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Michel ZORDAN présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.

22 Dec

L'insolence du sort

Publié par Michel Zordan  - Catégories :  #Un auteur du Sud Ouest

l'insolence du sort-numérique1Auteur Michel Zordan - Extrait : Pour moi, il n’y avait plus aucun doute : nous étions entre les mains des antifascistes, mais je ne comprenais pas très bien pourquoi ils s’en prenaient à nous alors que nous étions des victimes. Un grand nombre d’immigrés italiens s’était réfugié dans la région et nous avions appris que certains militaient dans des mouvements antifascistes. Depuis notre arrivée en France, quelques compatriotes avaient tenté des contacts vers nous mais papa n’avait jamais donné suite. Beaucoup avaient encore de la famille en Italie, avec laquelle ils communiquaient régulièrement, et il préférait que nous restions discrets.

 

Notre père ne put s’empêcher de se lever décidé à prendre la parole.

 

– Asseyez-vous et taisez-vous, Montazini ! Je n’ai pas fini !

 

Moi, j’ai eu de la chance, des amis m’ont fait évader. Les fascistes vous ont beaucoup aidé pour venir en France, beaucoup trop. Ils ont acheté votre maison trois fois son prix. En plus d’un travail, vous avez obtenu l’autorisation d’immigration en un temps record. Il était tout à fait normal qu’ils vous demandent une contrepartie. Nous voulons savoir comment vous vous y prenez pour dénoncer nos compatriotes. Nous savons qu’en mai de l’année dernière, vous avez entrepris un voyage jusqu’à la frontière, du côté de Nice. Nous voulons aussi savoir le rôle exact que joue le commissaire Mario Estellio.

 

Papa fulminait. Intérieurement, il bouillait mais il savait que la femme, dans sa surexcitation, pouvait tirer. Plus elle parlait et plus la colère envahissait notre père, mais il devait la laisser vider son sac.

 

– Émilio Montazini, je vais vous apprendre une nouvelle mauvaise pour vous mais excellente pour nous. Depuis quelques mois, un grand nombre de mouvements antifascistes ont entrepris une convergence. Ce n’est pas encore un regroupement général mais c’est un début. C’est grâce à cela que nous vous avons découvert. Vous avez commis une petite erreur, l’article dans le journal en juillet dernier. C’est très bien d’apprendre le français, mais cette petite faiblesse vous a perdu. Quelques jours après la parution du journal, des amis à nous sont venus au bourg de Floréal et ils ont réussi à obtenir des informations. Vous n’avez pas que des amis par ici.

 

Cette fois, c’en était trop. Papa se leva d’un bond. La femme lui ordonna de se rasseoir mais il resta debout, à quelques centimètres seulement de l’arme, et se mit à parler d’un ton calme. Ce qu’il avait à dire méritait la clarté.

 

– Allez-y, tirez ! Allez-y ! Ce n’est pas facile de tuer de sang-froid… J’en sais quelque chose… mais parfois on n’a pas le choix… Alors…

 

Ces quelques paroles firent leur effet ; petit à petit le canon de l’arme se détourna.

 

– Écoutez madame… je ne sais pas votre nom mais, à part raconter des idioties, vous savez faire quoi ? Ils servent à quoi vos mouvements antifascistes ? S’ils étaient plus efficaces, vous sauriez beaucoup plus de choses sur moi et sur ma famille. Vous sauriez, par exemple, comment ces salopards ont assassiné mes parents et la mère de mes enfants. Vous sauriez aussi comment ces mêmes salopards de fascistes sont parvenus à nous retrouver, ici, et comment ma fille est restée entre la vie et la mort durant plusieurs jours. Ils avaient prévu de nous tuer tous les trois,  mais c’est Mariéta qui a tout pris. Je ne fais pas partie d’un mouvement antifasciste parce que ma famille a assez donné. C’est vrai que nous sommes restés à l’écart de nos compatriotes. En venant ici, nous voulions seulement vivre en paix, je devais bien ça à mes enfants. Nous pensions être assez loin mais nous nous trompions.

 

D’abord, les fascistes et, comme si ce n’était pas assez, les antifascistes s’en mêlent ! Nous savons que les deux voyous responsables de nos malheurs, Armando Coligneri et Marco Landini, ont été exécutés. C’est très bien comme ça et j’espère que ça suffira.

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