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Michel ZORDAN présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.

04 Mar

Gaspard

Publié par Michel Zordan  - Catégories :  #Michel Zordan, #Un auteur du Sud Ouest

Extrait - Je ne sais plus à quel moment j’ai décidé de ne pas être un citoyen qui suivrait le chemin le plus droit. Le chemin tracé par d’autres pour moi, pensant bien faire, pensant faire pour mon bien. Le déclic s’est fait, il y a très certainement très longtemps et je ne sais plus vraiment ce qui l’a provoqué. Ou alors,  le déclic s’est produit en  plusieurs étapes. Ou alors…ou alors… il n’y a jamais eu de déclic, et je suis né comme ça…tout était peut-être déjà écrit à l’avance…Ne cherche pas Gaspard, tu es comme tu es…

Mon grand-père paternel était instituteur, comme mon grand-père maternel d’ailleurs. Mes deux grands-mères étaient mères au foyer. Mon père et ma mère  se sont rencontrés sur les bancs du lycée, ils sont eux aussi dans l’éducation nationale.  Par contre, je crois que mon arrière-grand-père paternel était dans la politique et mon arrière-grand-père maternel paysan. 

À l’école,  et jusqu’au brevet, j’étais un sujet moyen, qui avait partout la moyenne, mais sans plus. Je n’étais pas véritablement fainéant, mais j’avoue n’avoir jamais fait beaucoup d’effort.  J’étais d’une nonchalance exacerbée,  capable de rester sans bouger, sans rien faire, ne pensant à rien, les yeux ouverts regardant droit devant moi, sans  éprouver d’émotion  particulière. Assis  sur le vieux fauteuil du salon, ça pouvait durer des heures. Je n’étais pas véritablement un introverti, mais je n’avais rien non plus d’un extraverti. Je n’avais pas de vrai copain et encore moins de copines. Je parlais peu aux autres, je n’allais pas vers eux.  Ce n’était par timidité, je n’en avais pas envie. Je n’avais tout simplement envie de rien, aller vers les autres ne m’intéressait pas vraiment. À quoi tu penses Gaspard ? À rien maman ! Heureusement, j’avais de la mémoire et je comprenais assez vite.

Mon père,  qui avait sans doute déjà compris que je ne suivrais pas leurs traces, et qui sans doute s’inquiétaient déjà un peu,  me posait assez souvent la question : Gaspard que veux-tu faire plus tard ?  Ma réponse était invariablement la même : je ne sais pas trop, papa !   Je sais que ma mère s'inquiétait, elle aussi, mais je ne me rappelle pas qu’elle m’ait posé la question. Mes grands-parents non plus d’ailleurs.  Ma famille avançait dans la vie avec méthode, de façon ordonnée et prudente, et il est évident que mon comportement  ne devait  pas véritablement les rassurer.

Tous mes proches ont compris que le « métier » ou la plutôt la façon que je choisirais pour gagner ma vie, ne serait pas des plus conventionnels. Je suis fils unique, et leurs questions sont très certainement, que va-t-il devenir ? Que va-t-il faire de sa vie ?   Créera-t-il une famille ? Sera-t-il capable de subvenir à ses élémentaires besoins !

Après quelques séances chez un psychologue, le consensus  familial  s’établi. Il n’est pas malade, il n’est pas idiot, et même plutôt intelligent, laissons-le vivre sa vie, laissons-le trouver son chemin.

C’est après mon brevet des collèges, que j'obtiens  sans trop  de difficulté, mais sans trop d’effort, juste la moyenne, que la situation évolue soudainement. C’est le lendemain de ma rentrée au lycée Jean Moulin de Toulouse que je la repère. Contrairement à mes habitudes, je vais vers elle.  Elle est belle, très belle, elle s’appelle Nina. Plus âgée que moi de trois années, je crois qu’elle a redoublé sa seconde...et peut-être même quelques autres classes au collège. Mais ça, c’est plutôt un bon point pour moi.  J’ai l’air de lui plaire aussi, et très naturellement elle me demande de l’aider dans ses cours. Très certainement un stratagème pour se retrouver seule avec moi. Enfin, c’est ce que je me plais à penser et à croire. Durant quelques semaines, je plane.  Nous n’avons échangé que quelques petits bisous, mais je me fais mon cinéma, sur grand écran et en 3D. Je ne suis plus le même. Chaque fois que je la vois, chaque fois que j’entends sa voix, mon cœur s’emballe. Chaque fois que je suis seul avec elle, la plupart du temps, pour l’aider dans ses cours, je suis sur un nuage. Je pense toujours à elle, je suis donc très certainement amoureux, mais je n’en laisse rien paraître.

Samedi,  Hugo, un terminale, il doit avoir l’âge de Nina,  fête son anniversaire. Ses parents lui laissent la villa, tout le WE.  Nina  sera bien sûr de la partie,  alors je dois trouver le moyen de me faire inviter.  Peut-être, qu’après deux ou trois verres,  je trouverais le courage de lui avouer.  Peut-être même oserais-je quelques… 

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