Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Michel ZORDAN présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.

10 Feb

Mon lit dans le buffet

Publié par Michel Zordan  - Catégories :  #Un auteur du Sud Ouest, #Michel Zordan, #Mon lit dans le buffet

Ma condition d’avant, celle entre les animaux et les humains me sert bien. Mon instinct me guide et je lui fais confiance. La nuit est maintenant presque tombée, je dois trouver à manger, mais sans prendre de risque. Sans trop de difficulté,  je repère un prunier de Saint-Jean et je me gave. Puis à côté, pour varier, un cerisier tardif. Les fruits sont très certainement habités, mais un peu de viande ne fera pas de mal. Je peux maintenant repartir et même suivre une route. À cette heure, les voyageurs seront rares et à la moindre lumière, je me cacherai. Sur la première borne que je rencontre, je peux lire que je suis sur la D 29, à un km de la ville d’Eauze. Eauze est une grande ville, je dois absolument l’éviter, mais je dois aussi me poser et réfléchir à la suite. Où vais-je aller ? Si je débarque dans un village, les gens se poseront des questions, et les gendarmes seront vite informés. Le mieux serait de changer de pays. Et d’après Bénédicte, le pays le plus proche, c’est l’Espagne. Mais l’Espagne, toujours d'après Bénédicte est à au moins deux cents kilomètres. J’ai parcouru une vingtaine de kilomètres en quelques heures, en dix jours je peux parvenir en Espagne. Je dois aussi réfléchir à mon deuxième bracelet, par question de rencontrer quelqu’un avec ce truc encombrant au poignet. Après plus d’une heure d’effort, je parviens enfin à le libérer. Je dois maintenant planquer ces menottes, en les enterrant. Si je veux arriver jusqu’en Espagne, je dois absolument suivre les grandes routes, où du moins ne pas les perdre de vue. Pour passer inaperçu, je dois trimballer quelque chose avec moi. Une musette, personne n’ira soupçonner un enfant qui marche sur le bord de la route avec une musette. En plus, elle me permettra d’y mettre quelques provisions. Mais nous sommes en période de grande chaleur et un honnête citoyen, ne peut pas se promener tête nue. Je dois trouver un chapeau, ou un béret. Un béret ça serait mieux, et même changer de chemise. Je trouve la musette dans une cabane de vigne. Pour le béret et la chemise, j’attendrai ce soir, peut-être en me rapprochant d’une ferme. C’est dans une autre cabane de vigne que je trouve un chapeau de paille, presque à ma taille. J’en suis dans ma troisième journée de marche, et j’ai déjà atteint Aire-sur-l’Adour. Je suis assez loin de Floréal, plus la peine de me cacher et je marche maintenant, le long de la route. Qui viendrait me rechercher ici ! Personne… Une chance que Bénédicte m’ait appris quelques notions de géographie. Après Aire-sur-l’Adour, ma prochaine étape, c’est Pau. C’est une grande ville, je pourrai la traverser sans problème. C’est un kilomètre avant à Saint-Agnet que je rejoins une dame qui comme moi marche sur le bord de la route. Elle n’a pas d’âge et porte un sac de jute sur son épaule, je la salue et elle en profite pour lier la conversation.

 

– Et petit, t’es bien vaillant de marcher sous ce soleil, tu vas où comme ça ?

 

J’ai prévu ce cas-là, et je ne dois surtout pas hésiter.

 

– À la ferme des Vigneaux, c’est trois kilomètres après Saint-Agnet. Virgile le cousin de mon père s’est cassé une jambe, je vais les aider par le battage.

 

– Je ne connais pas, moi je suis de la Carrérade, je vais à Saint-Agnet chercher le pain.  On fait un échange, je lui donne une paire de poulet et lui me donne six pains de six livres. Ça nous arrange à tous les deux.

Commenter cet article

Archives

À propos

Michel ZORDAN présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.