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Michel ZORDAN présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.

06 Sep

Les prémices

Publié par Michel Zordan  - Catégories :  #Un auteur du Sud Ouest, #Michel Zordan, #collection les exilés de L'Arcange, #les prémices, #rentrée littéraire

Collection les exilés de L'Arcange - Nous sommes au début de l’année 1933,  le machinisme et le modernisme qui se profilent,  inquiètent profondément la plupart des paysans. Ils savent au fond d’eux que ces machines modifieront à tout jamais leur rapport avec un élément essentiel de leur vie, la terre. Avec les attelages de bœufs, de vaches, ou de chevaux, le contact avec celle qu’ils sentent vivre, et qui les fait vivre depuis toujours, est presque charnel. Cette terre fait partie de leur vie, de leur naissance jusqu’à leur mort ; ils peuvent la toucher, lui parler, tout se passe en douceur, avec du respect… Pour leur dernier repos, c’est encore elle qui veillera sur eux. Sans elle, ils ne sont rien, tout part d’elle. Le paysan cultive et la terre procrée, pour le nourrir lui, sa famille et les bêtes qui l’aident dans son travail. Et puis, à la fin, leurs poussières se mêleront aux autres poussières dans un éternel recommencement. Cet échange tacite fait partie de leur vie, depuis la nuit des temps. C’était une simple boucle, mais une boucle qui fonctionne parfaitement.

 

Avec le tracteur, ce contact n’existera plus, la boucle sera brisée. C’est la rupture assurée, ils perdront une part d’eux-mêmes, une part qui ne les a jamais trahis. Avec les machines modernes, la terre ne sera plus qu’une simple matière exploitable, tout juste bonne à produire. Les roues de fer la martyriseront, d’un geste sec les socs d’acier s’enfonceront de force au plus profond de ses entrailles, brutalement, comme pour la souiller, avec le seul souci de l’obliger à donner toujours plus. Il n’y aura plus de respect. Comment réagira-t-elle ?

 

les Prémices 

ISBN 978-2-9532863-2-8    -   443 pages 

 

Les prémices - volet 3, collection les exilés de L'Arcange

Chapitre premier – Le monstre d’acier - Depuis la rentrée de janvier Amandine avait intégré la classe des grands, ma classe. Afin d’anticiper sur les problèmes de bavardages qui n’auraient sûrement pas tardé à surgir, l’instituteur, monsieur Sourtis, nous avait installés chacun à un bout de la salle. 

 

Je partais le matin de L’Arcange à vélo jusqu’au château Tourne Pique. Ensuite, je rejoignais ma blondinette dans la Delage de madame Éliette, et nous finissions ensemble le trajet jusqu’à l’école de Floréal. Amandine et sa tante avaient à plusieurs reprises insisté pour venir me prendre directement à la ferme, mais j’avais refusé. Les péripéties survenues vers la fin de l’année passée étaient toujours bien présentes dans nos esprits. Mais l’issue dramatique qui s’en était suivie au 1er de l’an de cette année 1933, nous confortait dans l’idée que je n’étais plus menacé. De toute façon, il était hors de question de vivre éternellement dans l’angoisse d’une nouvelle tragédie. 

 

Amandine était arrivée de Toulouse à la fin du mois de septembre dernier. Suite à des petits problèmes de santé, son médecin avait fortement conseillé à ses parents, Charles et Mathilde Sentenal, de l’envoyer vivre quelques mois à la campagne. Madame Éliette, la sœur de Charles et l’épouse du commandant Aristide Clément Autun, l’avait donc accueillie au château Tourne Pique.

 

C’est dans ce même château que papa travaillait depuis notre exil et notre arrivée en Gascogne, le 1er février 1930.  Dès notre première rencontre, une profonde amitié était née entre Amandine et moi.  

 

Persécutés par des fanatiques fascistes, papa, ma grande sœur Mariéta et moi, Sylvio, avions quitté l’Italie en janvier 1930, en emportant dans nos bagages quelques secrets bien trop lourds à porter. Quelques mois seulement après le début de notre exil en terre française, le capitaine Aristide Clément Autun, propriétaire du château Tourne Pique,  proposa à papa de nous vendre  la ferme de L’Arcange.

 

Située à presque cinq kilomètres de Floréal, L’Arcange avait été abandonnée par le dernier métayer, tout juste cinq années avant notre arrivée.

 

Je me rappelle fort bien ma première visite dans la maison. Sa curieuse toiture aux multiples pans, et ses pièces rajoutées au fil des siècles, m’avaient tout de suite persuadé que cette inestimable bâtisse recélait des secrets et des mystères enfouis depuis la nuit des temps. Ce que nous découvrîmes quelques mois plus tard dépassa toutes mes espérances. Après bien des péripéties, nous étions maintenant certains d’avoir enfin trouvé un refuge, notre refuge. En septembre dernier, le père Guillaume, un religieux de l’abbaye de Flaran, nous avait appris l’origine du nom de L’Arcange. Ce que nous savions maintenant de cette humble maison, de ces murs qui nous entouraient, hissait L’Arcange à un rang bien supérieur à celui de simple demeure et nous confortait dans l’idée que le hasard seul ne pouvait pas nous avoir conduits jusqu’ici. Nous étions maintenant certains, enfin surtout moi, que L’Arcange avait encore beaucoup à révéler. Il ne tenait qu’à nous de continuer à tourner les pages de ce livre intemporel pour découvrir l’histoire que d’autres avaient écrite. J’étais également persuadé que, plus tard, dans les tourments qui ne manqueraient pas de survenir, L’Arcange nous servirait encore et toujours de refuge.

 

Notre installation dans cette maison, après seulement six mois passés en France, n’avait pas manqué de susciter  de la jalousie et de la haine parmi les habitants de Floréal.

 

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