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Michel ZORDAN présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.

08 Jan

L'insolence du sort

Publié par Michel Zordan  - Catégories :  #Édition ; culture ; littérature ; livre ; lecture ; écrivain ; critiques ; roman ; salon du livre ; Michel Zordan ; romans de terroir ; libraires ; librairie ; écriture ; prix littéraires

L'insolence du sortAuteur Michel Zordan - Extrait : Cette fois, c’en était trop. Papa se leva d’un bond. La femme lui ordonna de se rasseoir mais il resta debout, à quelques centimètres seulement de l’arme, et se mit à parler d’un ton calme. Ce qu’il avait à dire méritait la clarté.

 

– Allez-y, tirez ! Allez-y ! Ce n’est pas facile de tuer de sang-froid… J’en sais quelque chose… mais parfois on n’a pas le choix… Alors…

 

Ces quelques paroles firent leur effet ; petit à petit le canon de l’arme se détourna.

 

– Écoutez madame… je ne sais pas votre nom mais, à part raconter des idioties, vous savez faire quoi ? Ils servent à quoi vos mouvements antifascistes ? S’ils étaient plus efficaces, vous sauriez beaucoup plus de choses sur moi et sur ma famille. Vous sauriez, par exemple, comment ces salopards ont assassiné mes parents et la mère de mes enfants. Vous sauriez aussi comment ces mêmes salopards de fascistes sont parvenus à nous retrouver, ici, et comment ma fille est restée entre la vie et la mort durant plusieurs jours. Ils avaient prévu de nous tuer tous les trois,  mais c’est Mariéta qui a tout pris. Je ne fais pas partie d’un mouvement antifasciste parce que ma famille a assez donné. C’est vrai que nous sommes restés à l’écart de nos compatriotes. En venant ici, nous voulions seulement vivre en paix, je devais bien ça à mes enfants. Nous pensions être assez loin mais nous nous trompions.

 

D’abord, les fascistes et, comme si ce n’était pas assez, les antifascistes s’en mêlent ! Nous savons que les deux voyous responsables de nos malheurs, Armando Coligneri et Marco Landini, ont été exécutés. C’est très bien comme ça et j’espère que ça suffira.

 

La femme et l’homme semblaient convaincus par les révélations de papa. Peut-être même un peu trop vite.

La femme expliqua qu’ils avaient entendu parler de ces deux exécutions ; ils étaient certains que c’était l’œuvre de règlements de comptes internes au mouvement fasciste.

 

Ce jour-là, Mariéta et moi apprîmes ce que nous soupçonnions déjà, que nos grands-parents et notre maman avaient été assassinés par les fascistes.

 

– Mais votre maison de Mezano, vendu trois fois son prix à des fascistes ? Et ce passe-droit pour quitter rapidement l’Italie ? Les fascistes dans la petite gare de Vallecrosia ? L’arrêt n’était pas prévu !

 

Papa prit son temps avant d’amorcer la réponse.

 

– Le commissaire Mario Estellio est un fasciste mais il m’a avoué avoir pris sa carte pour faire carrière. Enfin c’était ce qu’il prétendait.  Il n’appréciait pas les exactions des fanatiques du mouvement et il n’était pas le seul. Après l’assassinat de mes parents et de ma femme, il s’est occupé de l’enquête. Lui et ses amis ont découvert qu’Armando Coligneri était bien le responsable. Ensuite, le commissaire et ses amis sont sans doute allés un peu trop loin ; ils ne voulaient pas d’un témoin qui pouvait devenir gênant. Alors ils se sont arrangés pour nous faire rapidement quitter l’Italie. Mais ils ne voulaient pas non plus que nous soyons tentés de revenir et ils m’ont proposé d’acheter la maison. J’avoue que j’ai profité de la situation. Pour Mario Estellio, moins d’attaches en Italie, c’était moins de risques de retour au pays. Quelques millions de lires en plus, c’était peu cher payé. Et puis, en me faisant partir, ils me désignaient comme le coupable idéal. Marco Landini est d’ailleurs tombé dans le panneau.

En ce qui concerne votre arrestation avant la frontière, nous n’y sommes absolument pour rien. Je vous avais effectivement repérés et je pensais que vous étiez des agents chargés de vérifier que nous quittions bien le territoire italien.

Voilà, Madame la militante, vous savez à peu près tout, alors allez vous battre ailleurs. Vous avez beaucoup de travail, les salauds sont partout. Partez et laissez-nous vivre en paix. Mes enfants ont bien mérité ça…

La femme ouvrit la bouche pour ajouter un mot mais papa lui fit signe que c’était fini, qu’il fallait qu’ils nous laissent… L’homme et la femme n’insistèrent pas. Dehors, l’automobile quitta rapidement l’avenue. Une autre arriva presque aussitôt, celle du chef Laterre.

 

 

Lorsque nous l’avions laissé sur le bord de la route, Patou avait compris qu’il se passait des choses anormales et, comme je le lui avais demandé, il était allé chez Antoinette. En le voyant arriver seul, notre amie était partie au château pour avertir la gendarmerie.

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