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Michel ZORDAN présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.

21 Aug

Gaspard, l'ultime partie

Publié par Michel Zordan  - Catégories :  #Michel Zordan, #rentrée littéraire, #Gaspard, l'ultime partie, #Un auteur du Sud Ouest

Gaspard est un enfant doté d’une nonchalance assez particulière, capable de rester des heures sans bouger, sans rien faire, ne pensant à rien, les yeux ouverts regardant droit devant, sans éprouver d’émotion particulière. Il perçoit les mouvements, les voix, autour de lui, il enregistre, mais ne réagit pas. Assis  sur le banc de l’école, ou sur le vieux fauteuil du salon, ça peut durer des après-midi entières. Ce n’est pas véritablement un introverti, mais il n’a rien non plus d’un extraverti. Il n’a pas de vrai copain et encore moins de copines. Il parle peu aux autres, et ne va pas vers eux. Aller vers les autres ne l’intéresse pas vraiment. Ce n’est par timidité, il n’a tout simplement envie de rien.

À quoi tu penses Gaspard ? À rien maman ! Gaspard que veux-tu faire plus tard ? Sa réponse est invariablement la même : je ne sais pas, papa !

 

Fils unique, les questions de ses proches sont très certainement, que va-t-il devenir ? Que va-t-il faire de sa vie ? Aurons-nous des petits-enfants, ou arrières petits-enfants ? Créera-t-il une famille ? Sera-t-il capable de subvenir à ses élémentaires besoins !

 

Quelques séances chez un psychologue, et le consensus familial s’établi. Gaspard n’est ni malade, ni idiot. Alors, laissons-le vivre sa vie, laissons-le trouver son chemin !

 

La situation évolue soudainement à son arrivée au lycée Jean Moulin de Toulouse. C’est le lendemain de sa rentrée qu'il la repère. Contrairement à ses habitudes, il va vers elle. Elle est belle, très belle, elle s’appelle Nina. Plus âgée que lui de trois années, mais lui fait plus que son âge, alors… Nina a redoublé sa seconde… et peut-être même quelques autres classes au collège. Mais ça, c’est plutôt un bon point pour lui. Il a l’air de lui plaire aussi, et très naturellement elle lui demande de l’aider dans ses cours. Très certainement un stratagème pour se retrouver seule avec lui. Enfin, c’est ce qu’il se plaît à croire.

 

En quelques semaines, la vie de Gaspard fait un extraordinaire bond en avant, et l’adolescent qu'il est, se retrouve dans un monde d'adulte. Un monde qu’il arpente,  avec une certaine  facilité, et surtout,  une chance insolente…. Mais cette chance insolente, n’est-ce pas trop ?  Et où  va-elle le conduire ?

 

 

Gaspard, l'ultime partie 

ISBN  979-10-92612-28-8   -  184 pages 


J’ai vingt-trois ans, lorsque je rencontre Lorea, une basque de Saint-Palais. Je suis en dernière année à l’École Nationale Supérieure des Sciences Agronomiques de Bordeaux. Tout au bout, mon diplôme d’ingénieur agronome. Pourquoi, me suis-je lancé dans ces études d’agriculture ? Allez savoir, peut-être, était-il écrit quelque part que je devais y rencontrer ma femme. Lorea est plus jeune, elle aussi aspire à devenir ingénieur agronome, mais elle a encore deux années à tirer. C’est tout de suite l’amour fou. Quelques mois après notre rencontre, Lorea m’avouent que son souhait le plus cher, est de reprendre un élevage de brebis, celui de son oncle, à Saint-Palais, au Pays Basque. Pour le lait, pour faire des fromages. Au début, je trouve cette idée quelque peu saugrenue. Toutes ces études pour devenir paysan, éleveur de mouton ! Il ne me faut que quelques jours pour réaliser, que l’idée n’est pas si bête, et même très intéressante. J’ai un pactole assez important de coté, des placements qui ont fait des petits. Dès mon diplôme obtenu, nous reprenons la ferme de l’oncle Iban, et la centaine de brebis qui va avec.
 
Il y a déjà seize ans de cela, nous avons trois magnifiques enfants, Naya, Bixente, les jumeaux et Andoni, le petit dernier. Tous sont nés avec le nouveau siècle, et le nouveau millénaire. Les brebis aussi ont fait des petits, plus de cinq cents sont maintenant dans la bergerie. Jamais je n’ai raconté l’histoire de ma tumultueuse période poker à Lorea, ni à mes enfants. Le pactole, c’est un héritage d’une grand-tante. La grande cicatrice, sur le dos et le côté droit, un stupide accident de scooter.
 
Ce n’est qu’en octobre 2017, un soir au coin du feu, que je m’y colle. Je suis en train de faire griller des châtaignes, pourquoi aujourd’hui, je n’en sais rien, je suis juste disposé à la raconter maintenant. Peut-être que j’estime mes enfants assez grands pour comprendre, et tout entendre. Je dois trouver une accroche pour démarrer l’histoire. Ma femme, mes enfants, tous connaissent l'existence de cette énorme cicatrice. À leur question, j’ai toujours répondu que c’était l’œuvre d’un stupide accident de scooter.  Andoni m’aide, c’est lui qui rempli la poêle de châtaignes, c’est aussi lui qui les a ramassées, et c’est encore lui qui à la charge de les maintenir bien au chaud dans le sac en toile de jute ; Andoni, adore la nature, les animaux, les champignons n’ont aucun secret pour lui. C’est très certainement lui qui prendra notre suite. Naya est dans sa chambre, sûrement en train de téléphoner ; Bixente regarde « une émission de débiles » à la télé ;  Lorea est dans la cuisine. Une famille très normale en quelque sorte, et pourtant… C’est alors que l’idée me vient, j’enlève mon tee-shirt.
 
–  T’as trop chaud papa !
 
– Un peu, Andoni, mais…
 
Du doigt, je lui montre les stigmates du passé, la grande cicatrice.
 
– Tu veux que je raconte la véritable histoire de cette cicatrice.
 
– Celle que tu t’es faite en tombant du scooter ?
 
– Ça, c’est l’histoire que j’ai toujours racontée, mais ce n’est pas la véritable histoire. Va chercher ta maman, ton frère et ta sœur, tout le monde doit être là, pour écouter, et pour manger les châtaignes. Tu leur dis qu’elles sont en train de refroidir et que papa à une extraordinaire histoire à raconter !
 
Il n’en faut pas plus à Andoni qui fonce à la cuisine, et dans la chambre de sa grande sœur.  Naya s’en fou de cette histoire, mais pas Andoni, qui veut absolument que je raconte. Et le petit dernier est très persuasif.
 
– Papa, j’ai bientôt mon bac, j’ai des révisions à faire, cette histoire on la connaît tous. Tu faisais le fou avec ton scooter, et une voiture t’a renversé. C’est d’ailleurs pour ça que tu ne veux pas m’en acheter un, de scooter. Sauf que moi, je ne ferais pas la folle avec, mais ça…
 
– Naya, tu connais une histoire, mais connais-tu la véritable histoire ! Bixente, éteint la télé et approche toi ! Qui veut des châtaignes !
 
Bizarrement Lorea, ne dit mot.
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