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Michel ZORDAN présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.

11 Feb

Mon lit dans le buffet

Publié par Michel Zordan  - Catégories :  #Un auteur du Sud Ouest, #Michel Zordan, #Mon lit dans le buffet

C’est jour de marché à Oloron, et je fais les derniers kilomètres en compagnie de quelques paysans qui s’y rendent. Certains sont à pied, portant un barda sur leur épaule, d'autres tirant une carriole chargée de légumes. D’autres encore,  sur leur charrette attelée à des bœufs. Je rattrape une vieille femme, qui un instant a posé son lourd chargement au sol pour se reposer un peu.  Je la dépasse, et à l’instant où je me dis que je devrais lui donner un coup de main, un charreton tiré par une bourrique s’arrête. Un jeune garçon assis à l’arrière en descend et naturellement, sans rien dire,  il charge ses affaires à l’arrière.  Au milieu de tous ces gens, je ne risque rien.  Au marché,  je pourrai acheter un peu de pâté, un saucisson, quelques tranches de jambon, et du fromage de brebis. Je peux même acheter  un couteau, un Pradel et il me reste encore plus d’un franc… J’avais d’abord lorgné sur un Lou Piquetou, mais il était trop cher pour ma bourse.  Un petit rien me fait remarquer le manège de trois jeunes gens. Deux filles et un garçon. Ils s’en prennent toujours à une personne seule, souvent un homme. Pendant que l’une des filles occupe discrètement son attention, le troisième larron, ou l’autre fille lui subtilise adroitement  son portefeuille.  Un foulard qui tombe, le sac à main qui s’ouvre, tout est bon… Dans la mesure où on n’est pas concerné,  le spectacle peut paraître marrant.  Adonis, ce n’est pas bien, ces gens-là sont de voleurs !   Je suis tellement absorbé que lorsqu’une grosse main tombe sur mon épaule, je sursaute et me retourne. Face à moi, un homme assez grand, sec, mal rasé, petite moustache fine, cheveux noirs assez long, sale,  yeux noirs perçants. Chapeau noir crasseux visé sur la tête, habillé d’un maillot de corps,  qui un jour a sans doute été blanc, et d’un pantalon noir qui doit tenir debout tout seul.  Il est pieds nus,  et porte une musette sur l’épaule.

 

–Tu espionnes qui  faquin,  viens par ici, on va discuter…

 

– Mais personne  Monsieur, je regardais c’est tout…

 

– Tu mens fripon, moi je crois que tu es de mèche avec les cognes, je sais qu’ils paient des  petits misérables de ton espèce pour nous espionner.

 

Discrètement mais fermement, l’homme m'entraîne vers la sortie du marché.  Pour le moment je ne risque rien, il y a trop de monde. Mais lorsque… D’une bonne  secousse,  et d’un bon coup de pied dans le jarret, j’arrive à me défaire de son empoigne. Je prends aussitôt mes jambes à mon cou,  repartant vers le marché. Au milieu de tous les badauds,  je serais  en sécurité. Il me course un petit instant, puis plus rien… Je tourne, je flâne, j’hésite à repartir, il est peut-être par là, à me veiller, et je me retrouve sans trop le vouloir à l’endroit d’où je viens.  J’aurai dû me sauver, quitter le marché et poursuivre mon périple. Lorsque je l’aperçois, il m’aperçoit aussi. Nouvelle course-poursuite… je crois l’avoir semé, lorsque  je me retrouve à buter contre un gendarme. Le choc est rude, et nous tombons tous les deux au sol. Je me relève illico,  mais son compère me met la main au collet.

 

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