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Michel ZORDAN présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.

13 Apr

Gaspard, l'ultime partie

Publié par Michel Zordan  - Catégories :  #Michel Zordan, #Un auteur du Sud Ouest, #Gaspard, #Gaspard, l'ultime partie

J’ai vingt-trois ans, lorsque je rencontre Lorea, une basque de Saint-Palais. Je suis en dernière année dans une école d'agronomie à Bordeaux. Tout au bout, mon diplôme d’ingénieur agronome. Pourquoi, me suis-je lancé dans ces études d’agriculture ? Allez savoir, peut-être, était-il écrit quelque part que je devais y rencontrer ma femme. Lorea est plus jeune, elle aussi aspire à devenir ingénieur agronome, mais elle a encore deux années à tirer. C’est tout de suite l’amour fou. Quelques mois après notre rencontre, Lorea m’avouent que son souhait le plus cher, est de reprendre un élevage de brebis, celui de son oncle, à Saint-Palais, au Pays Basque. Pour le lait, pour faire des fromages. Au début, je trouve cette idée quelque peu saugrenue. Toutes ces études pour devenir paysan, éleveur de mouton ! Il ne me faut que quelques jours pour réaliser, que l’idée n’est pas si bête, et même très intéressante. J’ai un pactole assez important de coté, des placements qui ont fait des petits. Dès mon diplôme obtenu, nous reprenons la ferme de l’oncle Iban, et la centaine de brebis qui va avec.

 

Il y a déjà seize ans de cela, nous avons trois magnifiques enfants, Naya, Bixente, les jumeaux et Andoni, le petit dernier. Tous sont nés, avec le nouveau siècle et le nouveau millénaire. Les brebis aussi ont fait des petits, plus de cinq cents sont maintenant dans la bergerie. Jamais je n’ai raconté l’histoire de ma tumultueuse période poker à Lorea, ni à mes enfants. Le pactole, c’est un héritage d’une grand-tante. La grande cicatrice, sur le dos et le côté droit, un stupide accident de scooter.

 

Ce n’est qu’en octobre 2017, un soir au coin du feu, que je m’y colle. Je suis en train de faire griller des châtaignes, pourquoi aujourd’hui, je n’en sais rien, je suis juste disposé à la raconter maintenant. Peut-être que j’estime mes enfants assez grands pour comprendre, et tout entendre. Je dois trouver une accroche pour démarrer l’histoire. Ma femme, mes enfants, tous connaissent l'existence de cette énorme cicatrice. À leur question, j’ai toujours répondu que c’était l’œuvre d’un stupide accident de scooter.  Andoni m’aide, c’est lui qui rempli la poêle de châtaignes, c’est aussi lui qui les a ramassées, et c’est encore lui qui à la charge de les maintenir bien au chaud dans le sac en toile de jute ; Andoni, adore la nature, les animaux, les champignons n’ont aucun secret pour lui. C’est très certainement lui qui prendra notre suite. Naya est dans sa chambre, sûrement en train de téléphoner ; Bixente regarde « une émission de débiles » à la télé ;  Lorea est dans la cuisine. Une famille très normale en quelque sorte, et pourtant C’est alors que l’idée me vient, j’enlève mon tee-shirt.

 

–  T’as trop chaud papa !

 

– Un peu, Andoni, mais…

 

Du doigt, je lui montre les stigmates du passé, la grande cicatrice.

 

– Tu veux que je raconte la véritable histoire de cette cicatrice.

 

– Celle que tu t’es faite en tombant du scooter ?

 

– Ça, c’est l’histoire que j’ai toujours racontée, mais ce n’est pas la véritable histoire. Va chercher ta maman, ton frère et ta sœur, tout le monde doit être là, pour écouter, et pour manger les châtaignes. Tu leur dis qu’elles sont en train de refroidir et que papa à une extraordinaire histoire à raconter !

 

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