Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Michel ZORDAN présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.

05 Mar

Blaireau et Antonin

Publié par Michel Zordan

Allongé dans les fougères, j’aperçois maintenant les trois hommes qui jettent au sol leur mégot de cigarette. Ils récupèrent leurs armes, et rejoignent les deux autres. Je sais ce qui va se passer, je maintiens Blaireau encore plus près, et je ferme les yeux pour ne pas voir l’horreur qui va se dérouler à quelques mètres.

J’entends assez distinctement la voix d’Hortense et de Benoît Desperrou, qui au fond du trou, pleurent, et supplient.

Mais rien n’y fait, bien au contraire, les voix des hommes insultent avec encore plus de véhémence, très certainement pour se donner du courage. Puis c’est le silence glacial, et les premiers coups de feu qui me font sursauter. Des cris, puis les coups s’enchaînent, dix, ou peut-être même quinze retentissent, et de nouveau, le silence glacial. Puis assez rapidement, les voix d’hommes insultent de nouveau et exultent. Une odeur âcre de poudre parvient jusqu’aux narines. J’ose, et entrouvre légèrement les yeux, et déjà les pelles sont en action. Ça dure longtemps, très longtemps, puis les cinq hommes recouvrent la terre fraîchement remuée de quelques bois morts. Lorsque l’un d’eux se rapproche de nous, très certainement pour ramasser quelques fougères, ou une branche morte, je ne respire même plus, et le bras qui maintient Blaireau tout contre moi, se fait encore plus ferme. Puis un autre homme l’appelle, lui lançant d’une voix forte que ça ira, que la salope, et le cafard qui sont là-dessous, ne risque plus de s’échapper. L’homme n’insiste pas, se retourne et rejoint les autres. Puis ensemble, et sans trop se presser, armes à la main, outils sur l’épaule, ils quittent les lieux. Des cinq hommes qui repartent, j’en ai déjà aperçu au moins trois. L’un d’eux travaille même au château de Fondrivière. Je l’ai déjà vu, et à plusieurs reprises, amenant des chevaux à l’atelier de papa. Les deux autres, je les ai sans doute aperçus au bourg, ou peut-être également à l’atelier de papa.

Je me prénomme Antonin, Antonin Talmelier. Le talmelier, c’était le boulanger du moyen-âge, alors sans doute ma famille paternelle avait-elle des ancêtres dans la boulange. Mon père est forgeron maréchal-ferrant, nous habitons une grande maison, la Chênaie, avec grange et atelier, à l’entrée du bourg de Castel-Gajeac dans le lot. Nous sommes le samedi 14 juillet 1945, c’est jour de mon anniversaire. Aujourd’hui, à midi on va fêter mes 10 ans. D’habitude chez nous, on ne fête pas les anniversaires, mais cette année est assez particulière. Nous ne sommes que quatre à table, papa, maman, ma sœur Francine et moi. Aujourd’hui ça sera, bouillon de poule, aux vermicelles, œufs mimosa, puis poularde farcie. Et pour le dessert maman a concocté un magnifique pastis Quercinois, surmonté de 10 bougies. À peine soufflé, papa quitte la table, pour revenir à peine trois minutes plus tard, les bras dans le dos. Puis la magie opère et apparaît dans ses grosses mains, un petit chien d’à peine quatre à cinq semaines.

– Voilà ton cadeau Antonin, aujourd’hui tu as 10 ans, tu es maintenant un grand, et tu devras t’en occuper.

L’émotion me submerge, mon cœur bat la chamade, je souhaiterais pleurer de bonheur, mais maintenant, je suis un grand garçon, et un grand garçon ça ne pleure pas.

Ce chiot, mon père l’a eu par un client. Apparemment,  il a pour mère une épagneul-breton, et pour père, je ne sais pas. Je suis le plus heureux des petits grands garçons, et de toute l’après-midi, nous ne nous quittons pas.

Mon nouveau roman,  à télécharger chez KOBO à 0 €  :  Blaireau et Antonin eBook de michel zordan - 1230004441427 | Rakuten Kobo France

Commenter cet article

Archives

À propos

Michel ZORDAN présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.