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Michel ZORDAN présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.

12 Feb

mon lit dans le buffet

Publié par Michel Zordan  - Catégories :  #Un auteur du Sud Ouest, #Michel Zordan, #Mon lit dans le buffet

Cet homme, s’appelle Abélard, il est le fils de Gustave Flettrier, le régisseur. Très colérique, et porté sur le vin et la gnole, Abélard s’emporte pour un oui, ou pour un non. Surtout lorsqu’il est aviné, mais pas que. Et malheureusement, dans ces cas-là, mieux vaut ne pas se trouver dans les parages. Il épanche sa colère, à défaut de sa soif, en frappant de sa trique sur tout ce qui se trouve à portée. Au début, très souvent, c’était mon échine qui dégustait. Il n’est pas le seul à me frapper, mais lui, prends un malin plaisir à s’acharner, me traitant de sale bâtard. Je ne sais pas ce que le mot veut dire. Heureusement, la leçon a rapidement porté ses fruits et maintenant je l’évite, surtout lorsqu’il a abusé de vin, ou de gnole. Ce n’est pas la première fois que j’assiste à un accouplement. À la campagne, avec les bêtes, c’est assez fréquent. Mais jamais, je n’ai assisté à un accouplement entre humain. D’abord les bêtes n’ont pas de vêtements et pratiquent la chose debout, pas couché dans le foin, ou la paille. En plus, avec les bêtes, pas de soupirs, ni de gémissements, ou de petits rires ou cris. C’est en quittant le fenil,  qu’Abélard remarque le buffet qui me sert de lit. Avant même qu’il ne s’approche,  je referme prestement la porte et la bloque de l’intérieur. La deuxième est également verrouillée de l’intérieur. J’ai trouvé ce moyen pour éviter d’être trop souvent importuné. S’adressant à la femme, Abélard lui fit comprendre qu’une fois nettoyé, et remis en état,  il en meublerait bien son logis.  La femme lui répond illico qu’il peut en disposer.  Abélard entreprend alors de l’ouvrir, pour les tiroirs du haut,  pas de problème. Pour les portes du bas,  il n’y parvient heureusement pas et pour cause. Dans la discussion,  je comprends qu’il ne s’en tiendra pas là et qu’il reviendra rapidement récupérer le meuble. Abélard va  s’emparer de ce que je considère comme mon bien le plus précieux. Ce buffet, c’est ma maison, aussi loin que je me souvienne,  je n’ai connu que lui. Abélard me bat plus souvent qu’à mon tour, enfin moins maintenant,  mais bizarrement je n’ai  contre lui aucun ressentiment. Tout simplement parce que je ne sais pas encore si je fais partie de l’espèce  humaine,  qui apparemment dirige tout ; ou de l’espèce animale ; ou même d’une autre, intermédiaire.  En plus,  je considère,  qu’en comparaison avec le traitement infligé aux animaux,  je m’en sors plutôt pas mal. On ne me met pas un joug sur les épaules et des coups d’aiguillons dans les fesses.

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