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Michel ZORDAN présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.

31 Dec

il était une fois...les exilés de l'Arcange

Publié par Michel Zordan  - Catégories :  #les exilés de l'arcange

les raisons de l'exil-rééditionTout commence le 2 février 1930...Extrait : Après tous les tourments que notre famille avait endurés depuis quelques années, nous commencions à avoir une certaine expérience. Si les gendarmes venaient chez nous, ce n’était pas bon signe, il devait s’être produit quelque chose de très grave. Devant notre attitude un peu angoissée, le chef Laterre comprit qu’il nous devait une explication.

 

– Ne vous inquiétez pas, les enfants, c’est juste pour une formalité. Votre père va très bien, nous allons tout vous dire en route.

Lorsque, quelques mois plus tôt, nous étions arrivés sur ces terres de Gascogne, j’étais persuadé que notre famille pourrait enfin vivre en paix. À cette époque, jamais je n’aurais pu penser que le mal, la délinquance, ou même le crime pouvaient se cacher derrière ces images d’Épinal. Je m’imaginais avoir atteint un monde préservé, un monde sécurisé où les jours ne pouvaient que s’écouler heureux. Bref, je pensais que venir vivre en Gascogne était une assurance sur la vie et je regrettais de tout mon cœur que maman ne soit plus avec nous pour partager ce bonheur. Et pourtant…, vous allez, en lisant ce récit, vous apercevoir que le malheur et le crime peuvent frapper même sur cette terre d’asile.

Le crime pouvait aussi venir d’ailleurs, comme une vengeance accrochée à notre famille qui pensait pourtant avoir enfin trouvé, sur cette terre gasconne, un havre de paix, une parcelle de bonheur et de tranquillité. Malgré cette menace, nous avons vite compris que le mauvais temps ne pouvait guère durer ici et que, derrière les gros nuages, le soleil n’attendait qu’une occasion pour briller à nouveau.

Autour d’Émilio, tout semblait s’écrouler. Assis dans la cuisine au coin de la table, la tête entre les mains, il ressassait cette catastrophe. Il n’arrivait pas à comprendre comment le feu avait pu prendre, en même temps, à trois endroits différents, distants de plus de trente mètres. Il se faisait toutes sortes de scénarios. L’incendie était sûrement parti du premier andain d’herbes et de broussailles sèches. Puis, le vent violent avait rapidement fait le reste. Mais après avoir tourné et retourné la question, le doute n’était plus permis. Les feux avaient été allumés volontairement depuis le bord de la petite route alors que le vent soufflait très fort en direction de la vigne. Dans ce malheur, une chose était quand même positive, il n’aurait plus à faucher ni à retirer les mauvaises herbes. Ses terres étaient maintenant propres et prêtes pour les labours et les semailles d’automne. Par contre, la vigne semblait irrémédiablement perdue : tous les pieds, noircis par les flammes, avaient l’air détruits. Aucune feuille ni aucun sarment n’avait résisté. Seule une centaine de pieds de folle-blanche paraissaient avoir survécu à l’assaut des flammes. Ce qui attristait encore plus Émilio, c’était de savoir que sa famille comptait des ennemis, ici, à Floréal. Il était bien conscient que quelques individus n’avaient pas beaucoup apprécié leur arrivée dans le village. Mais de là à mettre le feu volontairement, il y avait une limite que seules de véritables crapules étaient capables de franchir. Il était encore dans ses pensées lorsqu’il entendit le bruit d’une automobile devant la maison. Avant même qu’il n’ait eu le temps de se lever, il aperçut deux têtes qu’il connaissait bien dans l’encadrement de la porte.

À peine descendu de la voiture des gendarmes, je me précipitai vers la porte de la cuisine. Mariéta arriva en même temps que moi. Papa était assis au coin de la table, il parut surpris de nous voir là. Le visage encore noir de fumée, il avait l’air assez désespéré. Pourtant, dès qu’il nous vit, il se leva immédiatement et ses traits s’apaisèrent d’un seul coup. Il fit entrer les gendarmes et les invita à s’asseoir.

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