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Michel ZORDAN présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.

04 Mar

Le Dépendant de Paris - Les cahiers de mon père

Publié par Michel Zordan  - Catégories :  #Littérature, #roman, #Un auteur du Sud Ouest, #Michel Zordan, #les stylos-bille, #les belles années, #Les cahiers de mon père

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Collection les exilés de L'Arcange - Les cahiers de mon père : extrait -Jeux de massacre chez les Montazini - 

Le plus incroyable dans cette rocambolesque affaire, c’est,  que comme d’habitude,  les sacrifiés sont toujours chez les petits, les brimés, les sans-grades. Pour nos élites, bon français, mais pauvres, ça veut dire inutiles.  Antoine Richard assassiné par Émilio Montazini dans des circonstances qui restent à éclaircir  était orphelin de père. Sa mère une enfant trouvée élevait seule son unique fils. C’est lui, brave garçon qui subvenait en partie aux besoins de sa maman. Que va-t-elle devenir ? Et Lucien Chaumeil, blessé cette même nuit par ce même Émilio Montazini, alors qu’il ne détenait aucune arme  et ne faisait qu’accompagner son camarade ; lui aussi, que va-t-il devenir ?  D’après nos sources le jeune homme est dans un état préoccupant, proche de la démence. Situation croquignolesque : ce jeune allait pour le mieux, jusqu’à ce qu’Émilio Montazini obtienne l’autorisation de lui rendre visite seul à seul. Que lui a-t-il administré ? Personne ne cherchera jamais à le savoir. Lucien Chaumeil est un reprit de justice ; 15 jours de prison : il a sûrement volé une pomme sur un étal pour ne pas mourir de faim. Mais,  flétrissure suprême, il a été réformé. Pas bon pour le service militaire, c’est donc un inutile pour cette société française qui encense le riche et la crapule. Mais vous l’aurez compris,  Émilio Montazini est né avec un cerveau bien différent de celui du commun des mortels. Vous avez dit machiavélique ? L’homme est encore plus que cela… Quel trésor se cache sous la mythique maison de L’Arcange ? Un trésor gallo-romain estimé à plusieurs millions de franc-or. Vous pensez rêver, eh bien non. Sous les murs de cette bâtisse se cache l’un des plus fabuleux vestiges gallo-romains jamais découverts dans notre pays. Le patriarche le savait, mais il devait trouver le moyen de gagner plus encore. La maison est vieille, très vieille, plus de deux mille ans. Alors il lui faut trouver le moyen de la faire restaurer à bon compte, tout en touchant le pactole. Le cerveau fulmine quelques jours et eurêka,  il a trouvé. La loi du 15 octobre 1941 dit ceci : « TITRE III - Découvertes fortuites  - Art. 14. – Lorsque, par suite de travaux ou d'un fait quelconque, des monuments, des ruines, substructions, mosaïques, éléments de canalisation antique, vestiges d'habitation ou de sépulture anciennes, des inscriptions ou généralement des objets pouvant intéresser la préhistoire, l’histoire, l'art, l'archéologie ou la numismatique sont mis au jour, l'inventeur de ces vestiges ou objets et le propriétaire de l'immeuble où ils ont été découverts sont tenus d'en faire la déclaration immédiate au maire de la commune qui doit la transmettre sans délai au préfet. Celui-ci avise le ministre des Affaires culturelles ou son représentant qualifié dans le département.» Elle est là la solution rêvée.  Dans la suite du texte très volumineux de cette loi que je ne peux vous retranscrire ici, il est dit que l’inventeur de la découverte sera indemnisé à hauteur de 50 pour cent des valeurs trouvées. Cet inventeur n’est autre que le petit-fils d’Émilio Montazini, Baptiste Montazini, choisi par le patriarche pour sa succession. Il est dit aussi, que s’agissant d’une maison habitée,  les fouilles terminées,  l’état, c’est-à-dire nous, devra reconstruire à neuf. Jackpot, pour Émilio et son successeur.  

Eurêka, la solution - Pour le patriarche elle est claire, il doit recruter quelques comparses faciles à sacrifier. Il connaît quelques copains,  un peu désœuvrés et voyous,  de son petit-fils François. Il les contacte en secret. Ils ne savent pas qui il est.  Le contrat c’est mettre le feu à une maison, puis faire en sorte que les occupants de cette maison soient « agressés». C’est bien entendu le patriarche qui décide de la nature des agressions. Le but, désorienter la gendarmerie, la police et la justice. Un après-midi de ce début d’août, les Montazini s’éclipsent, laissant le champ libre aux   voyous qui s’activent : L’Arcange prend feu.  Mais tout est prévu, l’incendie est stoppé avant même l’arrivée des pompiers. Seule la partie arrière, celle qui recèle le trésor  est partie en fumée. Coïncidence, sûrement pas. Mais dans la nuit du surlendemain, Antoine Richard et Lucien Chaumeil reviennent à L’Arcange espérant se faire payer.  C’est trop tôt, le plan n’en est qu’à ses débuts,  Émilio Montazini les renvoie. Deux jours plus tard, Baptiste se lave devant le bassin à vaches, ce qu’il ne fait jamais. Un complice le propulse dans le puits. Comme tout est prévu et  organisé, le jeune homme n’a pas de mal à s’en sortir. Puis c’est au tour des vipères aspic dans le lit de ce même Baptiste. Comme par hasard le jeune homme les découvre et les tue à coups de chaise. Je vous pose la question en sachant très bien ce que vous allez répondre. Lorsque vous allez vous coucher, ouvrez-vous complètement votre lit ? Bien sûr que non, vous ouvrez le haut et vous vous glisser à l’intérieur !  Si cette agression avait été réelle, Baptiste serait mort. Mais le meilleur et malheureusement le plus dramatique reste à venir. Après leurs méfaits convenus, les deux jeunes ont un autre et dernier rendez-vous avec Émilio Montazini l’instigateur de toute l’affaire,  pour percevoir leur dû. Maintenant, le plan est sur sa fin, le patriarche à ce qu’il faut pour les recevoir. Ils sont bien naïfs ces jeunes, en guise de paiement le patriarche leur expédié  des grains de chevrotines. Antoine Richard est assassiné, Lucien Chaumeil très grièvement blessé. Juste un petit détail, mais qui a sont importance : le fusil avec lequel Émilio Montazini tire sur les deux jeunes a été acheté deux jours seulement auparavant. Mais le patriarche va plus loin, Lucien Chaumeil n’est que blessé, et dans le plan il doit absolument « crever », ou ne plus être  en état de parler.  Alors il imagine pour lui et Baptiste un empoisonnement aigu à l’Arsenic. Un enfant empoisonné c’est l’idéal pour attirer les compassions. Cela va lui permettre de s’approcher du blessé, mais cela va aussi compliquer plus encore la tâche de la justice. Gendarmes et policiers n’y comprennent déjà plus rien, c’est le brouillard complet et Émilio Montazini en rajoute encore.  Je vous l’ai dit, l’homme est à l’apogée de son art. Quelques jours avant le dépicage des céréales, il dissimule parmi les gerbes des grenades de la dernière guerre.  Elles n’exploseront pas, bien sûr. Mais  cette découverte jette plus encore la désolation chez les gendarmes. Ils ne savent plus quoi faire, pour protéger la famille Montazini qui rigole bien. Émilio Montazini n’a aucune pitié. En début d’après-midi de ce même jour alors que Sonia Etchebéry, la mère de Baptiste et complice du patriarche attise le brasier destiné à faire rôtir deux agneaux, une formidable explosion retentit. Sonia est projetée à terre, mais rien de grave. Une des bûches jetées sur le brasier a été farcie avec de la poudre de guerre. C’est toujours l’œuvre d’Émilio. Le capitaine Vergnolle de la brigade de gendarmerie d’Auch est consterné. Le flou est plus flou encore, ses supérieurs sont aux abois et les pressions, pour ne pas dire plus, qui s’exercent sur lui sont insupportables. C’est aussi le but recherché par le patriarche, faire en sorte que le capitaine Vergnolle soit dessaisi de l’enquête. Nouveau rebondissement dans cette sordide affaire. Émilie Varanne, archéologue réputée et responsable des recherches sur le site de L’Arcange vient d’être arrêtée par la gendarmerie. Vous saurez tout dans mon prochain article.

Garance de Périsac, grand reporter au Dépendant de Paris

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