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Michel ZORDAN présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.

15 Nov

L'insolence du sort

Publié par Michel Zordan  - Catégories :  #les exilés de l'arcange

J’avais remarqué que Madame Éliette, l’épouse du capitaine, était arrivée et attendait près de sa Delage blanche. En réalité, tout le monde avait remarqué Madame Éliette. En toutes circonstances, toujours magnifiquement vêtue, elle ne passait pas inaperçue. Elle me faisait penser aux très belles dames qui ornaient les couvertures de magazines. Dès que papa et moi eûmes terminé, Madame Éliette nous fit un petit signe. Nous nous approchâmes et elle tendit la main à papa.

 

l'insolence du sort-numérique1Auteur Michel Zordan - Extrait : D’habitude, l’épouse du capitaine me gratifiait d’un petit « Bonjour Sylvio. » Mais, cette fois, elle me prit dans ses bras et déposa un baiser sur ma joue et sur mes cheveux. L’épouse du capitaine semblait très émue, son étreinte se faisait de plus en plus forte, comme pour s’assurer que j’étais bien là, bien réel. Quelque chose d’important avait dû se passer. Sans attendre, elle entra dans le vif du sujet.

 

– Monsieur Montazini, je crois savoir qui est la personne qui a enfermé Sylvio dans la cuve !

 

Il y avait bien longtemps que cette affaire n’avait plus été évoquée. Interrogatif, papa la dévisagea ; moi, j’avais beaucoup de mal à penser. L’épouse du capitaine ouvrit enfin ses bras mais garda ma main dans la sienne. Elle entreprit alors de raconter la découverte faite incidemment par Lisette. Madame Éliette expliqua qu’après avoir interrogé son fils, il n’y avait pour elle plus aucun doute. C’était bien le petit Édouard qui avait, le 1er octobre 1930, refermé la porte de la cuve sur moi. L’épouse du capitaine était consternée, elle me jetait sans cesse de brefs petits coups d’œil. J’avais l’impression que le fait de reparler de cette affaire lui faisait tout à coup prendre conscience qu’une terrible catastrophe avait été évitée de justesse.

 

– Mon petit Sylvio, je ne sais pas quoi faire pour m’excuser. Je suis véritablement désolée, je te demande pardon.

 

Papa essaya de relativiser la situation.

 

– Madame Éliette, Sylvio ne risquait pas grand-chose, avant d’entrer dans la cuve, il avait vérifié qu’elle ne contenait plus de gaz toxique.

 

Maintenant que je connaissais la vérité, je n’étais pas plus étonné que ça. J’avais souvent vu le petit Édouard traîner dans le chai, toujours prêt à tripoter les outils ou le matériel. Je l’avais également vu près des cuves et il pouvait effectivement avoir fermé la porte de celle dans laquelle je me trouvais. L’affaire s’était bien terminée et faisait maintenant partie du passé.

 

– C’est vrai Madame Éliette, il ne faut pas vous en faire. Vous savez, lorsque papa et Mariéta m’ont délivré, j’avais presque réussi à ressortir tout seul.

 

– Madame Éliette, en réalité, vous nous apportez une excellente nouvelle. C’est très rassurant d’apprendre que personne n’a essayé de piéger Sylvio dans la cuve. Je suis très soulagé.

 

 

Papa continua, en suggérant à Madame Éliette de ne pas ébruiter cette affaire. Il en informerait juste Mariéta. La famille saurait garder le secret. L’épouse du capitaine précisa qu’elle souhaitait prévenir rapidement le chef Yvan Laterre, responsable de la brigade de gendarmerie de Floréal. Papa insista pour l’accompagner. Je tins moi-même à être présent.

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