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Michel ZORDAN présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.

07 Dec

L'insolence du sort

Publié par Michel Zordan  - Catégories :  #les exilés de l'arcange

l'insolence du sort-numérique1Auteur Michel Zordan - Extrait - Persécutée par des éléments fascistes, notre famille avait été contrainte de s’expatrier en France. Avec déchirement, nous avions laissé en Italie notre maman et nos grands parents, tous trois décédés tragiquement au cours de l’année 1929. Le 2 février 1930, avec papa et Mariéta, ma grande sœur, nous avions foulé pour la première fois le sol de France. Je n’étais alors âgé que de huit ans, et ma sœur de onze. Notre père avait obtenu un travail d’ouvrier agricole au château Tourne Pique, grande propriété située dans la petite bourgade de Floréal. À notre arrivée en Gascogne, nous avions été pris en charge par Aristide Clément Autun, capitaine dans l’armée. Celui-ci avait, quelques mois plus tôt, hérité de son oncle Isidore Clément, du château Tourne Pique, reconstruit au début du xixe siècle, et de ses sept métairies.

 

Situé dans le Gers, à trois kilomètres de Floréal, le château Tourne Pique était en réalité une grande maison bourgeoise de trois étages, flanquée d’une tourelle à chacune de ses extrémités. Dressé sur une colline, il dominait toute la campagne environnante. Haut lieu pour son Armagnac Ténarèze, fort prisé, le château Tourne Pique disposait de quatre-vingt-cinq hectares de vignes, répartis sur sept métairies. Afin de régler les droits de succession, et les quelques dettes que l’oncle Isidore avait également laissées en héritage, le capitaine fut obligé de se séparer de la ferme de L’Arcange.

 

Cette ferme se situait à deux kilomètres du château et à presque cinq kilomètres de Floréal. Six mois seulement après notre arrivée en Gascogne, grâce au pécule que nous avait rapporté la vente de la maison familiale de Mezano,

en Italie, notre famille avait pu l’acquérir. Le 3 août 1930, la famille Montazini, ma famille, emménageait à L’Arcange. Délaissée par l’ancien métayer, papa avait dû reprendre en main les vignes et toutes les autres terres. Mosaïque de pièces imbriquées les unes dans les autres, la bâtisse principale présentait une architecture assez hétéroclite. Les pièces avaient sans doute été ajoutées au fil du temps, peut-être à la faveur de rentrées d’argent ou en raison d’une naissance ou bien encore de besoins agricoles. En été comme en hiver, les sols en terre battue tempéraient la maison qui ne disposait, bien sûr, ni de l’électricité ni de l’eau courante. Les murs étaient un savant mélange de pierres, de torchis et de briques de terre rouge. Les toitures, exposées de façon anarchique, offraient une palette de couleurs chatoyantes patinées par le temps. Tout cela créait une atmosphère assez particulière et je pense que c’est ce qui m’avait immédiatement fait aimer cette maison. J’avais tout de suite été persuadé que cette valeureuse bâtisse recélait des secrets et des mystères enfouis depuis la nuit des temps. Les découvertes, faites après notre arrivée, étaient allées bien au-delà de tout ce que j’avais pu imaginer.

 

Cette acquisition n’avait pas été sans provoquer la vindicte de certains habitants de la région. Ils trouvaient la réussite soudaine de notre famille douteuse et ne voyaient pas d’un très bon œil la vente d’un petit bout de Gascogne à des immigrés italiens. Qui plus est, une ferme recélant des terres à Armagnac Ténarèze ! Heureusement, ils ne savaient pas tout.

Mais notre famille avait également apporté dans ses bagages de terribles secrets, bien trop lourds à porter. Vengeance, jalousie, bassesses, aucun tourment ne nous avait été épargné.

 

Maintenant, nous ne souhaitions qu’une chose : vivre en paix dans ce nouveau pays et dans notre nouvelle maison.

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