseuses, nous avons une réputation assez néfaste. Les gens croient que nous sommes des sorcières, seulement parce que nous arrivons à soigner les êtres vivants. Ils pensent que si nos pouvoirs sont surnaturels, c’est que nous avons vendu notre âme au diable, à Satan en personne. Bien sur, quelque fois on en fait un peu trop, mais ce sont les gens qui veulent ça. Pour eux tout ce qu’ils ne comprennent pas se rapporte à de la diablerie. Le pire est que tous ceux qui ont un semblant de pouvoir, ou même un peu de savoir vont dans le même sens. Ils ne comprennent pas non plus, ils sont jaloux de nos connaissances, alors ils accusent. Or il n’en est rien, j’utilise des extraits de plantes, des insectes, parfois mêmes des abats d’animaux. Après, tout n’est question que de formules que ma mère m’a transmises, et que sa mère lui avait transmises. Aucune sorcellerie dans tout ça, aucun pacte avec lucifer. Juste des formules, comme le talmelier fait sa pâte avant de cuire son pain. On trouve normal que le pain gonfle sous l’effet de la levure et de la chaleur. Mais on trouve anormal que la plaie guérisse sous l’effet d’une médication.

– Manguia, je sais tout ça, mais quel rapport avec la louve ?

– Les loups, la louve, sont comme moi, nous engendrons les mêmes peurs. Ne dit-ont pas que la bête noire, est la réincarnation du diable, qu’elle détient des pouvoirs maléfique, capable de sortilèges. Pire encore dans notre coin de Gascogne, puisque assez rare. Les légendes et les rumeurs, précédent l’animal, l’entoure de mystères relayés par ceux qui affirment détenir le savoir, amplifiant les croyances populaires. Je suis persuadé qu’à la prochaine messe le père Anselme, va faire son homélie sur la bête noire. Il va parler de cataclysme s’abattant sur notre terre. Je suis même persuadé qu’en ce moment il est déjà à Montgaillard à t’attendre. Discutant avec Jourdain de l'Isle afin que tu rassembles des gens pour organiser une grande battue. Il ne faut pas, il ne faut surtout pas. Cette louve ne doit pas mourir, mais il n’y a que toi qui puisse le dire, moi je serai bonne pour le bûcher. Tu dois absolument trouver une solution.

– Manguia, Jourdain est parti ce matin même pour ses terres de Gontaud. Mais que sais-tu de cette louve, d’après toi pourquoi est-elle venue par ici ?

– Gauthier, les louves vivent en meute, ou avec un mâle, jamais seule. S’il y avait une meute par ici, elle ne serait pas passé inaperçue. S’il y avait un mâle, c’est lui qu’on aurait aperçu chassant pour sa femelle prête à mettre bas. Or la louve qui chasse semble être seule, et c’est la première fois qu’elle se montre. Elle n’est pas ici pas hasard, et l’erreur serait de l’occire. Gauthier, j’ai sauver ton chien, et j’en sauverai d’autres, alors tu te dois de la sauver, elle, la louve.

– Manguia, je sais que tu ne m’as pas tout dit, mais je te comprends. Pour le moment, j’ai appâté la louve, après quelques jours je prendrai l’affût. Je veux la voir, être bien certain que c’est une louve, après j’aviserai.

Manguia avait bien vu, à mon arrivée au château de Montgaillard, j’aperçu un âne dans la cour, la monture du père Anselme. Je constatai que son pelage présentait de larges plaques purulentes. Le religieux m’attendait assis sur un banc devant la chapelle. Il entra immédiatement dans le vif du sujet.

Pour le Père Anselme c’était une évidence, si la louve apparaissait chez nous, c’est que le Seigneur nous mettait à l’épreuve. Il alla même jusqu’à suggérer que c’était à cause du comportement de certains. Parmi ces « certains » moi, à cause de mon comportement quelque peu libertin et de mes fréquentations pas toujours bien avisées. Mais aussi à cause de Jourdain de l’Isle, le nouveau seigneur de Montgaillard, depuis que sa tante Vianne de Gontaut-Biron lui avait légué tous ses biens.

Jourdain de l’Isle était mon ainé d’un an. Souvent présent dans sa prime jeunesse, chez sa tante Vianne au château de Montgaillard, nous nous connaissions très bien. Mais notre entente n’était pas vraiment cordiale. L’homme était retord, filou, et même violent. Il était jaloux de moi, ne comprenant pas les privilèges que m’accordait la Dame de Montgaillard. Son comportement envers les femmes était à l’opposé du mien. Ma méthode était de séduire, la sienne de s’imposer. C’était Vianne de Gontaut-Biron qui avait ordonné ma présence au château, Dans le contrat du legs, spécifié en toutes lettres, me revenait la charge de lieutenant de Louveterie. Obligations étaient faites au seigneur de Montgaillard de pourvoir aux frais occasionnés par cette dite charge.

– Gauthier, tu as provoqué le Seigneur, il te met à l’épreuve, tu ne dois pas le décevoir.
– Père Anselme, je puis vous assurer que je suis un fervent chrétien. Tout ce qui se raconte sur mon compte, n’est que le fait de jaloux et d’envieux. Je respecte les autres plus que moi-même, et je prie le Seigneur pour qu’il m’accorde force et courage. Je puis vous assurer que chaque fois que je fais face à sus scrofa scrofa, c’est Dieu Tout Puissant qui guide mes gestes.

– Un fervent chrétien peut-être, mais on pourrait parfois en douter, tes actes et tes fréquentations ne sont pas toujours de bons alois. Tout ce qui peut arriver à mes oreilles est peut-être le fait de jaloux et d’envieux. Mais tout n’est peut-être pas faux pour autant. N’oublie pas que je suis le prêtre et que j’entends les confessions. C’est vrai que tu obtiens beaucoup par la flatterie, ce n’est malheureusement pas le cas de tous. Mais n’entrons pas plus dans les détails. Mon fils, Vianne de Gontaut-Biron est une femme admirable, très pieuse, très charitable, mais également très clairvoyante. Et si elle a exigé pour toi la charge de lieutenant de Louveterie, c’est qu’elle a une grande confiance en ta personne. Gauthier, tu ne dois pas la décevoir, cette bête maléfique à des accointances avec le diable. Tu dois rapidement organiser une battue et l’occire. Je ne serai pas étonné que Manguia y soit pour quelque chose, cette femme est capable de tout. Je sais que tu fais appel à ses services, et qu’elle soigne tes chiens. Le dernier que tu lui as confié était à l’article de la mort, et d’après mes informations il serait revenu à la vie. Elle a sans aucun doute imploré le diable, seules les sorcières sont capables d’un tel acte.

– Mon père, pour Voyou, aucun organe vital n’avait été touché, Manguia l’a juste recousu et soigné avec une médication à base de plantes. Je vous assure qu’il n’y a aucune diablerie dans tout ça. Pour ce qui est d’organiser une battue c’est prématurée. Nous devons d’abord être certains que nous avons bien à faire à une louve. Imaginons qu’il s’agisse d’un simple chien errant, nous serions la cible de quolibets à ne plus savoir qu’en faire. Non, j’ai un autre plan, et je veux d’abord être certain que la louve est bien une louve. Après, j’aviserai.

Le Père Anselme semblait contrarié, contrarié par ma vision de la situation. Je pense également qu’il n’admettait que du haut de mes dix huit ans, je puisse lui tenir tête et avoir une opinion différente de la sienne. La chasse c’était mon affaire, Dieu, la sienne. Le religieux ne prononça plus un mot, il se leva et se dirigea vers son âne.

– Mon père, j’ai remarqué en arrivant que votre monture présentait des infections sur le pelage. Je pourrai peut-être demander à Manguia une médication pour les soigner. Rassurez-vous, je n’en soufflerais mot à personne !

En guise de réponse le Père Anselme me jeta un regard froid, désapprobateur. Je n’aurai peut-être pas dû le taquiner avec une affaire de diablerie. Vianne de Gontaut-Biron, était certes une protection de choix, mais je ne devais dépasser certaines limites. Et puis il y avait Manguia, le père Anselme pourrait s’attaquer à elle. N’empêche que son âne n’était pas en bonne santé.

Le lendemain aux aurores, accompagné de Vaillance, nous retournions discrètement à l’endroit même ou j’avais laissé la poularde, espérant appâter la louve. La volaille avait disparu. Immédiatement Vaillance prit le pied, mais rapidement je compris que ce n’était pas l’œuvre d’une louve, mais d’un renard. Un goupil traînait donc dans les environs, et si je remettais un appât au même endroit, il n’hésiterait à le subtiliser de nouveau. Voilà une situation qui allait me donner l’occasion de faire plaisir au père Anselme. J’allais organiser une chasse, mais seuls avec ma meute. Non pas pour traquer et occire la louve, mais un renard. Ni le religieux, ni même quiconque à part moi et les chiens ne le sauraient. De retour sur les lieux avec la meute, Ripaille, et Bastienne ne mirent pas de temps pour relever le pied, et ils commencèrent à donner de la voix. Sans hésiter, je lâchais toute la meute. Rapidement elle se rallia et une belle et retentissante musique s’éleva sur la rive gauche de la Baïse. On devait nous entendre jusqu’à Nérac. Gascogne et moi suivions la chasse à l’arrière. Ça montait très vite le long le ru de Laribot, en direction des collines. Puis en abordant une grosse haie, les chiens se calmèrent, leurs cris se firent moins forts. Diable et quatre autres chiens, franchisèrent les buissons. Puis la voix de Diable se fit entendre, c’était le signal, le goupilétait débusquer. La courre pouvait commencer. Le renard n’avait que cent pas d’avance, les chiens chassaient à vue, la musique devint fracassante, assourdissante. La traque durait, mais au son de la voix des chiens, je savais que la fin était proche. Au grand galop je remontai la chasse. J’arrivai juste à l’instant au diable coiffait le goupil, lui cassant d’un coup de mâchoires les vertèbres cervicales.

Après la curée, retour au château. À peine avais-je dessellé Gascogne que Flore apparaissait. Flore était une chambrière, reconvertie depuis le départ de Vianne de Gontaut-Biron comme domestique à tout faire. Très belle femme, mariée à un arpenteur, Flore était âgée de vingt-cinq ans. Elle et moi avions-eu une petite aventure, ma première aventure. Son arpenteur de mari étant toujours par monts et par vaux, nous nous étions par hasard retrouvés dans la même couche. Informée de la chose, la dame de Montgaillard avait mis le holà. Mais depuis qu’elle avait quitté le château…

– Gaultier, un messager est arrivé du couvent des Dominicains. Dame Vianne veut absolument te voir, il te faut aller là-bas.

– Tiens donc, il ne t’a pas donné la raison ?

– Non, juste que tu devais te hâter.

– Prépare-moi à manger ! Je m’occupe de Gascogne et des chiens, je partirais après m’être restauré.

J’étais persuadé que la confrontation d’hier avec le père Anselme avait été rapportée à Vianne de Gontaut-Biron. Le religieux n’avait sûrement pas apprécié mon effronterie. Il n’avait pas perdu de temps. Après tout, un petit voyage près de Condom ne me ferait pas de mal, je n’avais pas vu ma mère depuis presque trois mois.

Je quittais Montgaillard à la mi-journée. Presque huit lieux à parcourir, je ne serais pas au couvent avant le milieu de la nuit. J’aurai pu pousser Gascogne, mais à quoi bon, je n’étais pas pressé.

Pour communiquer avec Gauthier : gauthier.valdemar@laposte.net

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