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Michel ZORDAN présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.

31 Aug

Saint-Cirq Lapopie- Gaillard le Seigneur de Saint-Cirq

Publié par Michel Zordan  - Catégories :  #le seigneur de Saint-Cirq

Gaillard de saint-Cirq1à4Cela faisait longtemps que le petit bonhomme ne m’avait pas appelé par ce nom.  Je restai là à attendre, me demandant même un moment si Altiq ne s’était pas fait prendre.  À quelques pas, poussant une charrette à bras chargée de petites jarres au goulot étroit, un camelot prenait place.  Il commença à haranguer les passants, en un instant, la foule s’agglutina et je ne le vis plus,  l’entendant juste. Il ventait les mérites d’une boisson,  qui guérissait tout,  même la maladie de la vieillesse.  Apportant l’amour,   la richesse et la beauté et tout un tas d’autres bonnes choses. 

 

  Gentes Dames, ce nectar est pour vous un don du ciel, le Tout-Puissant vous a exaucé.   Avec ce breuvage divin vos vieux époux retrouveront l’étincelle de la jeunesse et l’insolence des temps révolus. Les plaies les bosses les courbatures disparaitront comme par magie.  Il leur redonnera la vigueur,  le bouillonnement, la véhémence, le mordant, la puissance et la générosité. Aux plus jeunes il apportera la bravoure, le  panache, la fertilité, l’audace des chevaliers impétueux.

 

Débitant son discours, sûrement maintes fois répété,  le maraud ne perdait pas de temps, s’attaquant à l’autre partie de son auditoire.

 

– Mes Seigneurs, pour vous cet élixir aspire au miracle. Avec seulement deux à trois godets, vos épouses seront plus douces encore, plus dociles, plus captivantes, rayonnantes à souhaits. Elles vous apparaîtront sous un nouveau jour, belles, aimantes, attentives. Les enfants qu’elles mettront au monde seront bien plus vigoureux, aucun maux ne pourra les atteindre.

 

Le bougre savait s’y prendre, son discours séduisait,  les jarres partaient comme des petits pains. Il s’agissait d’un vin de Monbazillac élaboré par les moines du monastère du même nom. J’avais aperçu ce nom de village ce matin même, sur les collines  en quittant notre abri de fortune. Monbazillac était aussi le nom du monastère avancé par Altiq à Herbert de Lothaire, prévôt du seigneur de la Roque-Gageac.  J’étais maintenant certain …

 

  Alors maraud, tu attends quoi avec ces destriers ?

 

Je me retournai pour apercevoir la bouille d’Altiq,  entourée de cinq autres nains rigolards. Je fus tout de suite rassuré, mais en même temps, je me demandai bien où il avait pu faire ces rencontres.  Je ne m’y trompai pas, il avait tous l’air de parfaits filous.  J’étais certain qu’ils ne gagnaient pas leur vie en travaillant honnêtement. Il y avait quelque chose de changer dans le comportement d’Altiq, peut-être le fait d’avoir rencontré des congénères.  Tout en se marrant,  le petit bonhomme m’accorda une révérence.

 

  Seigneur de Saint-Cirq,  je te présente des amis.  Ils font tous partie du clan Odard. Ils  proposent de nous accueillir quelques jours. Le temps de savoir comment retourner chez toi.

 

Nous marchâmes dans une ruelle,  nous dirigeant vers la périphérie de la ville.  Arrivé devant une taverne « l’Antre des Ogres»,   le comparse marchant en tête s’y engouffra sans hésitation. À l’intérieur une animation intense,  des hommes, des femmes de tailles ordinaire buvant et parlant fort.   Les femmes semblaient très affectueuses, les hommes fort empressés.  Rapidement  je compris que nous étions dans le fief du clan Odard.  Et puis tout au fond,  assis sur un trône, un nain taillé en force.  Sûrement Odard, le maître de céans. Les cheveux roux longs tombant sur les épaules, moustaches à la gauloise,  muscles saillants,  bras nus, torse seulement vêtu d’un gilet en peau de bête.  À son cou,  descendant bas sur sa poitrine velue,  une grosse chaîne, sûrement en or, retenant prisonnière une énorme pierre noire.  Il portait un pantalon de cuir et des bottes marron.  L’homme se leva, se dirigeant vers nous.  Avec  sa longue dague pouvant lui servir d’épée, et malgré sa petite taille,  le bonhomme impressionnait.  Je  compris alors qu’Altiq et lui se connaissait.  Les deux hommes tombèrent dans les bras l’un de l’autre, se congratulant à n’en plus finir. Je savais maintenant que nous n’étions pas ici par hasard. Altiq savait depuis notre départ où nous allions. Mais qu’elle était son idée, avait-il l’intention de demander lui aussi une rançon à ma famille ?  Ou allait-il me vendre à ces forbans ?

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