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Michel ZORDAN présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.

15 Sep

La louve de Vianne

Publié par Michel Zordan  - Catégories :  #Un auteur du Sud Ouest, #Michel Zordan, #la louve de Vianne

Je me présente, Gauthier Valdemar, lieutenant de Louveterie de Jourdain de l’Isle,seigneur de Montgaillard. C’est sa tante, Vianne de Gontaut-Biron qui l’exigea dans le contrat du legs de ses biens à son neveu. Tout comme elle exigea que ses domestiques, Flore la chambrière, Asseline la vieille cuisinière et Guillot l’homme à tout faire, fussent maintenus à leur poste après son départ pour le couvent des Dominicaines de Condom. Asseline, au service de Dame Vianne depuis toujours, m’avait vu naître. Jouant avec grand bonheur le rôle d’une grand-mère que je n’avais jamais connue.

 

Je suis né en octobre 1257, fils d’Aléide Valdemar, femme de chambre de Vianne deGontaut-Biron, et de père inconnu. Ma mère est l’une des seules domestiques à l’avoir suivie dans sa retraite au couvent. Retraite est peut-être un bien grand mot, puisque Vianne de Gontaut-Biron qui avait contribué en 1261 à fonder le couvent, y avait par la même occasion fait construire sa propre demeure. Très souvent j’avais interrogé maman sur l’identité de mon père ; jamais je ne pus obtenir gain de cause. Des indiscrétions me firent comprendre que j’étais sûrement un bâtard d’Amanieu VI d’Albret, alors époux de Vianne de Gontaut-Biron. Le mariage entre Vianne et Amanieu VI d’Albret fut déclaré nul par une bulle du pape Clément IV le 22 septembre 1268. Y avait-il un rapport de cause à effet ? Je ne saurais trop dire. Très jeune, je ne comprenais pas pourquoi j’étais le seul enfant de domestique à avoir accès à presque tout le château. Ma mère et moi y avions d’ailleurs nos appartements, très modestes, mais bien plus confortables que ceux des autres serviteurs. Toujours prévenante envers moi, et même plus, Vianne de Gontaut-Biron qui n’eut jamais d’enfant, avait convaincu maman de m’envoyer à l’école de Vilalonga. Les cours étaient dispensés par le frère Jacquemin et le frère Pascoual. Deux moines de l’église Notre-Dame de Villelongue. Très sévères, mais également très droits, les deux religieux ne m’épargnèrent rien. Maintenant je savais lire, écrire et même compter. Le latin, le gascon n’ont plus de secret pour moi.

 

La charge de lieutenant de louveterie, c’était sans aucun doute un petit dédommagement. Lorsque pour mes seize ans je pus enfin entrer dans mes fonctions, la dame de Montgaillard me fit un autre superbe et inestimable cadeau. En effet, un lieutenant de louveterie ne peut l’être que s’il dispose d’une meute. Et mon cadeau ce fut cette meute. Modeste certes, mais déjà bien mise, puisque propriété de l’un de ses lointains cousins, l’ayant hérité d’un oncle défunt, découplant en Périgord noir. Il s’agissait de huit magnifiques grands fauves de Bretagne. Le lointain cousin de la dame de Montgaillard ayant plus besoin d’espèces sonnantes et trébuchantes que de chiens, elle se proposa de les acquérir. Durant trois jours et trois nuits je ne quittai pas mes chiens, dormant à leurs côtés dans le chenil. Mon préféré était aussi le plus vieux. Son ancien maître l’avait baptisé Lucifer. J’adorais jouer avec Tiphaine, la plus jeune, à peine trois mois lorsqu’elle arriva à Montgaillard. Maintenant ma meute s’est étoffée, douze chiens la composent. La chasse, j’étais tombé dans le chaudron tout petit, accompagnant dès mes dix ans le seigneur d’Albret. Ou même les seigneurs de Xaintrailles. Je compris plus tard que le superbe poulain que maman m’avait offert, et que je baptisais Gascogne, c’était un cadeau d’Amanieu VI d’Albret. Le père, qui ne pourrait jamais être mon père. Mais je n’avais pas de rancœur, les autres garçons de mon âge et même les filles du village travaillaient déjà très dur. J’étais conscient d’être un privilégié, ma vie me plaisait bien, et je faisais tout pour la vivre à fond. J’avais une deuxième passion encore naissante, mais déjà très florissante. Peut-être héritée de mon père, qui ne pouvait pas être mon père : j’aimais la compagnie des filles et même des femmes. À quinze ans à peine, Flore, une chambrière de la dame de Mongaillard m’initia aux vertiges de l’amour. Durant quelques mois, elle s’ingénia à pourvoir à mon éducation sentimentale. Depuis, sûrement pour ne pas perdre la main, je multipliais les conquêtes. Un lieutenant de louveterie, ça en impose. J’étais en train de soigner mes chiens…

 

– Gauthier, Gaultier… Viens vite, c’est le Diable, viens vite…

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Angelilie 28/03/2017 13:48

toujours un plaisir de flâner sur vos pages. au plaisir de revenir

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